Balade sur la côte sauvage en Quiberon

Ah ! Quiberon et sa presqu’île !!! Mon p’tit coin de paradis…

Depuis Plouharnel, elle s’étend indolemment 14 kilomètres en mer. Après avoir dépassé le village, longé sa baie qui vit au rythme du flot et du jusant, après avoir traversé le passage à niveau emprunté par le fameux « Tire-Bouchon », avalé les 6 kilomètres de ligne droite bordés de dunes et de pins couchés par la force des éléments, après avoir franchi l’isthme –  précieux cordon ombilical entre la presqu’île et le continent –  surveillé par le fort de Penthièvre, après avoir tourné à droite et traversé le petit port de Portivy, la côte sauvage est là, toute proche…

Avec ses 8 kilomètres de falaises de granulites déchiquetées qui culminent à 24 mètres au dessus de l’océan, à la pointe de Kervihan, elle compte parmi les joyaux du Morbihan. Située sur la façade ouest, face au grand large, elle est aussi épique et tourmentée que la côte est, tournée vers la paisible baie de Quiberon, le Mor Braz, est douce et accueillante : telle est la dualité de la presqu’île !!!

 

En arrivant par Portivy, on passe d’abord par la pointe de Beg en Aud et son tumulus, puis par la pointe du Percho immortalisée par moult cartes postales avec sa maison des douaniers désormais ouverte aux quatre vents. D’ici là vue est juste superbe. On embrasse tout le littoral jusqu’à la pointe Gâvres et même Lorient, en passant par l’embouchure de la rivière d’Etel, sa barre, l’île de Groix et en regardant plus au sud, l’extrémité ouest de Belle-Île.

En empruntant le GR34, le célèbre sentier des douaniers, on rejoint la plage de Port Blanc, royaume des surfeurs. Chemin faisant, on passe devant un dolmen dans son écrin minéral avant de découvrir la fameuse arche creusée dans la roche. Elle sert de toile de fond aux nombreux baigneurs qui bravent l’interdit. En effet, si les parages sont propices à la pratique du surf, c’est notamment dû à la présence de lames de fond, des vagues aussi soudaines que démesurées à l’origine de bien des noyades. Capables d’happer les risque-tout sur l’estran, elles agissent comme de véritables machines à laver en mode essorage !!!

En témoigne la stèle qui se trouve à quelques encablures, sur les hauteurs de  Port Guibello. Dressée face à l’horizon, elle rend hommage aux deux sauveteurs qui ont péri en ce lieu pourtant sublime, le 17 mars 1979. Venus secourir un imprudent dans une mer formée, le gendarme André ROBET et le sapeur-pompier volontaire Michel POHIN n’en sont jamais revenus…

Aussi, lorsque nous passons par-là et que je vois tous ces imprudents qui batifolent dans la crique, juste en dessous, j’ai un pincement au cœur. Les gens ont décidément la mémoire courte ! On a de cesse de le répéter : la côte sauvage est belle mais d’une dangereuse et parfois funeste beauté !!!

Même par beau temps, il n’est pas rare que le sol frémisse sous nos pas. Ceci est lié à l’assaut permanent des vagues qui viennent frapper de plein fouet les rochers et les érodent inexorablement, inlassablement. Il en résulte un violent fracas qui, dans sa très grande bonté, laisse parfois percevoir le son plus mélodieux du ressac. Et lorsque le ciel s’assombrit, que les vents du large s’en mêlent et que la mer blanchit, ça devient totalement dantesque avec ses déferlantes et ses gerbes d’écume !!!

Toujours au rayon capharnaüm, il y a aussi le trou du souffleur, une anfractuosité qui doit son nom au mugissement qui s’en échappe lorsque l’onde s’engouffre vigoureusement à l’intérieur.

 

Le moins que l’on puisse dire c’est que la côte sauvage porte merveilleusement bien son nom puisque aucune construction ne vient l’entacher. Il y a bien l’ancien polygone de tir de Kergroix du côté de Port Bara – de mars 1918 jusqu’à la veille de la seconde guerre mondiale l’armée Française y a testé son artillerie lourde sur voie ferrée, l’ALVF. Les plus gros calibres alors en service tiraient en mer sur des distances de 20, 30, voir 40 kilomètres ! Certains tirs dit TLP (pour Très Longue Portée…), atteignirent même le secteur des Glénan ! Le record absolu de portée de tir Français a d’ailleurs été enregistré ici le 9 août 1929, à 15H02, sur une distance de 127.800 m !!! Puis durant la guerre froide, la route côtière était régulièrement coupée pour permettre aux appelés de s’entrainer à la roquette sur des chars factices – mais depuis, la nature à repris ses droits. Sans compter sur le talent des militaires pour camoufler ce genre de choses…

Il y a aussi la pointe de Beg er Goalennec, plus connue sous le nom du Vivier, avec son petit restaurant qui, à l’origine, était la maisonnette du gardien des lieux. Dans le vivier qui se trouve toujours en contrebas, il veillait sur un précieux butin qui eut compté jusqu’à 20.000 homards, crabes et autres araignées !!! Mais bon, là encore, la construction est plutôt bien intégrée à son environnement. Elle en est même devenue emblématique !

Toujours plus au sud, la côte s’assagit. Elle s’aplanit et présente quelques vestiges néolithiques, comme un menhir à la forme évocatrice baptisé « le bonnet d’évêque » ou encore l’allée couverte de la pointe de Kerguérit.

La balade s’achève en vue du château Turpault. Bien qu’il ne se visite pas, il s’agit d’une propriété cossue – environ 500m² habitables… – dont la silhouette d’inspiration anglo-médiévale est indissociable du paysage Quiberonnais. Bâtit en 1904 sur la pointe de Beg er Lann à l’initiative de Georges Turpault, filateur à Cholet, sa famille y séjourna jusqu’en 1967. Un temps convoité par Johnny Hallyday et son épouse Laeticia qui vinrent le visiter, il fut finalement mis en vente en 2010 avant de trouver preneur en 2014 pour une bagatelle de 5 millions d’Euros ! Et pour la petite anecdote, ses heureux acquéreurs tombèrent sous son charme un jour de tempête…

 

Bref, bien qu’elles soient moins élevées et d’apparence moins rude que celles du Finistère, les falaises de la côte sauvage n’en demeurent pas moins impressionnantes. Elles offrent des promenades enchanteresses avec des panoramas sans cesse renouvelés au fil des heures, des jours et des saisons. De mon point de vue, avec la pointe des Poulains en Belle-Île et celle du Raz en Cornouaille, c’est ici, notamment à la pointe de Beg ar Goalennec, qu’on peut assister aux plus émouvants couchers de soleils de tout l’Ouest. Et même accompagné par le souffle de la houle et les embruns iodés, c’est divin !!!

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