Balade autour de l'arbre d'or, du miroir aux fées et du Val sans Retour

En forêt de Brocéliande, il n’est pas un site qui ne soit pas digne d’intérêt ! Aujourd’hui, je vous invite donc à découvrir l’arbre d’or, le miroir aux fées et le Val sans Retour qui se trouvent tous trois dans le même périmètre, au sud de la commune de Tréhorenteuc. Pour la petite anecdote, le bourg se trouve dans le Morbihan alors que les trois sites, à peine distants de 800 m à vol d’oiseau, sont en Ille-et-Vilaine…

Nous sommes d’abord allé les visiter seuls puis accompagné d’un guide que nous avons retrouvé à l’office du tourisme de Paimpont. Avec son look de baroudeur, ses cheveux coupés au carré maintenus en arrière par un petit cerceau, et sa barbe de trois jours, le notre s’appelait Rémi ; un gars intarissable, aussi bien sur les légendes locales que sur la faune et la flore, tout en étant très à l’écoute des enfants.

Seuls, forts de notre imagination débordante, la magie opérait déjà mais, avec la verve de notre conteur, les lieux ont subitement pris toute leur ampleur !!!

 

A tout seigneur, tout honneur : commençons par le Val sans Retour, un endroit escarpé, à la végétation extrêmement dense et sauvage, presque insondable, qui tranche radicalement avec le paysage alentour, plutôt champêtre. C’est après 5 minutes de marche depuis Tréhorenteuc que nous nous engageons dans le vallon. Petit avertissement de Rémi sous l’œil quelque peu suspicieux de ces dames : avant de nous aventurer plus loin, il est bon de savoir que les hommes infidèles n’en reviendront pas, jamais !!!

Et pour cause, au-delà de la barrière forestière s’étend le royaume de la fée Morgane, la sœur du célèbre roi Arthur, qui dit-on, aurait été trompée par le séduisant Guyomarc’h. Pour se venger de l’adultère et de sa maîtresse,  elle les condamna à subir l’épreuve du feu puis de la glace avant de les pétrifier dans la roche pourpre : il reste de ce couple maudit le rocher des Faux Amants qui se dresse sur les hauteurs du miroir aux fées…

Mais prise de fureur et pour que le châtiment soit complet, Morgane alla beaucoup plus loin en lançant un sortilège  sur l’ensemble du val, celui consistant à y emprisonner pour l’éternité tous les amants, maris et soupirants infidèles ! Donc, qu’on se le dise messieurs, si vous avez des choses à vos reprocher, évitez bien soigneusement les lieux !!!

Plus prosaïquement, les scientifiques expliquent que le sol regorgeant de minerai de fer en ces lieux, par endroit, le champ magnétique engendré est susceptible de perturber les boussoles et donc, d’égarer le promeneur distrait…

 

Une fois prévenus, nous nous enfonçons témérairement dans le royaume de la fée Morgane pour nous rendre aux abords du miroir aux fées. Par delà sa digue végétale marquée par les vestiges d’un vieux moulin, il s’agit d’un étang aux eaux cuivrées, presque rougeoyantes, lové parmi les frondaisons, dans l’opulente végétation du vallon. Autre endroit, autre histoire que Rémi nous conta en se frottant compulsivement les mains…

Ici, il se raconte que l’étang était jadis habité par sept fées qui, pour se prémunir du regard des hommes, et accessoirement de leur bêtise, ne sortaient que la nuit. La plus jeune d’entre elles, relativement candide et donc curieuse, commença à s’aventurer hors des eaux durant la journée. Et forcément, ce qui devait arriver arriva, elle tomba éperdument amoureuse d’un preux chevalier qui se rafraichissait dans l’onde !

Les autres sœurs qui ne l’entendaient pas de cette oreille décidèrent, d’un commun accord, de tuer l’importun et d’emprisonner leur cadette. Folle de désespoir, cette dernière, pour récupérer son bien aimé, décida d’égorger ses six ainées. Pour ressusciter son amant, elle préleva une goutte de sang sur chacune d’entre-elle afin d’élaborer un filtre magique. Tandis que nos deux tourtereaux se retrouvaient, les six sœurs agonisèrent plusieurs jours, se vidant de leur sang qui finit par donner sa couleur à l’étang et imprégner toutes les terres alentours…

Là c’était pour l’explication un tantinet sanguinolente. La couleur oxydée de l’étang et de ses rives peut aussi, et beaucoup plus simplement, s’expliquer par l’abondance de minerai de fer dans le sol. Le minerai de fer, toujours lui !!!

 

Notre guide nous a ensuite conduit auprès de l’arbre d’or. Situé à l’extrémité nord de la digue, sur le chemin qui mène sur les landes de Gautro, aucune légende ne lui est encore attribuée, en tout cas pas officiellement ! En effet, malgré sa présence inattendue et sa fière allure qui peut rappeler des cornes de biche  il s’agit d’une œuvre contemporaine.

Petite explication : les incendies de forêt étant hélas fréquents dans le secteur – ils ont entre autre frappé en 1976, 1985, 1990, 1993 et 1996 – en collaboration avec l’université de Rennes I, une association de sauvegarde du Val sans Retour a vu le jour. A l’issue de l’incendie de 1990 qui dévasta plus de 400 ha, pour marquer le coup et sensibiliser le visiteur, elle commanda la création d’une œuvre basée sur des troncs d’arbres calcinés lors du sinistre. C’est ainsi que le sculpteur François Davin entreprit de recouvrir de 5.000 feuilles d’or un élégant fût de châtaigner qui fut inauguré au festival d’art de Reviers, en Normandie. Et c’est le 10 aout 1991 qu’il fut installé à son emplacement actuel, ou il est encadré par cinq troncs carbonisés. Tandis qu’ils représentent la disparition de la nature,  l’arbre d’or, lui tout en majesté, symbolise son renouveau, son caractère fragile et précieux.

Malgré tout l’œuvre fut à plusieurs reprises dégradée, des feuilles d’or arrachées, une branche sciée, elle fut même abattue, ce qui explique toutes les défenses qui l’entourent aujourd’hui : des pierres affûtées comme des tessons de bouteille et un réseau de barbelés, certes discret mais bien présent…

 

D’un pas alerte, nous avons ensuite suivi Rémi sur un sentier à chèvres, plutôt chaotique et pentu, jusque sur les landes Gautro, près du rocher des Faux Amants...

D’ici, la vue embrasse tout le Val sans Retour. C’est en apercevant les reflets changeants du miroir aux fées, qui est là, juste à nos pieds, entre les épais feuillages, qu’on prend pleinement conscience de l’aspect raviné des lieux. En relevant les yeux, sur le versant d’en face, on peut remarquer les stigmates du dernier incendie en date. Et, alors qu’à l’est le paysage n’est que succession de landes et de crêtes rocheuses au milieu duquel niche un trou de verdure, vers l’ouest une vaste plaine s’ouvre généreusement avec ses bosquets, ses clairières affables et ses champs de blé fraichement moissonnés.

Pressés par le temps – car bien d’autres découvertes nous attendaient – nous n’avons hélas pas poussé la balade jusqu’au siège de Merlin mais sachez qu’il se trouve tout près de là. Il se dit que l’enchanteur venait méditer sur cette pierre passablement érodée. Alors, peut-être qu’en prenant place vous aussi y trouverez l’inspiration ?

Voici en tout cas une balade bucolique, emprunte de magie et de mystère, que je conseille vivement à tout le monde, aux petits comme aux grands !!!

 Copyright © 2017-2019 – Arthur Le Roy / Le Cœur en Bretagne