A la découverte d'Haliotika, la cité de la pêche

J'adore le Guilvinec ! C'est le port de pêche typique, tel qu'on se l'imagine, balayé par les vents du large, avec ses chalutiers aux coques multicolores, ses nuées de goélands, ses filets qui sèchent le long des quais, son petit fumet de marée et accessoirement, ses relents de mazout. Et pour découvrir cet univers singulier, depuis l’an 2000, vous pouvez visiter Haliotika

 

En ce qui nous concerne, nous y sommes allé à quatre reprise et nous n’excluons pas d’y retourner prochainement !!!

Il faut dire que l’endroit est haut en couleur, entièrement consacré au métier de marin-pêcheur, à leurs outils de travail et au fruit de leur labeur.  Jusque là nous n’avions assisté qu’à la visite de l’exposition, au retour des chalutiers et à la vente sous criée mais lors de notre dernier passage, nous avons décidé de faire les choses en grand, à savoir la journée thématique « savourez la pêche » qui est organisée chaque mercredi en saison estivale.

Concrètement, il s’agit d’une journée fleuve qui s’étale sur 7 heures et comprend la découverte de la criée (présentation complète des lieux, de la pêche hauturière de la nuit, des ateliers de mareyage et explications sur le fonctionnement des enchères descendantes), la visite de l’exposition en compagnie d’un guide, un déjeuner dans une auberge traditionnelle sur les quais, la découverte des infrastructures du port (aire de ramendage, coopérative maritime), une initiation à la cuisine des algues chez Scarlette Le Corre, la participation à l’arrivée des côtiers, au débarquement de la pêche du jour et à la vente sous criée, pour conclure autour d’une dégustation de langoustine et d’une coupe de muscadet ; une journée, certes chargée, mais ô combien ludique et passionnante ! Même les enfants n’ont pas moufté, c’est pour vous dire !!!

 

Rendez-vous était donné à 9H00 pétante sur la terrasse de la criée. Mais prévoyant, nous sommes arrivé vers 8H00 au Guilvinec, ce qui nous a permis de nous sustenter de quelques viennoiseries tout juste sorties du four, face à la mer, avec le soleil qui pointait timidement par delà le phare de Tréfiagat.

Notre hôte ne fut autre que Philippe Lessard. Responsable culturel d’Haliotika, guide de pêche et bénévole à la SNSM, c’est  également une figure locale. J’avais déjà eu l’occasion de le rencontrer en 2008 et j’en  conservais d’excellents souvenirs. Il faut dire que la passion chevillée au corps, il est intarissable, qui plus est  doté d’un humour pince-sans-rire qui ne gâche rien ! Avec ses airs de vieux loup de mer bourru, il a même fait la couverture du magazine Géo d’avril 2014, celui qui traitait de l’identité Bretonne…

C’est donc sous les meilleures hospices que la visite à débutée par la criée qui venait d’être rincée à grande eau. Pour ce faire, les gars ouvrent les portes côté quai et comme le sol est légèrement incliné dans cette direction, ils n’ont plus qu’à passer le jet. Et comme la ressource se trouve à proximité, c’est de l’eau de mer qui est utilisée…

Premiers pas, premiers enseignements : la Bretagne représente 45% de la pêche Française. Le quartier maritime du Guilvinec – qui regroupe également les ports de Saint-Guénolé, de Léchiagat, de Loctudy, Lesconil, Kérity, Saint-Pierre, Sainte-Marine et Bénodet – est quant à lui le plus important de France avec 56 chalutiers hauturiers, 41 côtiers et 119 bateaux de petite pêche qui embarquent un total de 906 marins (chiffres 2016). Le Guilvinec c’est aussi le 3ième port de pêche Français en terme de tonnage (16594 tonnes de poissons en 2008), le 3ième port de pêche en terme de valeur (par rapport à la noblesse des espèces débarquées...) et surtout le 1er port de pêche artisanale de France !!!

Ensuite, comme quelques chalutiers hauturiers – ceux qui partent pour des campagnes de 15 jours en mer, dans le golfe de Gascogne, au large de l'Irlande où plus au nord encore… – étaient rentrés durant la nuit, Philippe a pu nous présenter quelques espèces représentatives du Guilvinec, telle la baudroie, (aussi appelée lotte, une fois débarrassée de sa grosse tête hideuse…). Le plus gros spécimen ramené au Guilvinec mesurait 2,50 m de long pour 82 kg, avec une gueule assez large pour engloutir notre fiston dixit notre guide qui ne manquait décidément pas d'humour …

La visite c'est ensuite poursuivie par la découverte d'un atelier de mareyage au sein même de la criée. Il s'agit en fait d'intermédiaires chargés d'acheter le poisson au profit des restaurateurs, des poissonneries et des grandes surfaces (hormis Intermarché qui possède sa propre filière...). Après avoir fait leurs emplettes, ils se chargent de le conditionner pour le transport. Une fois le poisson préparé, éviscéré, lavé, éventuellement écaillé et même découpé en darnes ou filets, en fonction des désidératas du client, il est aussitôt mis sur glace et expédié à son destinataire dans des caisses en polystyrènes. Le Guilvinec approvisionne essentiellement le marché Français, puis, l'Espagne, l'Italie, le Royaume-Uni, l'Allemagne et la Belgique, et enfin l'Europe du Nord et de l'Est.

En ce qui concerne la pêche fraîche, c'est à dire celle des chalutiers côtiers qui rentre quotidiennement vers 16H30, il faut savoir que vous la retrouverez dés le lendemain matin sur l'étal des poissonneries Françaises…

A l’issue de la criée, nous sommes remonté  visiter l'exposition qui s’étend sur 800 m². Jalonnée de nombreux panneaux explicatifs, de vitrines et de maquettes, dans une ambiance relativement intimiste et ludique, elle présente la reconstitution d’une cambuse (n’oublions pas qu’en mer comme à terre, la bouffe reste le nerf de la guerre…), d’une passerelle interactive ou encore celle d’un chalut en situation sur les fonds marins, avec tous les poissons que l’on peut rencontrer à différentes profondeurs. Outre le quotidien de nos vaillants marins, y sont également détaillées les différentes techniques de pêche : bolinche, ligne, palangre, filet maillant, casier et donc chalut de fond.

Et ce qu'on peut en retenir, c'est que même si le Guilvinec reste 1er port de pêche artisanale de France, il n'en demeure pas moins que sa flotte décroit d'année en année... hélas ! En effet, lors de notre première visite en 2008, de mémoire le port (pour qu’il n’y est pas d’amalgame, je parle bien du port en particulier et nom du quartier maritime en général…) comptait plus de 120 chalutiers ! En 2013 il n'y en avait déjà plus que 102 embarquant 432 marins et en 2016, 92 chalutiers embarquant 362 marins...

Sinon, ce qui m’a beaucoup plu dans l’expo, c’est la passerelle interactive ! Tout y est : les manettes de gaz, les inverseurs, la barre à roue pour diriger le bateau et tout un tas d'instruments utiles à la navigation et à la pêche. On trouve par exemple les radars chargés de détecter tout obstacle à la surface de l'eau. Ainsi, si la trajectoire d'un navire tiers venait à couper la notre, une alarme se met aussitôt en branle. Après libre au capitaine d’apprécier le danger, de poursuivre son cap où de se détourner. Les sondeurs permettent de connaitre en temps réel la hauteur d'eau sous la coque du bateau et, surtout, de repérer les bancs de poissons. En fonction de leurs densités, un œil aguerri peut même identifier l'espèce ! Comme sur une voiture le GPS permet de se situer en mer. Couplé à un logiciel spécifique il permet de mémoriser les endroits poissonneux et de tracer les routes de pêche sous pilote automatique. Malgré tout, un homme de quart vieille en permanence au cap, et pour s'assurer que ce dernier ne roupille pas à son poste, toutes les 20 minutes une alarme retentit et s'il ne l'arrête pas promptement, par mesure de sécurité, le bateau stoppe sa course... La VHF permet aux chalutiers de communiquer entre eux et d'être en contact permanent avec les services de secours (canal 16). Les patrons-pêcheurs doivent essentiellement se fier à l'intonation des voix de leurs confrères car lorsqu'ils posent la question, la pêche est toujours mauvaise, bluff oblige, forcément !!! L'irridium, quant à lui, est un téléphone satellitaire qui permet aux équipages des hauturiers d'appeler la terre de n'importe où en mer, et accessoirement, de rester en contact quotidien avec leur famille...

 

Après un bon repas à base de risotto aux langoustines, de dos de cabillaud rôti aux petits légumes du marché et de far aux pruneaux servi au restaurant "la Chaumière", à deux pas de l'abri du marin, nous v'là repartis pour une balade digestive le long des quais… qui venaient d’être lessivés par un irascible orage de mer. Ce qui est génial avec Philippe, c'est que outre ses explications extrêmement vivantes et imagées, il a une anecdote pour chaque bateau. Comme celui-ci qui a complètement raté sa saison de pêche, car un soir, en voulant épater le public de la criée, il est arrivé un peu trop vite et a enfoncé son étrave en percutant le quai de plein fouet !!! Au moment de notre visite il venait tout juste d'être remis à l'eau...

Le parcours nous conduit à l’aire de ramendage ou patientent les filets en attente de réparation. La plupart ont été déchirés lors de croche sur des épaves où des récifs et ils attendent ici d'être raccommodés : le fameux ramendage ! A noter que certains petits accrocs peuvent être directement réparés à bord des chalutiers, ce qui permet notamment d'occuper les marins sur le chemin du retour…

Direction ensuite les entrepôts de la coopérative maritime. Il s'agit d'une centrale d'achat qui permet aux marins-pêcheurs d'acquérir à moindre coût le matériel indispensable à leur activité (amarres, peintures, lubrifiants, carburant et tout le nécessaire pour confectionner un chalut…). Mais ce n'est pas tout ! La plupart des coopératives maritimes – comme celle du Guilvinec – disposent d'un magasin accessible au public : les fameux "comptoir de la mer" dont une partie des bénéfices est reversée à la coopérative, ce qui permet de mettre un peu de beurre dans les épinards !

A l’atelier de Scarlette Le Corre – soit dit au passage un sacré petit bout de femme, que dis-je, un phénomène !!! – nous avons pu en apprendre d’avantage sur les algues, leurs vertus et la façon de les accommoder.

Ensuite, vers 16H30, nous sommes donc retourné à la criée pour assister in-extremis – Scarlette est extrêmement bavarde… – au retour de la pêche côtière : un véritable spectacle ! Telle une course à l’échalote, vous voyez soudain poindre à l'horizon une nuée de chalutiers aux coques chamarrées et c'est à celui qui rentrera le plus vite pour vendre sa précieuse cargaison. Sur le plan d'eau du port c'est alors un véritable balaie qui s'organise : il faut vite débarquer la pêche du jour pour laisser la place au bateau suivant...

J'insiste lourdement mais à défaut d’être sur place, vous pouvez assister au spectacle depuis votre canapé grâce au direct de la webcam.

Sans tarder, nous sommes redescendu en criée, cette fois-ci pour assister à la vente du poisson. En bas, parmi les cabillauds, les maquereaux, les baudroies, les Saint-Pierre, les merlus, les bonites, les poulpes, les homards et surtout, les langoustines qui font la réputation du Guilvinec, nous attendait une brochette de requin "peau bleue". On en retrouve parfois sur nos étals mais l'essentiel de la pêche part en Italie où les gens en sont parait-il friands.

Au niveau de son fonctionnement, la criée se faisait autrefois à la voix d'où son nom... désormais elle est totalement informatisée ! Le chef de vente (où crieur...) se charge de fixer le prix de départ des différentes espèces en fonction de l'offre et de la demande enregistrées la veille. Il faut savoir qu'il existe également un prix de retrait au-delà duquel la vente n'est plus possible. Le marin-pêcheur est alors indemnisé à hauteur de ce prix et sa marchandise ne peut plus être vendue en tant que produit frais. Elle est alors écoulée dans l'industrie agroalimentaire, en plats préparés, surgelés ou en conserves, en farine pour l'alimentation animale ou reversée à des associations caritatives telles que les Restos du Cœur, le Panier de la Mer où la Banque Alimentaire...

La vente à proprement parler se déroule ainsi : les bacs de poissons défilent sur un tapis roulant devant les acheteurs. Au Guilvinec ils sont 90 professionnels à être habilités à assister à cette vente. Entre le visuel et le cadran électronique qui indique le bateau d'où provient la marchandise, le nom de l'espèce ainsi que le poids du lot, ils n'ont que quelques secondes pour se décider. Les enchères se font de manière descendante (tout simplement parce que c'est beaucoup plus rapide que des enchères ascendantes et donc idéal pour écouler une denrée aussi périssable que le poisson...) jusqu'à ce qu'un acheteur se manifeste en appuyant sur son boitier électronique ; le but étant d'acquérir le plus beau produit au meilleur prix sans toutefois atteindre celui de retrait.

Bref, le premier qui appuie remporte le lot avec le privilège de voir son nom apparaître quelques secondes en haut du cadran électronique. En revanche, si l’un des participants a le malheur d’appuyer trop tôt sur le boîtier (dans les 2 secondes après le lancement des enchères me semble-t-il ?) ces dernières repartent à la hausse...

 

La journée s’acheva comme prévu autour d’un magnifique bouquet de langoustines, accompagné d’une coupe de muscadet pour les grands et d’un verre de jus de fruits pour les plus petits ; point finale d’une visite captivante, riche en belles rencontres et en enseignements, que je vous recommande vivement !!!

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