L'île de Cézembre

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Le 29 novembre 1693 survient l’épisode de la « machine infernale » qui fera long feu sur les récifs, entre le fort Royal et son objectif, la tour Bidouane… c’est à l’issue de cet échec retentissant que la flotte Anglo-Hollandaise va se retirer aussi vite qu’elle est arrivée.

C’est suite à cette attaque qu’on décide de fortifier l’île. La mission en est confiée au chevalier de Garangeau, disciple de Vauban et brillant ingénieur. Il fait ériger un long mur en maçonnerie face à la cité corsaire et des retranchements partout ou l’ennemi peu débarquer. C’est ainsi qu’à la mi-juillet 1695, les quatre batteries de Cézembre participent à la mise en déroute d’un nouveau raid Anglo-Hollandais…

En 1697, l’île compte trois batteries dont une dotée de 6 canons, 260 boulets et 625 livres de poudre. La garnison s’élève à 2 officiers, 50 soldats, 2 canonniers et 80 canonniers de milice.

A la fin du règne de Louis XIV, l’endroit quelque peu délaissé par l’armée devient un repaire de trafiquants. De nuit on y débarque notamment du tabac en provenance de Jersey et Guernesey ou des cargaisons d’étoffes précieuses. Pour remédier à ça, entre 1720 et 1736, un lazaret et des entrepôts sont construits sur les fondations de l’ancien monastère. Leur rôle est « d’y recevoir les marchandises, officiers et équipages des navires venant des lieux suspects et y faire quarantaine. ». L’ombre de la peste plane alors sur Cézembre…

Malgré tout, vers 1733, les premiers piqueurs s’aventurent sur l’île. Leur but est d’en extraire la pierre nécessaire à remblayer la chaussée du Sillon sans cesse démolie par les tempêtes.  Et, avec l’aval de la mairie

de Saint-Malo, à partir du mois de mai 1735, et durant plus d’un an, ils seront plusieurs centaines à œuvrer dans trois carrières. En 1756, l’armée réinvestit les lieux. En l’espèce, elle y réinstalle une batterie composée de deux canons de 18 livres et quatre pièces de 10 au nord-est de l’île. Dans la foulée, la Marine remet en état les fortifications qui tombaient en ruine et construit de nouvelles plateformes de tir ainsi qu’un nouveau magasin à poudre. Bien leur en prend car pas plus tard que le 4 juin 1758, une puissante flotte Anglaise composée de 116 vaisseaux double la cité corsaire au large de Cézembre. Son objectif est de débarquer 13.000 hommes aux ordres du duc de Marlbourough au port de la Houle, à Cancale. Après avoir pillé la bourgade, les fantassins se dirigent aussitôt vers Saint-Malo dont ils font le siège durant trois jours. En vain ! Craignant de voir débouler des renforts Français depuis la Normandie, ils rembarquent prestement. Sur le chemin du retour les navires ennemis essuieront à nouveau les tirs de Cézembre. Ses pièces retonneront dés le 3 septembre 1758, date à laquelle les Anglais remettent le couvert avec une flotte toute aussi conséquente, estimée entre 113 et 130 vaisseaux. Cette fois-ci se sont 12.000 troupiers commandés par le général Thomas Bligh qui sont débarqués du côté de Saint-Briac, toujours dans le but de prendre Saint-Malo à revers… mais rien n’y fait !!! Des vents contraires les privent d’un soutien naval. Tandis que leurs navires gagnent l’abri de la pointe de l’Isle, les fantassins Anglais doivent se replier sous la canonnade des forts Malouins. Après avoir pillé et incendié tout ce qui se présentait sur leur route,  c’est sous le feu nourri des troupes Françaises aux ordres du duc d’Aiguillon qu’ils rembarquent le 11 septembre. Ils laisseront sur la grande plage de Saint-Cast quelques 2.000 morts et plus de 700 prisonniers. Un tragique épisode qui rappelle étrangement celui de la Mort AnglaiseMais revenons-en à notre île…

En 1779, un ancien compagnon de Bougainville, un certain Charles-Henri-Othon de Nassau-Siegen, prince d’Orange, se met en tête de conquérir Jersey. Pour se faire, il va recruter 1.500 mercenaires Bretons et Normands qui vont bivouaquer sur Cézembre en attendant le grand départ qui aura lieu depuis Saint-Malo, le 21 avril, à bord d’une flotte hétéroclite de barques, de bisquines, de chaloupes canonnières et de frégates. Hélas, les vents jouant en sa défaveur, l’expédition doit rebrousser chemin pour être ajournée puis définitivement annulée.

Les décennies qui suivent voit l’armée y installer de nouvelles batteries, un corps de garde et de nouveaux bastions. A l’époque, Saint-Malo compte plus de 300 corsaires qui opèrent essentiellement en Manche. La garnison de Cézembre est alors aux premières loges pour assister au ballet des vaisseaux de tout tonnage qui vont et viennent dans le port. Puis tout ce calme. Les militaires désertent à nouveau les lieux, ne laissant derrière eux qu’un garde du génie qui sera ultérieurement rejoint par deux familles vivant de la pêche. En 1870, retour fracassant de l’armée : les mobiles Bretons, hermine blanche sur le képi, y sont casernés pour suivre leur formation de tir au canon.

Vers 1890, au plus fort de la rivalité Franco-Britannique, les défenses sont encore renforcées par des canons toujours plus puissants, de calibre 240mm, et des mortiers de 270mm. Les positions sont reliées entre elles par une voie ferrée dite « de 60 », soit 60mm de largeur. Une galerie souterraine et des soutes à munitions sont directement creusées dans le rocher. L’île devient strictement interdite au public. En 1910, elle accueille une petite unité disciplinaire composée d’une centaine de déserteurs, la plupart issus de la Coloniale et de la Marine, encadrée par un capitaine, 2 lieutenants, 2 sergents, 10 caporaux et  40 soldats du 47ième R.I. Mais les Malouins et la presse locale ne voyant pas ça d’un très bon œil, les indésirables sont très vite réexpédiés en Afrique.

Durant la guerre de 14-18, rebelotte sauf que cette fois-ci Cézembre devient un camp disciplinaire pour les soldats Belges. Ce sont eux qui, placés sous l’autorité du capitaine-commandant Henri Allart, nommé gouverneur de ce lopin de terre, construiront la cale que l’on connait aujourd’hui. Ils réhabiliteront également de petit oratoire de Saint-Brandan. Tout spécialement ils fabriquent un autel en granit qu’ils ornent d’une statue en bois à l’effigie du Saint.

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