A la découverte de l'église du Graal

Aujourd’hui, on va parler d’un lieu mythique situé en plein cœur de la Bretagne. Alors, si comme ça je vous montre une simple photo, vous risquez de faire une moue dubitative en me disant qu’il n’y a rien d’extraordinaire. En revanche, si je vous parle de… l’église du Graal, là, il est fort possible que vous ouvriez de grands yeux ébahis, comme moi je l'ai fait...

 

Donc aujourd’hui, c’est de cette petite merveille que je vais vous entretenir. Déjà, pour celles et ceux qui auraient raté un épisode, il est peut-être bon de rappeler ce qu’est le Graal ?

Il s’agirait d’un calice dans lequel le sang du Christ aurait été recueilli par un certain Joseph d’Arimathie, notable juif qui aurait participé à la descente de la croix et à l’inhumation de ce dernier. Après les histoires varient : il se dit que d’Arimathie aurait ramené la relique jusqu’en Grande-Bretagne ou son petit-fils fonda la dynastie des Rois Pêcheurs afin de garder le précieux. A la chose près que le Graal échappa à la vigilance de l’un d’entre eux ! D’autres racontent que c’est un sbire de Ponce Pilate qui l’aurait dérobé… peut-être même que cet homme de main le subtilisa à Alain le Gros ? Allez savoir ???

Enfin bref, ce qui est certain, c’est qu’à un moment donné, l’objet sacré auquel on prête de nombreuses vertus – dont l’illumination spirituelle, l’invincibilité et le don de vie à celui qui le détiendrait – disparait soudainement de la circulation ! Et pour obtenir de tels pouvoirs, il y a forcément du monde au portillon !!! C’est ainsi que bien avant Indiana Jones, Merlin l’Enchanteur confia cette épique mission au roi Arthur et ses preux chevaliers… ce qui nous emmène en forêt de Brocéliande !!!

 

L’église du Graal se trouve donc sur la commune de Tréhorenteuc, aux confins du Morbihan, à la limite de l’Ille-et-Vilaine et surtout, à l’orée de la forêt de Brocéliande. 

Si l’édifice existe depuis 1516, lorsque l’abbé Henri Gillard arrive à la Pâques 1942, il est en bien piteux état et les ouailles – à cette époque le village compte 150 âmes – ne s’y pressent plus vraiment. La petite église est alors vouée au culte de Sainte-Onnene, sœur du roi Judicaël de  Domnonée, dont elle porte d’ailleurs le nom. Dans cet endroit à l’écart de tout, uniquement desservit par des chemins de terre et considéré comme le « pot de chambre » du diocèse, notre homme de foi ne peut que faire cet amer constat : « l’évêché m’a envoyé à Tréhorenteuc en pénitence ». Effectivement ! En raison de son non-conformisme, telle était l’idée du diocèse de Vannes : le mettre au rancard !!!

Mais l’abbé Gillard n’est pas du genre à se laisser abattre. Très vite, il entreprend de redonner une vie spirituelle à sa paroisse en commençant par retaper l’église. Mais ne l’oubliez-pas, notre homme est un original ! Sensible au bruissement de la forêt toute proche et de ses fabuleuses légendes, à l’esprit de Brocéliande et au souvenir des chevaliers de la Table Ronde, pour lui il n’y a pas d’antinomie entre la religion et la mythologie. Il est même convaincu que les deux peuvent parfaitement cohabiter dans une harmonie propice à la réflexion intellectuelle. Il en fait son fil conducteur. Que dis-je, son cheval de bataille !!!

Dés 1943, il retire les bannières et les vieux tableaux qui tombent en lambeaux, les statuettes rongées par la vermine, et fait poser le vitrail de la Table Ronde signé par le peintre verrier nantais Henri Uzureau.

L’abbé Gillard grouille d’idées mais ses finances sont maigres, l’évêché se contentant de le maintenir sous perfusion. Quant à ses paroissiens ils sont fort pauvres et pas forcément très compétents dans le domaine de l’art. Aussi, en 1945, profitant de la fin des hostilités, il s’en va quérir de la main d’œuvre dans un camp de prisonniers Allemand. Ses pas le guideront dans la Marne où  la providence voudra qu’il y trouve deux hommes de bonne volonté : Peter Wissdorf, ébéniste dans le civil, et Karl Rezabeck, peintre de son état.

Reconnaissants envers leur bienfaiteur, partageant son ordinaire spartiate au sein du presbytère, mais aussi sa foi et sa passion pour l’art, les deux compagnons n’auront de cesse d’embellir la petite église. Tandis que Wissdorf réalise les bancs, les trois autels et la voûte en coque de bateau inversée, Rezabeck peint des tableaux représentant le chemin de croix, la vie de Sainte-Onenne et bien entendu, la légende Arthurienne…

En 1947, Karl Rezabek et Peter Wissdorf sont libérés de captivité avec 6 mois d’avance sur recommandation de l’abbé. Dans ses mémoires, le peintre écrira que « Monsieur Gillard était toujours son modèle pour le Christ… », quant aux paysages, il s’inspira toujours de ceux offerts par Tréhorenteuc.

En 1948, désireux de faire rayonner sa paroisse, l’abbé Gillard commence à faire éditer des guides relatant les légendes de la Table Ronde et devient ainsi l’un des précurseurs du tourisme en Brocéliande. Les bénéfices engrangés, tous les dons – devant autant de vigueur, même le Conseil Général finira par mettre la main à la poche… – et la totalité des indemnités du religieux contribuent aux travaux de réfection de l’église : en 1950, un mur est élevé entre la nef et le narthex, et un chapitret vient renforcer la façade extérieure. Le grand vitrail est mis en place en 1951 tandis que le pavement du chœur et la mosaïque du Cerf Blanc au collier d’or, dessinée par Jean Delpech et réalisée par les ateliers Odorico de de Rennes, suivent, respectivement en 1953 et 1954. Les travaux dureront ainsi 12 ans où l’édifice, jadis misérable, ne cesse de gagner en renommée. C’est ainsi que les célébrités du moment, tel André Breton, s’y rendent. L’abbé Gillard, lui, assure les visites dans le Val sans Retour et héberge ses convives au sein même de son église, à la façon d’une auberge espagnole.

Bien entendu, l’évêché n’est pas resté indifférent face à toute cette effervescence et à l’univers quelque peu hétérodoxe, et parfois même fantasque, de notre brave abbé. C’est ainsi que par un triste jour de 1962, il se voit retiré son ministère. Victime des ragots et autres médisances, il n’en retrouvera jamais d’autre…

En 1963, il tentera bien de renouer avec « son » église mais ça hiérarchie le lui interdira malgré des pétitions et les interventions répétées des élus. Ce n’est qu’en 1968 qu’il remet les pieds en Brocéliande, grâce à la bonté de l’abbé Rouxel, curé de la paroisse de Néant-sur-Yvel, qui lui offre l’hospitalité. En tout état de cause, Henri Gillard finira ses jours dans la maison de retraite du clergé de Sainte-Anne d’Auray en juillet 1979, après s’être toutefois payé le luxe de passer sur FR3 et Europe 1 pour parler de son œuvre… mais il souffrait en silence. En 1987, Charles Le Quintrec écrira qu’au crépuscule de sa vie  l’abbé ressemblait « à un enfant perdu, égaré, amoindri et en quête de tendresse tant Tréhorenteuc lui manquait… »…

Il faudra attendre son décès pour qu’il soit réhabilité par ses pairs et qu’il retrouve enfin son église dans laquelle il repose désormais pour l’éternité.

 

Donc, pour les aventuriers en herbe, inutile de vous rendre à l’église du Graal en espérant approcher le précieux car, comme vous l’aurez sûrement compris, il n’y est pas !

En revanche, c’est un lieu unique, parfaitement à sa place et extrêmement émouvant de par son histoire, où l’imaginaire rejoint la réalité et la religion le cycle Arthurien. Alors oui : la porte est en dedans mais pas forcément où on l’attend !!!...

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