Balade au cap de la Chèvre

Pour ce dernier sujet avant les vacances de février, je vous invite à me suivre dans un endroit hors du temps, extrêmement sauvage et authentique, tout au bout de la presqu’ile de Crozon : j’ai nommé le cap de la Chèvre, Beg Penn ar Roz en Breton…

 

Culminant à 101 m au dessus des flots, au typique hameau de Kerroux, le cap de la Chèvre est un monument de la géologie Bretonne et un incontournable lorsqu’on visite la presqu’île de Crozon dont il borde l’extrémité sud. Baigné par l’accueillante baie de Douarnenez, à l’est, et la redoutable mer d’Iroise, à l’ouest, il fait fièrement face au cap Sizun et à la célébrissime pointe du Raz. Entre tapis d’ajoncs et de bruyère, ici, la nature est totalement préservée et c’est un véritable bonheur de flâner le long du sentier des douaniers.

Le panorama est également à couper le souffle. La Marine Nationale ne s’y est d’ailleurs pas trompé en y installant un sémaphore en 1971. Il s’agit d’un poste de 2ème catégorie, c'est-à-dire qu’il est armé par cinq guetteurs qui surveillent les parages du lever au coucher du soleil. Mais en réalité, ce dernier remplace un précédent exemplaire beaucoup plus ancien qui fut détruit lors des combats de 1944…

En effet, il faut savoir qu’en foulant ce sol, vous rentrez dans le dernier réduit Allemand de la forteresse de Brest. A l’issue de rudes combats, le général Erwin Rauch retraita jusqu’ici à la tête de ses hommes. Mais faute de combattants et acculé à la mer, il dut se résigner à rendre les armes le 18 septembre 1944, signant la capitulation de toutes les troupes du secteur. L’évènement est acté sur une plaque en bronze qui surmonte un bunker – un ancien poste de direction de tir Français réutilisé par l’occupant et vraisemblablement l’ultime refuge du général Allemand – avec la grande bleue et la pointe de Pen-Hir en toile de fond.

Sous le joug Allemand, cet ancien blockhaus Français était le centre névralgique d’une batterie d’artillerie côtière. Tout autour étaient agencés quatre encuvements chargés d’accueillir des pièces de 150 mm Krupp avec une portée de 22 kilomètres !

C’est d’ailleurs dans l’un de ses encuvements qu’est aménagé le mémorial de l’Aéronautique Naval. Erigé en 1988, le monument prend la forme d’une aile d’avion en granit gris fichée dans le sol, face au large. Il rend hommage à tous les marins morts ou disparus en service aérien commandé dans l’ouest de la France depuis la création de ce corps, en 1910.

Lors de notre passage, c’était pas moins de 646 noms et prénoms qui étaient gravés dans la pierre… un lieu très émouvant s’il en est !!!

 

La balade se poursuit le long du sentier des douaniers, direction le sud. Je dois avouer qu’après le cap Fréhel, c’est ici, au cap de la Chèvre, que la lande Bretonne m’a offert ses plus belles couleurs et ses meilleures fragrances : une explosion des sens dont je garde un souvenir exquis et extrêmement vif !!!

En longeant, la baie de Douarnenez et son arc dessiné par les grèves blanches de Saint-Nic auxquelles succèdent les contreforts ombrés du cap Sizun, comment ne pas évoquer la légendaire ville d’Ys ?

Fief du roi Gradlon et de sa fille chérie Dahut, Ys était une citée maritime située à quelques encablures de Douarnenez. Entourée de très hauts remparts afin de la protéger des vagues, une unique porte magistrale, toute en bronze, y donnait accès et on raconte que seul le roi en possédait la clé qu’il conservait tel un talisman autour de son cou. De son côté Dahut avait pris l’habitude de chantonner sur la plage tout en peignant sa longue chevelure d’or – ce  qui n’est pas sans rappeler la légende de la sirène… – ce qui, bien entendu, attira de nombreux prétendants. Ainsi, chaque jour, la belle changeait de partenaire. Le soir venu, elle leur déposait un masque noir sur le visage et après une nuit d’ébats, ce dernier se resserrait inexorablement sur la gorge du malheureux jusqu’à l’étouffer. Au petit matin, un cavalier était chargé de se débarrasser des corps dans l’océan, au-delà de la baie des Trépassés

Jusqu’au jour ou un étrange chevalier, tout de rouge vêtu, arriva en ville. Bien entendu, Dahut tenta de le charmer mais en vain… jusqu’au jour où l’inconnu daigna enfin s’intéresser à la princesse. Il planta alors ses ongles griffus dans sa longue chevelure dorée et lui ordonna de s’emparer des clés de la cité. Comme hypnotisée, Dahut s’exécuta et trouva son père au lit. Au moment où elle s’apprêtait à commettre son larcin, une énorme vague, aussi haute qu’une montagne, submergea les remparts de la ville. Tandis que la mer écumait et la cité disparaissait sous les eaux, la princesse implora son père de la sauver, de l’emmener avec lui sur son cheval Morvac’h. C’est alors que dans un éclair apparu Saint-Guénolé qui somma Gradlon d’abandonner sa fille à son triste sort. Le cheval ne bougeant bas, le souverain fourvoyé se résigna à offrir Dahut aux éléments déchainés. Et tandis que Morvac’h le transporta vers des cieux plus cléments, la ville, ses habitants et la princesse furent engloutis à tout jamais…

Gradlon trouva refuge dans une ville où deux rivières se rejoignent entre sept collines : Quimper ! Quant à Dahut, on dit qu’elle réapparait aux pêcheurs certains soirs de pleine lune, sous la forme d’une sirène (tiens donc ?...) en train de coiffer sa longue chevelure d’or. Et il parait même que par temps très calme, en tendant l’oreille, on peut entendre sonner les cloches de la ville d’Ys…

 

Plus à l’est, en direction de Morgat, côté baie de Douarnenez donc, le chemin escarpé – on pourrait même parler de chemin à chèvre… le jeu de mot était facile, je vous l’accorde… – conduit vers un paysage surprenant, à la tonalité résolument méditerranéenne avec ses pins maritimes perchés à flanc de falaise, au dessus d’eaux turquoise et translucides qui invitent à la baignade.

Et tandis qu’au loin se profilent les croupes caractéristiques du Ménez Hom, nichée telle une calanque, on découvre soudain à nos pieds la petite plage de Saint-Hernot et la fameuse pointe de l’Île Vierge ; un site merveilleux qui fut classée la 7ème plage la plus belle d’Europe par le site European Best Destination en 2014, et la 14ème plus belle plage du monde par le très sérieux quotidien britannique The Gardian en février 2016.

 

Donc, si un jour vos pas vous mènent du côté de la presqu’île de Crozon, vous savez ce qu’il vous reste à faire ???

 Copyright © 2017-2019 – Arthur Le Roy / Le Cœur en Bretagne