Balade en baie des Trépassés

En ce retour des vacances de la Toussaint, je vous propose de me suivre dans un endroit au nom des plus évocateurs : la baie des Trépassés.

 

Là-bas, au fin fond du Finistère, nichée entre la célèbre pointe du Raz et sa jumelle, beaucoup plus confidentielle, la pointe du Van, la baie des Trépassés est l’archétype de la plage du bout du monde : un lieu grandiose, sauvage et authentique où se déchaînent régulièrement les éléments…

« Rien ne saurait rendre l’impression d’infinie solitude, de veuvage, de néant, que donne, l’hiver, cette baie « des âmes », bae an Anaon, comme l’appellent les Bretons, en leur langue, d’un mot sourd et plaintif, emprunté, dirait-on, au vocabulaire de l’au-delà. La puissante lamentation de la mer, tantôt éclatait en sanglots, tantôt se trainaient en longs gémissements…», ainsi en parlait le chantre Breton Anatole le Braz.

 

En effet, cette plage est aussi belle qu’elle véhicule de sombres légendes : il se raconte notamment que c’est d’ici qu’embarquent les âmes des défunts pour l’au-delà. Durant la journée, ces dernières erreraient dans la lande, les marécages et les roselières autour de l’étang de Laoual, et la nuit venue, le Treizour (le passeur en Breton…) accosterait sur la grève pour les emmener à bord de sa nef funèbre pour leur ultime voyage. Pour la petite anecdote, ce serait par rapport à ça que de nombreux marins arboraient un anneau en or  à l’oreille, afin de pouvoir s’acquitter de leur passage et trouver le repos éternel, si le destin en voulait ainsi…

Il est possible que cette histoire soit directement inspirée d’un rite qui voulait que jadis, après leur mort, les corps des druides étaient transportés en barque, depuis cette plage, pour être inhumés sur l’île de Sein.

Quant à la boucle d’oreille en or arborée par les marins, plus que par fantaisie, c’était vraisemblablement pour financer les frais d’obsèques, notamment l’office religieux et la sépulture, si leur corps était rejeté par les flots. Donc, là encore, la vérité n’est jamais très loin !!!

Plus proche de nous, il est de notoriété publique que la chaussée et le raz de Sein, malgré leur trompeuse beauté, sont un redoutable lieu de perdition. Par le passé, de nombreux navires y firent naufrage et des équipages complets y perdirent la vie. De par sa configuration, véritable entonnoir entre les falaises escarpées, et sa situation, avec la force des courants qui convergent vers elle, il se dit que les corps des malheureux marins étaient régulièrement charriés sur la plage de la baie des Trépassés, d’où son nom…

C’est d’ailleurs au large de celle-ci, qu’Edouard Michelin, héritier et co-dirigeant de la célèbre firme Française de pneumatiques, trouva la mort lors d’une partie de pêche au bar, le 26 mai 2006.

Dernière option et non des moindres : l’appellation Bretonne de la baie des Trépassés, bae an Anaon donc (…), serait en réalité et beaucoup plus simplement, la déformation de bae an Aon, en fait la baie de la rivière puisque, effectivement, depuis le fameux étang de Laoual, un petit ruisseau servant de trop-plein s’écoule paisiblement vers la plage en franchissant les dunes et le cordon de galets. La baie de la rivière : un nom beaucoup plus léger à porter, vous en conviendrez ?

 

Maintenant, quelles que soient vos convictions, sachez que localement – peut-être même par superstition… – les pêcheurs de Cléden-Cap-Sizun appellent la baie des Trépassés, la grève du Nord-Ouest, et qu’aujourd’hui, c’est surtout un spot très réputé en matière de surf et de bodyboard.

Par delà les rouleaux et les cairns, avec ce vaste panorama qui s’offre à nous du port-abri du Vorlen, au nord, à la magistrale pointe du Raz et à l’île de Sein au sud, en passant par le mystérieux phare de Tévennec posé sur la ligne d’horizon, il fait bon venir y respirer les embruns et l’air revigorant du large. Quelques courageux viennent même s’y baigner aux beaux jours !

C’est aussi le point de départ pour de magnifiques balades le long du GR 34, le fameux sentier des douaniers.

D’abord vers le Vorlen et la pointe du Van, au nord ; la petite crique du Vorlen dont la cale construite contre vents et marées (c’est le cas de le dire…), en 1892, par les paysans-pêcheurs du coin, se fond dans le granit originel, et  la pointe du Van dont on raconte – Bretagne oblige – que la cloche de sa chapelle Saint-They, érigée au 17ième siècle, avertit les navigateurs du danger. Là encore, on peut expliquer qu’en mer, les drames surviennent souvent par temps agité. Or, vu la position de l’édifice à flanc de falaise, on peut imaginer que lorsque la tempête se lève, la cloche soit quelque peu secouée… enfin, ce n’est qu’une supposition !!!

Ensuite, vers la pointe du Raz, au sud. Après avoir dépassé les blockhaus Allemands qui prennent la plage en enfilade, on prend un peu d’altitude, et parmi les herbes frémissantes derrières lesquelles se profile le phare de la Vieille, direction le bout du monde

 

Donc ne vous formalisez pas sur son nom : la baie des Trépassés est un superbe endroit qui, à coup sûr, ravira vos sens, et peut-être même, fera chavirer votre cœur !!!

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