Balade à Bécherel, la cité du livre

Je vous propose aujourd’hui de découvrir un autre coin de Bretagne dont les médias parlent peu et qui pourtant, mérite le détour. Il s’agit de Bécherel, la cité du livre qui, contrairement à ce qu’on pourrait croire, n’a strictement rien avoir avec Bescherelle, la fameuse collection d’ouvrages de référence en grammaire Française ; la terreur de nos charmantes têtes blondes qui a été ainsi baptisée en hommage au grammairien du 19ième siècle Louis-Nicolas Bescherelle.

 

Le village de Bécherel, lui se situe aux confins de l’Ille-et-Vilaine, à la limite des Côtes d’Armor, entre Rennes et Saint-Malo. Perché sur sa colline, à 176 m d’altitude – ce qui en fait par ailleurs un des points culminants du département – Bécherel est visible dans toute la campagne alentour ; cette campagne verdoyante, ponctuée d’étangs, où étaient jadis cultivés le chanvre et le lin qui ont fait la fortune de la cité. Cette dernière accueillait alors de nombreux ateliers de tissage. Avec le chanvre, on y fabriquait entre autre des matelas, de solides sacs de transport mais surtout, des voiles qui servir aux armateurs de Saint-Malo et s’exportèrent même jusqu’en Espagne et au Portugal ainsi que leurs colonies d’Amérique du Sud. Quant à son fil de lin, il était réputé le meilleur de Bretagne et s’exportait dans toute l’Europe du Nord, jusqu’en Russie…

Après avoir connu son apogée entre le 16ième et le 18ième siècle, cette industrie florissante due faire face à une concurrence de plus en plus rude, notamment en provenance d’Angleterre, qui eut finalement raison d’elle. Et aujourd’hui, les ravissantes maisons des tisserands, avec leurs appareillages de granit, abritent librairies et échoppes de bouquinistes…

C’est entre autre ce qui a motivé notre visite car, outre son titre de « Petite cité de caractère de Bretagne » acquis en 1978, Bécherel est aujourd’hui la troisième cité du livre en Europe et la première en France.

Tout a débuté en 1987, comme il se doit dans une crêperie, par l’organisation d’une rencontre avec des écrivains et des artistes, dont Gilles Servat et la harpiste celtique Myrrdhin.

A Pâques 1989, la première grande fête du livre est organisée par l’association Savenn Douar qui a pour but de réveiller la belle endormie en y établissant une entreprise culturelle durable. Elle s’inspire notamment de la cité du livre, première du genre, qui fut créée à Hay-on-Wye, au Pays de Galles, en 1961, puis celle de Redu, petite bourgade des Ardennes Belges,  en 1984.

Forte de son succès, l’aventure déboucha sur ce qu’on connait aujourd’hui : une vingtaine d’officines ouvertes à l’année, parmi lesquelles une maison du livre et du tourisme, une résidence d’écrivains, des ateliers de reliure, d’enluminure et de calligraphie, de petites maisons d’édition et bien entendu des bouquinistes proposant plus de 200.000 ouvrages d’occasion, anciens, rares où totalement épuisés, voir même de véritables reliques. A ceci s’ajoute, un marché mensuel du livre, le 1ier dimanche de chaque mois, une grande fête du livre le weekend de Pâques et même une Nuit du livre en août !!!

 

Étant passionné de beaux livres et de lectures instructives, Bécherel était pour moi un passage incontournable… forcément ! J’aime beaucoup aller en brocante et faire les vide-greniers pour trouver des titres originaux… hélas, force est de constater qu’à notre époque numérique, la plupart des exposants ont si peu de considération pour les livres que, dans le meilleur de cas, ils les laissent en vrac dans des cartons éventrés, dans le pire des cas, ils se servent du caniveau comme présentoir ! Je l’ai vu, de mes yeux vu, des centaines de fois ! Quelle hérésie ! Quel symbole : la culture foulée du pied quoi !!!  

Au moins, à Bécherel, j’ai enfin retrouvé le livre là où est sa place, blottis les uns contre les autres, dans des rayons de bibliothèque qui fleurent bon la cire d’abeille, le parchemin et le papier jaunit, parfois de tabac à priser… auxquels s’ajoutent parfois des effluves de thé, de chocolat chaud et de confiture car certaines arrière-boutiques proposent également, avec délice, des goûters littéraires !!!

Entre ces vieilles pierres où il fait bon fouiner et bouquiner frénétiquement, il se dégage véritablement une ambiance studieuse, une soif de lire où chaque passionné(e) trouvera assurément son bonheur : de l’ésotérisme à l’Histoire, petite ou grande, du pratique au ludique, du technique à l’enfantin, de la romance à l’encyclopédie en passant par l’essai, de la bande dessinée aux voyages plus où moins lointains, il y en a vraiment pour tous les publics et tous les âges ! Et quelle que soit la porte que vous poussez, ça croule littéralement du plancher au plafond !!!

De plus le hasard à fait que le jour de notre venue, nous avons débarqué à Bécherel en pleine fête du livre ! Certes une journée pluvieuse qui ne nous a pas empêché de faire le plein de bouquins : des « cabanes magiques » dans un état impeccable et à des prix – généralement griffonnés au crayon de papier sur la première page – défiant toute concurrence pour les loulous, de l’Histoire locale, quasiment introuvable ailleurs, pour moi…

Chez Abraxas-libris, j’ai même eu l’occasion de croiser le conservateur du Mémorial 39/45 de la cité d’Aleth qui venait récupérer un document d’époque pour meubler la chambre de l’officier. Apparemment une pièce qu’il attendait depuis longtemps et que la providence à conduit en ces lieux décidément bénis des bibliophiles !!!

 

Mais Bécherel, ne se résume pas qu’à une succession de librairies ! Autour de son clocher élancé, celui de l’église Notre-Dame de l’Assomption, la cité possède un joli patrimoine bâtit, entre maisons à colombage – dont celui du logis de la Filanderie – et façades de granit typique du pays qui constituent le cœur du village où il fait bon flâner.

Ancienne place forte ayant tour à tour appartenue à Alain de Dinan, Henri II, roi d’Angleterre, puis Anne de Laval, on y trouve également les vestiges d’un donjon et de remparts dont le tracé est repris par le chemin du Thabor qui conduit à un bucolique panorama.

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