L'île de Cézembre

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La plupart de l’artillerie étant partie au front durant les hostilités, les fortifications sont déclassées et l’île est rendue aux civils en 1920. Mais uniquement aux ressortissants Français !!! Un service régulier de vedettes est mis en place à la belle saison et Les baraquements sont transformés en café, en petit restaurant ou encore en hôtel. Au cœur de l’été 1926, une Parisienne qui séjourne sur Cézembre mettra au monde un garçon qui sera le seul bébé à être né en ces lieux.

Pendant ce temps, les jouvencelles de la région, des prétendantes au mariage venues solliciter un bon parti, prennent l’habitude de rendre visite à la statue de Saint-Brandan pour lui ficher des épingles dans le nez, comme cela se fait du côté de Ploumanac'h.

Survient la seconde Guerre Mondiale…

Les Allemands pénètrent en Bretagne le 17 juin 1940 et investissent l’esplanade Saint-Vincent dés le 20 juin. Et très vite, l’occupant redécouvre la position stratégique de Saint-Malo. A tel point que dans un rayon de 10 kms, 10.000 ouvriers de l’organisation Todt vont y ériger plus de 500 bunkers !!!

Cézembre n’échappe pas à cette frénésie et les travaux débutent à partir de mai 1942. Tandis que la cité Malouine est classée forteresse en 1943, l’île est bétonnée – à terme elle comptera 27 constructions  diverses – et équipée d’une batterie d’artillerie alignant six pièces de 194 mm d’origine Française installées dans de simples encuvements. Cette configuration, certes vulnérable, leur permet, en contrepartie, de tirer tous azimut, à terre comme en mer, de la pointe du Grouin jusqu’au cap Fréhel. L’ensemble est complété par des canons de plus petits calibres et des pièces de FLAK.

Le 8 aout 1944, alors que les G.I Américains abordent les faubourgs de Saint-Malo, la garnison, aux ordres de l’oberleutenant Richard Seuss, se compose de 400 hommes. Il y a là une majorité d’Allemands, une vingtaine de « Russes », une poignée de Polonais mais aussi, plus surprenant, 55 soldats Italiens – dont deux officiers – évacués de la base sous-marine de Bordeaux le 9 septembre 1943. Ces derniers occuperont une position à la pointe sud-ouest de l’île.

Le premier obus Américains tombe sur Cézembre le 9 août 1944 en fin d’après-midi, sachant que l’île a préalablement subi un raid aérien le 6 août. Le 11 aout survient un nouveau bombardement. Puis, le 13 aout, vers 15H00, alors que ses canons harcèlent les troupes US qui progressent depuis la pointe de la Varde jusque sur la chaussée du Sillon, 69 bombardiers B-24 Liberator viennent y déverser 275 tonnes de bombes ! Malgré le déluge de feu et d’acier, l’île continue à riposter, si bien qu’à partir de cette date, elle sera pilonnée nuit et jour…

Lorsque survient la libération de Saint-Malo le 17 aout 1944, la garnison  de Cézembre continue à résister, obstinément !!! En ces circonstances l’île passe automatiquement sous l’autorité de l’amiral Hüffmeier, chef d’état-major des îles Anglo-Normandes…

Ce même jour, en début d’après-midi, 35 chasseurs-bombardiers P-38 Lightning viennent y déverser 68 gazoline jell bombs, autrement dit du napalm dont c’est la toute première utilisation sur le théâtre Européen. L’île entière s’embrase ! C’est l’enfer !!! L’essence enflammée s’insinue partout, dans les moindres interstices jusqu’à la surface de l’eau… des températures de plus de 2.000°c font littéralement fondre les pièces d’artillerie. Mais… contre toute attente, la garnison qui s’est terrée au plus profond de ses abris tient bon et le 18 aout, vers 16H00, une première tentative de négociation est vainement entreprise par les Américains ! De plus 3 canons  de 194 mm sont encore opérationnels et ne se privent pas de donner le change…

Le 21 aout une nouvelle offre de reddition précédée d’un lâcher de tracts est refusée, entrainant dans son sillage un nouveau bombardement… et des pilonnages en règle !

Le 24 aout, alors que Paris est libéré, Cézembre continue de faire de la résistance. Un canon de 194 mm est encore en état de combattre et 300 obus restent à tirer. Dans la journée de nouveaux pourparlers ont lieu avec, encore une fois, une fin de non-recevoir…

Alors qu’une opération de débarquement est envisagée pour prendre l’île de vive force, entre le 25 et le 27 aout, plus de 1.500 sorties aériennes sont menées contre Cézembre. Tant et si bien qu’à terme, il ne reste plus à Seuss que quelques pièces de 20 et 75 mm pour poursuivre la lutte…

Le 29 aout, 99 nouveaux blessés portent à 277 le nombre de soldats hors de combat qui espèrent encore être évacués sur Jersey. En vain !

Le 30 aout, 75 bombardiers lourds écrasent l’île de leurs mortelles cargaisons.

Le 31, plusieurs vagues de bombardiers remettent le couvert. Lors du passage de 10h11, plusieurs bombes au phosphore et 18 bombes au napalm sont larguées… dans la foulée, le cuirassé britannique HMS Malaya escorté par deux destroyers vient pilonner les positions Allemandes. Pendant plus de 2H30, ses obus de 380 mm s’abattent sur les bunkers dont les dalles se brisent comme des morceaux de sucre… celui occupé par les « Russes » s’effondre littéralement sur ses occupants. La dysenterie sévie dans les rangs, parfois très sévèrement ! Le débarquement de vive force est fixé le lendemain à 15H45. Pour se faire, 28 péniches de type LCVP ont été convoyées par route depuis la Normandie.

 

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