Douceurs du terroir : la fraise de Plougastel

Sans grande surprise, la fraise est le fruit préféré des Français, et notamment des Françaises (50,3% des suffrages contre 48,6% pour les hommes…). Moi-même j’en suis un grand amateur devant l’Eternel alors, forcément, un petit détour par Plougastel s’imposait. C’est ainsi que nous avons saisi l’opportunité de participer à une journée découverte de ce savoureux et délicat fruit rouge, en partie chez un producteur du cru, en partie au musée de la fraise et du patrimoine.

En réalité, nous avons beaucoup à apprendre sur celle qui égaie nos desserts estivaux, sur son histoire digne d’une saga mais aussi sur quelques idées reçues à son sujet…

En effet, il faut savoir que ce n’est pas Amédée-François Frézier qui a inspiré son nom à notre fruit préféré, car bien avant qu’il ramène quelques plans d’Amérique du Sud, la fraise existait déjà dans nos contrées : la petite fraise des bois, sauvage, minuscule, acidulée, voir même parfois aigrelette, est bel et bien autochtone de notre bonne vieille Europe. De ses voyages au Canada, l’explorateur Jacques Cartier nous a aussi ramené une espèce nouvelle, plus charnue et parfumée : Fragaria Virginiana où fraisier de Virginie qui, lui aussi pullulait dans les sous-bois de la Nouvelle-France.   

En revanche, sans l’intervention de notre aventurier aux longs cours, elle n’aurait certainement pas le succès qu’elle rencontre aujourd’hui sur nos étals… c’est là que réside toute la prouesse !!!

 

Déjà qui est cet Amédée-François Frézier ?

Né le 4 juillet 1682 à Chambéry, il quitte tôt ses montagnes natales pour rejoindre les lumières de la capitale où, après de solides études scientifiques, il est nommé ingénieur du Roi et capitaine du génie spécialiste des fortifications. C’est à ce titre qu’à partir de 1707, il participera aux travaux d’agrandissement des remparts de Saint-Malo, sous les ordres de Jean-Siméon Garangeau, disciple de Vauban. Mais notre homme ne manque pas de ressources : il s'adonne également à la navigation et est botaniste à ses heures…

C’est ainsi qu’en 1712, Louis XIV en personne le missionne, sous couvert d’un voyage d’étude, d’aller reconnaître les ports et les défenses Espagnols sur la côte  occidentale de l’Amérique du Sud. Bref, d’espionner quoi !!!

Il donnera tellement bien le change que, lors de cette entreprise, il en profitera pour faire de nombreux relevés hydrographiques, corriger quelques erreurs sur les cartes et s’intéresser de près à la flore locale, dont une fraise jusque-là inconnue, très pâle et beaucoup plus grosse que la notre, découverte sur l’île de Chiloé : la Fragaria Chiloënsis où Blanche du Chili. Il en ramènera cinq plans avec lui…

 

De retour en métropole, il les offrira, en partie au Potager du Roi, et n’en conservera qu’un seul plan qu’il ramènera avec lui, à Brest où il est nommé directeur des fortifications de Bretagne ; Brest d’où il gérera les travaux de Concarneau, Port-Louis, de Nantes où encore ceux du château du Taureau en baie de Morlaix.

Et c’est donc dans l’enceinte du jardin botanique de l’hôpital maritime de Brest que va s’opérer le miracle. En effet, ce qu’ignore M. Frézier c’est que sa découverte est autofertile et qu’outre le fait de se multiplier comme Jésus le faisait avec les pains, la Blanche du Chili va être fortuitement pollinisée par des fraisiers de Virginie, donnant ainsi naissance à la fraise moderne, Fragaria x Ananassa, le gros fruit rouge, juteux et exquis que l’on connait aujourd’hui et contribue grandement à notre bonheur !!!

 

La suite, c’est que bénéficiant d’un climat et d’un terroir semblables à son biotope originel, la fraise va prospérer et coloniser, via le hameau de Keraliou, la presqu’île de Plougastel-Daoulas, allant jusqu’à évincer la culture du lin qui y prévalait alors.

Jusqu’à la veille de la Seconde Guerre mondiale, la presqu’île compta jusqu’à 1000 hectares de fraiseraies pour une production de 6000 tonnes annuelles, s’exportant en Angleterre et allant jusqu’à fournir un quart du marché Français !!! C’en est suivi une période de vache maigre, jusqu’au début des années 90 où on s’est soudainement souvenu de ce riche et glorieux passé...

 

Il faut aussi préciser que la fraise de Plougastel n’est pas une variété en soit mais plutôt un terroir. En effet, depuis l’apparition de la Fragaria x Ananassa, plusieurs variétés, qui ont toutes en commun d’être ses héritières, se sont succédées et/ou côtoyées dans les fraiseraies. On note par exemple la Royale qui a eu le vent en poupe entre 1919 et 1925, la Madame Moutot qui dominait dans les années 40 et la fameuse Gariguette qui représente actuellement 40% de la production, tandis que la Valeta, la Elsanta, la Darline, la Marat et la Charlotte se partagent les 60% restants… 

 

Entre autres dégustations, car il faut savoir que la fraise de Plougastel se décline désormais en confitures, en confiseries, bonbons ou caramels, en sirops et autres liqueurs (en rappelant que l’abus d’alcool est dangereux pour la santé…), voici ce que nous avons retenu de cette fort agréable journée !!!

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