L'effet mer ou l'art à la plage

Tout à commencé par un beau matin d’été lorsqu’en nous levant, depuis notre loggia, nous avons aperçu face à nous un ours qui somnolait sur la Grande Plage de Quiberon. Pour les loulous qui se font habituellement tirer l’oreille pour déjeuner, ce fût une collation expresse tant ils étaient pressés d’aller découvrir la bestiole : un magnifique plantigrade tout de sable fin constitué, avec la truffe et les griffes matérialisées par des coquilles de moules, avec à ses côtés un ourson passablement alanguie et fait du même tonneau…

Le travail était remarquable mais les artistes, manifestement des oiseaux de nuit, n’avaient pas signé leur œuvre. Ce qui est certain, c’est qu’il n’y avait encore rien la veille !!!  J’étais littéralement bluffé, surtout quand on connait la difficulté à réaliser un misérable château de sable : même avec la meilleure volonté du monde, les sceaux qui vont bien, des pelles, des râteaux, des tamis, quelques coquillages, une ou deux plumes de volatiles marins et de la main d’œuvre plus où moins qualifiée (je dirais plutôt moins que plus, ce ne sont que des enfants hein ?...) ça ne ressemble jamais à rien…

Ajouté à cela l’anonymat des créateurs et le côté éphémère de la chose, nos ours avaient un charme fou. J’ignore ce qu’ils sont devenus, si la marée les a engloutie où si des bambins se sont chargés de leur réserver un sort mais le soir même, en rentrant de balade, il n’y avait plus rien : c’est ce qu’on appelle l’effet mer !!!...

 

C’est vrai que la plage est l’endroit idéal pour laisser libre cours à son imagination, même s’il gratte parfois, surtout lorsqu’il est composé de gros grains, il n’y a pas plus ludique et noble matière que le sable. Ben oui, n’oublions pas que sur nos grèves, il s’agit essentiellement de fragments de minéraux (avec notamment le quartz et le mica, vous savez, ces paillettes qui scintillent sur la peau…) et de calcaire (essentiellement des coquillages broyés par le ressac…) agrémentées d’une pointe de sel. Personnellement, ma préférence va indéniablement au sable fin : j’adore le malaxer du bout des doigts, le pétrir entre mes mains, je ne m’en lasse jamais, c’est presque devenu un toc et, qu’il soit tiède, gorgé de soleil, ou humide, à peine découvert par l’onde, lorsqu’on marche dessus c’est d’un confort sans pareil.

Autre merveille : il suffit de creuser à 20-30 cm, de retirer quelques pains de sable bien compact, pour trouver une eau très limpide. A chaque fois, ça fait son petit effet auprès des enfants !!!

Côté chef d’œuvre, comme vous l’aurez compris, ce n’est pas vraiment la panacée. En dehors des châteaux, ou plutôt des ruines (…), la plus ambitieuse que j’ai pu réaliser est une voiture pour le fiston. Une belle voiture en sable, toute en rondeur, légèrement avachie même, qui ressemblait d’avantage à la guimbarde de Mickey qu’à un coupé Italien… j’ai quelques photos de l’engin mais je n’ai pas jugé utile de vous les proposer !!!

 

Pour en revenir à l’art sur la plage, il y aussi ce château que j’avais immortalisé à la pointe du Conguel. Conçu à base de cairns au pied de la dune, je l’avais trouvé franchement sympathique et comme vous pouvez le constater, la photo ne m’a pas trahie. Quand je l’observe, il me fait penser à une citadelle de pierre tout droit sortie d’un récit d’heroic fantasy… d’ailleurs, peut-être était-il l’œuvre de korrigans ? Allez savoir ?

 

De passage à Carnac, devant l’hôtel « Le Diana », j’ai eu aussi l’occasion de mettre en boîte une magnifique sculpture sur le thème du cirque, avec un clown bedonnant entouré d’un éléphant, d’un lion et d’un singe facétieux. Il s’agit vraisemblablement de l’œuvre de Laurent Dagron, un artiste Rennais qui sévit dans le secteur depuis plusieurs années maintenant. En tout cas c’était vraiment très beau !!!

 

Maintenant, comme je voulais tout de même vous faire partager une œuvre personnelle, je me suis permis d’ajouter le doudou de ma fille à la pointe de Kerbihan, au débouché de la rivière Crac’h ! Avec ses pins, sa maison des douaniers et bien entendu, pour rester ton sur ton avec le sujet, son sable, ça le fait non ?…

 

En complément, je vous ai ajouté deux vidéos dont le cadre se situe sur la plage de la baie des Trépassés. Il s’agit-là de mandalas inspirés du bouddhisme ; des cercles ouvragés, souvent d’une grande complexité et plutôt poétiques, qui servent à favoriser la méditation.  Il me semble qu’ils sont l’œuvre d’Emilie Vincent, paysagiste de formation et adepte du Beach Art basée à Primelin, petite commune du cap Sizun. Personnellement, je n’en ai encore jamais croisé mais le résultat est vraiment somptueux. Et vu le support, il ne faut pas se rater : une fois que le sable est marqué, c’est finit ! Ce n’est pas comme une feuille de papier blanc sur laquelle on peut gommer et recommencer instantanément. Là, en l’occurrence, il faut attendre que la mer est repris ses droits, qu’elle est parfaitement nivelée le sable, pour pouvoir récidiver. Et pour le coup, lorsque l’œuvre est enfin achevée, voici que les vagues viennent déjà la lécher avant de la dévorer goulument : c’est ce qu’on appelle l’éphémère… où encore plus joliment l’effet mer !!!

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