L'île de Cézembre

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Voici un lieu que je n’ai jamais visité et où, d’ailleurs, très peu d’entre vous  on eu l’occasion de poser le pied… et pour cause, l’île de Cézembre fût très longtemps interdite au public ! Pourtant, Cézembre, tout le monde la connait. Il s’agit de la plus grande île de la baie de Saint-Malo. On peut l’observer depuis les remparts, la chaussée du Sillon, le fort National, mais aussi de la pointe du Décollé, à l’ouest, en passant par la pointe du Moulinet, jusqu’à la pointe de la Varde, à l’est. Elle est souvent en embuscade sur les photos, tapie en arrière-plan avec sa silhouette effilée et sa plage orientée plein sud, on ne sait pas forcément la nommer mais elle est bien là, omniprésente…   

D’une altitude maximale de 38 m, elle mesure un peu plus de 600 m dans sa plus grande largeur, pour une superficie de 10 ha, et se situe à 20 mn de bateau depuis la cité Malouine. Il se dit que dans les temps reculés, un certain Festivius, poète de son état, y dirigeait une école monastique réputée sur toute la côte. Ayant sillonné l’Atlantique durant sept longues années pour y prêcher l’évangile, Brandan, abbé de Lancarvan, et un ses disciples prénommé Mac Low auraient finit par s’échouer sur son rivage à bord d’un curragh. C’est ainsi que Mac Low aurait reçu l’enseignement de Festivius avant d’accomplir le destin qu’on lui connait… Ceci est relaté dans un manuscrit daté du 9ième siècle, rédigé de la main de Bili, évêque d’Aleth sous le règne d’Alain 1ier de Bretagne, et actuellement conservé au British Museum de Londres. En tout état de cause, c’est dans ce précieux qu’apparait le nom de Cézembre pour la première fois : ad insulam September.

C’est au début du 12ième siècle, que les premiers ermites se retirent sur Cézembre afin d’y méditer. Parmi ceux-ci un certain Pierre le Solitaire qui aurait été élevé par deux corbeaux qui ne le quittaient jamais. Lorsque l’un des deux mourrait, il était aussitôt remplacé par un de ses congénères mais curieusement leur nombre n’augmentait jamais. Ils restaient invariablement à deux à veiller sur l’ascète. Là où la réalité rejoint la légende, c’est que dans les années 30, deux chercheurs du laboratoire maritime de Dinard, Davy de Virville et Robert Lami, découvrir sur l’îlot un couple de corbeaux. Ils les étudièrent plusieurs années d’affilées et chaque fois qu’une nichée prenait son envol, systématiquement le couple les chassait de l’île afin d’y demeurer invariablement à deux…

Autre époque, autre ermite. En 1420, Raoul Boisserel, prêtre Malouin, vient s’établir sur Cézembre avec la bénédiction de son évêque, Robert de la Motte. Dans une grotte facile d’accès, au nord-ouest de l’île, il élève un oratoire tout naturellement dédié à Saint-Brandan.

En 1469, une communauté des cordeliers de l’Observance en provenance de l’île Verte, dans l’archipel de Bréhat, obtiennent de Jean de l’Espervier, évêque de Saint-Malo, l’autorisation de construire un monastère sur Cézembre. L’édifice est érigé au centre de l’île, dans un repli de terrain. L’église, faisant face au continent, mesure 20 toises (environs 40m) de longueur. Sur ces arrières sont aménagés le cloître et les bâtiments d’habitation. Le jardin, quant à lui, prend place à l’est de l’église. Quant à la plage baptisée grève Notre-Dame, un môle y est construit pour accueillir les chaloupes. Un peu plus loin, les moines aménagent un petit havre pour mettre à l’abri leurs voiliers dont ils se servent pour assurer leur approvisionnement. Deux sources subviennent à leurs besoins en eau douce et ils améliorent l’ordinaire  en s’adonnant régulièrement à la chasse aux lapins.

Le 4 octobre 1518, le monastère accueille le roi François 1ier qui vient ici honorer son Saint-patron.

Le 25 mai 1570, le roi Charles IX et sa cour – dont la reine Catherine de Médicis, sa mère, et le duc d’Anjou, son frère –  se rendent à leur tour à Cézembre. Il laissera aux cordeliers une pension de 50 livres pour les remercier de leur bon accueil. 

Mais l’ennemi Anglais rôde dans les parages… tant et si bien que le 15 septembre 1572, les moines sollicitent de leurs protecteurs Malouins l’obtention de quelques canons. Deux bouches à feu et une garnison de 20 hommes leurs sont accordés. Ce sont les prémices de la militarisation de l’île…

En 1612, les autorités religieuses décident de remplacer l’ordre des cordeliers par celui des récollets. Malgré l’ordonnance royale de 1615 les contraignant  à exécuter la décision pontificale, les anciens propriétaires tenteront à deux reprises de réinvestirent les lieux : en 1617, sous la conduite de Jean Le Gadellan, puis le 30 avril 1619, mais en vain.

Le monastère prospère sous ce nouvel ordre. Il abritera jusqu’à 100 religieux. Les Malouins leur rendent fréquemment visite. Les plus fortunés d’entre eux iront même jusqu’à se faire enterrer dans le petit cimetière des moines, face à la mer. Durant cette période faste, une nouvelle église sera élevée et, raffinement ultime, il se dit même que les moines seraient parvenus à faire pousser quelques pieds de vigne ! Le 26 novembre 1693, une importante flotte Anglo-Hollandaise fait irruption dans la baie. Après avoir bombardé Saint-Malo, l’ennemi s’empare du fort de la Conchée encore en construction puis, à bord de chaloupes armées, il prend pied sur Cézembre. Le lendemain, le monastère qui n’abrite plus que trois religieux – les autres ayant pris la fuite en barques – , un jeune père Irlandais et deux frères dont un vieillard goutteux, est entièrement mis à sac. Les Anglais dévastent le potager, arrachent la vigne, brisent les bouteilles de vin qu’ils ne boivent pas, criblent de balles croix et statues puis, finissent par incendier les bâtiments.

Cette razzia signe la fin de la vocation religieuse de Cézembre...

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