A la découverte de la cité d'Aleth

 

Je vous ai déjà parlé des remparts de Saint-Malo mais bien avant qu’ils ne sortent de terre, il n’y avait rien à part un rocher habité par un ermite prénommé Aaron. La chaussée du Sillon, son seul et unique accès, était alors une langue de terre submersible par fort coefficient de marée. Quant aux actuels bassins du port, il s’agissait à l’époque d’une immense vasière…

La vie s’organisait donc de l’autre côté de l’anse des Sablons, sur le promontoire que l’on appelle encore aujourd’hui la cité d’Aleth. Son port dénommé Reginca – qui prenait place dans l’actuelle anse de Solidor – était réputé depuis l’époque Gallo-Romaine pour offrir aux navires de passage un ravitaillement aisé en eau douce.

C’est sur ces entrefaites que débarque un moine Gallois : un certain Mac Low (…), qui par son audace et son charisme sera promu évêque de la cité en 590, et de fil en aiguille, deviendra l’un des sept saints fondateurs de la Bretagne, mais ça je l’ai déjà écrit quelque part ?!!!

Il se dit que suite à certaines tensions, Mac Low et ses plus fidèles ouailles auraient rejoint Aaron dans son ermitage où ils fondèrent une nouvelle communauté. Ce qui est certain, c’est que l’antique cité était devenue trop exigüe et l’expérience (certes malheureuse) des razzias vikings démontra que le rocher était beaucoup plus facile à défendre. Dés lors, Aleth commença à décliner, inexorablement, au profit de la future Saint-Malo.

En 1255, quasiment 100 ans après que Jean de Châtillon décida d’y transférer le siège de l’épiscopat, il y eu même une tentative d’insurrection face à cette montée en puissance. Révolte matée  qui signa irrémédiablement la fin de la cité, tant par son aura que par le démantèlement de sa cathédrale et de ses fortifications.

C’est donc dans un environnement assez désolé, qu’au 17ième siècle, l’incontournable Vauban, alors inspecteur général des fortifications du roi, préconise de faire élever des batteries d’artillerie afin de protéger l’embouchure de la Rance. Mais ce n’est qu’après plusieurs incursions Anglaises que le chevalier Charles Mazin, ingénieur en chef de la cité Malouine, décidera de faire (enfin) exécuter des travaux significatifs ; défenses dont certains vestiges sont encore bien visibles aujourd’hui, sous le béton coulé par les Allemands…

 

Car si le site a été abandonné par l’armée Française en 1914, dés 1941, l’occupant Allemand redécouvre son intérêt stratégique et, sans trop se soucier de l’histoire des lieux, décide d’en faire l’un des plus vastes complexe du Mur de l’Atlantique en Bretagne. Par « complexe », il faut entendre un ensemble de bunkers, tous reliés entre eux par un réseau de galeries souterraines, à l’instar des forts de la ligne Maginot…

Et c’est vrai que si même la nature a repris ses droits, il faut bien avouer qu’à la cité d’Aleth, les Allemands n’ont pas lésiné sur les moyens !!! Faisant saillant où affleurant à peine du sol, ce ne sont pas moins de 24 blocs de combat qui parsèment les lieux. Cela représente 30.000 m³ de béton abritant 5 canons de différents calibres, 6 cloches blindées pour mitrailleuses MG.34, 2 cloches blindées d’observation et une cloche blindée pour mortier. Pour mettre en œuvre un tel arsenal, il ne fallait pas moins de 500 hommes !!!

Ça, c’est pour la partie immergées de l’iceberg car à 14 m sous la surface court une galerie de 1500m creusée à même la roche. A grand renfort de coups de pioches, de marteaux-piqueurs et d’explosifs, ce sont plus de 2.000 travailleurs de l’Organisation Todt qui, entre janvier 1943 et août 1944, s’y sont relayés, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Y prenaient place un poste de commandement, une zone de vie pour la garnison (essentiellement des dortoirs et des sanitaires), une cuisine, une infirmerie, une citerne d’eau d’une capacité de 150.000 litres, une centrale électrique et une petite voie ferrée de 60cm (en rapport à sa largeur…) pour convoyer vivres et munitions. Voilà ce qui se cache sous vos pieds quand vous arpentez les pelouses de la cité d’Aleth !!!

Le 8 août 1944, lorsque les troupes Américaines de la 83ième Division d’Infanterie US abordent les faubourgs de Saint-Malo, la cité d’Aleth se trouve en plein cœur de la « festung Saint-Malo » (à prononcer avec un accent guttural…). C’est donc tout naturellement que le colonel Andreas Von Aulock, commandant de la place qui a reçu l’ordre de défendre la ville jusqu’au dernier homme, y trouve refuge. Alors que l’intra-muros ravagé par un énorme incendie tombera le lundi 14 août, la cité d’Aleth, elle, résistera encore plusieurs jours, faisant face à un déluge de feu, subissant tantôt les bombardements aériens de l’US Air Force, tantôt recevant les coups de l’artillerie Américaine (certains jours, la position reçoit jusqu’à 4.000 obus…), et repoussant trois assauts conduits de concert par l’infanterie US et les FFI. Durant ces combats meurtriers, la plupart des bunkers sont sévèrement éprouvés. La plupart sont atteint de plein fouet par des projectiles parfois tirés à bout portant. Face à ce pilonnage en règle, c’est à bout de nerfs que la garnison finira par se rendre, le jeudi 17 août, vers 15H00. Von Aulock, décrit comme fier et arrogant dans son uniforme impeccable, le monocle vissé à l’œil droit, sortira à la tête de 400 hommes encore valides, qui à l’inverse de leur chef, sont dépeint comme hirsutes, mal rasés, sales, négligés et hagards…

 

Après avoir un temps hébergé un camping (ce qui explique les îlots de verdure au milieu des allées bitumées…), et malgré les arbres qui ont été replantés en 1957, la cité d’Aleth conserve tous les stigmates de cette bataille, des embrassures aux cloches blindées constellées d’impacts d’obus, en passant par le canon de FLAK détruit et abandonné en l’état dans son encuvement. Une partie des lieux a été transformée en mémorial de la Seconde Guerre Mondiale, tandis que certains bunkers ont été aménagés en musée. Les souterrains, quant à eux, ont été murés eu égard à leur dangerosité mais d’après une vidéo que je vous ajoute en bonus, il semblerait qu’ils renferment eux aussi les canons d’époque, où tout du moins ce qu’il en reste…

A toutes fins utiles, je précise que l’accès à ces galeries est strictement interdit et, en ce qui nous concerne, nous nous sommes limités à la visite du musée et à un piquenique en amoureux. Concernant le musée, je n’ai hélas pas de photos à vous proposer (je ne me souviens plus si j’avais oublié mon appareil où si j’ai lamentablement égaré les clichés…). Je peux en revanche vous dire que c’était très bien. Certes ce n’était pas très grand, un tantinet bric à brac et même  si – à l’époque en tout cas… –  la muséographie aurait eu besoin d’un petit coup de frais, tout y était : de la maquette des fortifications à la reconstitution de l’intérieur d’un bunker, en passant par les affiches, les mannequins en uniforme et le matériel d’époque.

Malgré son aspect tourmenté, la cité d’Aleth reste un lieu propice à la flânerie. Lorsque nous étions à Saint-Servan, et donc un peu loin des remparts, nous allions nous y balader tous les soirs. Tant et si bien qu’à la fin de notre séjour, nous avons décidé d’y piqueniquer. Au soleil couchant, et accessoirement au milieu des lapins de garenne qui peuplent désormais le site, nous avons donc posé notre nappe sur le toit du poste de direction de tir Allemand. Là, entre la frondaison des pins, la vue embrasse la gare maritime et en arrière-plan, le môle des Noires, toute la cité corsaire, le Petit Bé, le Grand Bé, le phare du Grand Jardin et l’île de Cézembre. Et nous conservons de ce petit tête-à-tête un excellent souvenir !!!

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