Balade à Cancale et ses environs

Sur la route du Mont-Saint-Michel à Saint-Malo, là où la côte commence à s’élever et se ciseler, se love un petit port qui de prime abord, ne paie pas forcément de mine…

En effet, ici pas de remparts, de grosse effervescence, de port ou de plage remarquables qui puisse retenir durablement l’attention du touriste. Et pourtant, malgré ses deux prestigieux voisins qui lui font de l’ombre, Cancale mérite de détour à plus d’un titre !!!

 

Déjà, il faut retenir que Cancale s’est avant tout l’un des plus beaux points de vue sur le Mont-Saint-Michel et sa baie. Que ce soit tout au bout de la cale de la Fenêtre où depuis le belvédère du monument aux morts, j’ai le souvenir impérissable de voir la Merveille nimbée d’un improbable rayon de soleil trouant les nuages, vision presque divine posée sur les flots scintillants.   

Et même s’il y a de sympathiques restaurants – on peut au passage noter la présence d’Olivier Roellinger, quatrième chef à rendre ses 3 étoiles Michelin en novembre 2008, qui se consacre aujourd’hui au Coquillage aux côtés de son fils Hugo – des galeries d’artistes et même un petit manège en front de mer, ce qui déstabilise à Cancale, c’est l’absence de port. En tout cas selon nos standards actuels ! Il est vrai que pour une ville côtière de cette taille (plus de 5.000 âmes…), on s’attend à découvrir des pontons et des quais animés. Or, il n’en est rien, où si peu…

Pour des raisons hydrographiques – je vous rappelle que nous sommes encore dans la baie du Mont-Saint-Michel et qu’à ce titre, Cancale subit de très fortes marées qui font que la moitié du temps, la mer se retire très loin du rivage… – la ville a choisi de conserver son port d’échouage : le port de la Houle. Bien sur, au fil du temps et des modes, elle aurait pu opter pour un bassin à flot comme à Binic ou Perros-Guirec mais elle a préféré laisser l’endroit dans son jus qui, à bien y regarder, lui confère un charme fou !!!

Ainsi, les chalutiers qui accostent le long de la cale de la Fenêtre, les nombreux chalands et les bisquines – ces vieux gréements à la silhouette surtoilée, dont les caravanes allaient jadis draguer l’huître sauvage dans la baie, et desquels la Cancalaise  est aujourd’hui une éminente ambassadrice – qui mouillent dans le port de la Houle se retrouvent régulièrement posés sur l’estran, donnant lieu à des balades insolites… pour le bonheur des petits comme des plus grands !

Mais ce n’est pas la seule spécificité des lieux. Cancale a également hérité de son passé maritime une ville haute avec ses maisons de maîtres – celles des notables et des armateurs – et une ville basse – quartier dévolu aux marins et aux pêcheurs – qui, au pied de la falaise, borde le port de la Houle dont elle porte admirablement le nom. Il est vrai que derrière ses façades blotties les unes contre les autres, on devine une vie de labeur et bien des tourments : ceux des gens de mer qui partaient d’ici pour aller pêcher la morue du côté de Terre-Neuve. En leur absence, souvent longue et parfois définitive lorsque les éléments s’en mêlaient (…), les Cancalaises, femmes réputées fières et volontaires avec le verbe haut, veillaient au grain. Il se dit même qu’après le mariage, elles continuaient à porter leur nom de jeune fille, c’est dire le caractère de ces bougresses !

Vous pourrez par ailleurs en admirer deux magnifiques spécimens figés dans le bronze, au pied de l’église Saint-Méen. Baptisées les laveuses d’huîtres, elles sont l’œuvre de l’artiste Jean Fréour. Et pour avoir confirmation des drames successifs qui les ont endeuillés, il suffit de pousser la porte de l’élégant édifice pour découvrir, par delà les barres à roues qui font office de lustres et le vitrail représentant la scène de la Pêche Miraculeuse, la stèle en hommage aux 517 enfants du pays péris en mer depuis 1846…

 

Je l’ai déjà évoqué à plusieurs reprises mais ici, la star, c’est l’huître, et plus particulièrement la plate de Belon, qui a valu à Cancale d’acquérir le prestigieux label « Site remarquable du goût » en 1994.

Ainsi, ce n’est pas le balai des chalutiers qui rythme les marées mais celui des étonnants bateaux amphibies et des tracteurs qui, dés le jusant, se ruent dans les parcs à huîtres. Pour s’en rendre compte, il faut aller au-delà du port de la Houle, de l’autre côté de la pointe des Crolles marquée par l’ancien phare et la fameuse cale de la Fenêtre. En ce lieu stratégique se tient d’ailleurs un marché quotidien à la gloire du bivalve, directement du producteur au consommateur ! En témoigne un impressionnant amas de coquilles en contrebas du quai, fruit de générations d’amateurs qui s’y sont sustentés.

C’est donc là, qu’à basse mer, émergent 380ha de tables d’élevage, avec pour toile de fond, le saisissant rocher de Cancale, celui du Châtellier, l’île des Rimains et son fort Vauban qui fut la propriété du plus célèbre boulanger de France, Lionel Poilâne.

 

Depuis cet endroit, on peut également emprunter le sentier des douaniers, qui chemin faisant, en direction du nord, vous conduira de criques en plages. Parmi celles-ci, l’accueillante plage de Port Mer. Bien abritée des vents dominants au fond de son anse à l’ambiance sylvestre, elle accueille le centre nautique de Cancale. Comme quoi la ville n’est pas aussi rustre qu’elle n’y parait ! Bien au contraire, elle se laisse apprivoiser et se montre même extrêmement accorte à qui sait prendre son temps…

La balade s’achève par la pointe du Grouin qui s’avance 600 m en mer. Pas forcément le nom le plus flatteur pour un site qui est pourtant grandiose ! Lors de la Route du Rhum, c’est au large de celle-ci que les skippers venus de Saint-Malo virent de bord pour prendre le départ de la transatlantique, direction la Guadeloupe ! Mais au-delà cet évènement qui se déroule tous les 4 ans, du haut de ses 42 mètres d’altitude, la pointe offre un panorama exceptionnel du cap Fréhel à Granville, en passant par le phare de la Pierre-de-Herpin et l’île des Landes. Outre une réserve ornithologique abritant périodiquement des fous de Bassan, des pétrels fulmar, des puffins, des labbes, des goélands bruns, des sternes pierregarin ainsi que la plus importante colonie de Bretagne de grands cormorans, on y trouve également des espèces sédentaires comme le cormoran huppé, le goéland argenté, le grand goéland marin, l’huîtrier-pie ou encore le tadorne de Belon, un gros canard marin. Ce lopin de terre effilé comme une lame de rasoir accueille aussi quelques lapins de garenne. Lors d’un de nos passages, un garde du littoral nous confia que fut une époque, l’île hébergeait même un renard dont on ne sait comment il avait atterri là !

Entre l’île des landes et la pointe du Groin passe le bouillonnant chenal de la Vieille Rivière. On peut y observer le va-et-vient nonchalant des voiliers et parfois, la Cancalaise de retour d’un énième périple.

 Copyright © 2017-2019 – Arthur Le Roy / Le Cœur en Bretagne