Douceurs du terroir : la cidrerie de Menez-Brug

Je suis passionné de terroir et pour moi, l’un des plus beaux fleurons du terroir Breton, c’est le cidre de Cornouaille !!! Donc, forcément, à un moment donné il fallait bien que nous allions visiter une cidrerie…

C’est ce que nous avons fait lors d’un séjour à Bénodet. Dans le secteur nous n’avions que l’embarras du choix mais comme quelques jours auparavant, lors d’un dîner au restaurant du côté de Beg-Meil, à la manière d’un grand cru, on nous avait servi un cidre juste fabuleux, c’est tout naturellement vers son producteur que j’ai jeté mon dévolu…

 

C’est ainsi que nous nous sommes rendu en plein pays Fouesnantais (où parait-il se fabrique le meilleur cidre au monde, après je dis ça, je dis rien…), chez Claude Goenvec qui, depuis sa ferme de Kergueven, produit le cidre de Menez-Brug.

Après un accueil cordial, sympathique mais sans effusion, c’est le maître des lieux en personne qui nous a guidé à travers son domaine, à commencer par les vergers. Ceux-ci se situent à proximité de la ferme familiale, bien à l’abri des regards indiscrets, en retrait de la route. C’est d’ailleurs ce qui est très paradoxal en Cornouaille, c’est que pour un pays où le cidre est roi, les vergers se font plutôt discrets. En effet, à l’image de la cidrerie de Menez-Brug, la plupart sont disséminés dans le bocage, souvent derrière de grandes haies vivaces. De plus ils sont surtout organisés en petites parcelles agrestes plutôt qu’en grandes plantations impeccables.

Enfin bref, c’est donc au milieu de ses pommiers que Claude nous a rapidement retracé l’histoire du cidre.

Il faut savoir que le breuvage n’a fait son apparition en Bretagne qu’au 13ième siècle ! Pour la petite anecdote, ce serait vraisemblablement (…) les marins Basques qui, l’embarquant sur leurs navires pour lutter contre les ravages du scorbut, l’auraient fait connaître à leurs homologues Bretons.

Et comme les pommiers se plaisaient plutôt bien en Bretagne, c’est sur fond de pénurie de céréales et d’interdiction de produire de la cervoise que les autochtones se mirent à produire le « sistr » ; boisson qui sera aussi bien consommée à la table des paysans qu’à celle des notables.

Au 19ième siècle, le docteur Dumont démontre que le cidre peut être un substitut aux eaux de sources en vertu de ses propriétés toniques et minéralisantes. Et comme je l’ai cité ailleurs, les Bretons suivront scrupuleusement ses recommandations puisqu’en 1899, les Rennais en consommaient 444 litres par tête !!!

C’est toujours au cours de ce 19ième siècle, lorsque se forgera la nouvelle identité Bretonne, mâtinée de romantisme, mais aussi un tantinet motivée par le tourisme, que ses chantres s’emparèrent du cidre en le présentant comme LA boisson nationale. Et ce qu’on peut dire aujourd’hui, c’est que la réalité a rattrapé, voir même dépassé, la légende…

 

Quant au fameux cidre de Cornouaille, il s’agit du seul cidre Breton bénéficiant d’une AOC (Appellation d’Origine Contrôlée), et ce depuis 1996.  Cette dernière garantie « un savoir-faire traditionnel et un terroir délimité de 38 communes dessinant un ruban parfumé le long de la mer en enserrant les rias de mille pommiers tout autour de Quimper, capitale du pays de Cornouaille ». Je sais : c’est beau mais ce n’est hélas pas de moi ! Il s’agit de la présentation faite sur le site de la CIDREF…

Et comme le prévoient les directives Européennes, depuis 2009 le cidre de Cornouaille bénéficie automatiquement de l’AOP (Appellation d’Origine Protégée)…

A l’issue de ce petit rappel, Claude nous a expliqué que pour élaborer le cidre de Cornouaille, il fallait exclusivement utiliser des pommes du cru, de la Kermerrien, de la Kroc’hen Ki, de la Sac’h Biniou où encore de l’Avaloù Belein, sachant que l’assemblage doit comprendre trois variétés minimum (douce, amère et acidulée) dont l’une ne doit pas dépasser 60% de la totalité.

Après nous avoir prévenu que la plupart de ces variétés étaient parfaitement immangeables en l’état, car trop acides et/ou trop coriaces (ce qui les différencie des pommes dites « à couteaux »…) et que les meilleures alliées de son verger étaient les coccinelles, notre hôte nous entraîna dans son unité de production qui abrite l’outils indispensable à tout bon cidrier : le pressoir pneumatique ! Il s’agit d’un engin qui, après avoir lavé les fruits, les broie pour en extraire le précieux jus. Le moût fraîchement pressé est ensuite mis au repos dans une salle contigüe, dans des cuves de 9.000 litres chacune. Il va y passer entre 1 et 3 mois, période durant laquelle le sucre naturellement contenu dans les pommes va se transformer en alcool, et subir deux soutirages, une opération qui  consiste à retirer les impuretés, notamment le « chapeau brun » et les lies résiduelles. Ces soutirages ont lieu à différents stades de maturité du breuvage.

La fermentation s’achève allongée, dans des bouteilles de type Champenoise (les mêmes que celles contenant le Champagne d’où le nom…). C’est au cours de cette ultime étape que le cidre devient pétillant.

 

Puis d’un pas alerte, Claude nous invita à passer de l’autre côté de la route pour rejoindre son chais. Là, il nous fit fièrement l’article de son ancien pressoir, une véritable pièce de musée en parfait état de fonctionnement, avant de nous conduire auprès de sa sertisseuse-étiqueteuse. C’est cette machine qui parfait la bouteille, d’abord en l’étiquetant à l’effigie de la maison, puis  en lui ajoutant sa capsule métallique et son muselet (vous savez le fil de fer avec lequel vous aimez jouer à la fin du repas, en faisant une chaise avec par exemple…).

Comme il se doit, la visite s’acheva autour d’un verre (en rappelant comme il se doit que l’abus d’alcool est dangereux pour la santé). C’est au cours de cette dégustation que je pu constater que notre hôte, où tout du moins le fruit de son labeur, avait été moult fois médaillé, notamment aux prestigieux Concours National Agricole, avec les honneurs de la presse locale.

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