A la découverte de la maison du pâté Hénaff

Après vous avoir fait palper la joyeuse ambiance de la garden pâté Hénaff, je ne comptais sûrement pas vous laisser sur votre faim…

En effet, lors de cet évènement, qui je vous le rappelle, se déroulait sur les dépendances de la ferme originelle de Pendreff, en Pouldreuzic, pour 1 Euro symbolique, il nous a été permis de visiter la maison du pâté Hénaff ; un petit musée que je m’en vais vous faire découvrir…

 

Jean Hénaff voit le jour en 1859. Agriculteur de son état, c’est à partir de 1907 qu’il commence à s’intéresser à la conserverie, d’abord en emboitant des petits pois et des haricots verts. Pour se faire, il s’associe à Aristide Gantier, un conserveur Nantais, et à Joseph Stanislas Moreau de Lizoreaux, ingénieur de Centrale. La société prend alors de nom de « A. Gantier & Cie ».

L’idée de Jean Hénaff est d’épargner aux producteurs locaux, le long trajet qui les sépare de Pont-L’abbé où ils écoulent habituellement leurs récoltes. Non seulement, ces derniers n’ont plus la route à faire mais en plus, ils n’ont plus à se soucier de la périssabilité de leurs productions !

Malgré cette avancée majeure, la saisonnalité des légumes ne permet pas d’occuper les salariés à longueur d’année. C’est peut-être à cause de ce manque à gagner que Gantier décide de quitter l’aventure en 1912. Pour remédier au problème, Jean imagine alors d’emboiter de la viande. La région étant réputée pour ses élevages de porcs, c’est tout naturellement qu’il se tourne vers une recette inédite de pâté, baptisée  « le Préféré », englobant les parties les plus nobles de l’animal, y compris les jambons, les rôtis et les filets. C’est ainsi qu’en 1914, quatre porcs sont timidement mis en boîte !

Dans la foulée, la société est rebaptisée « Jean Hénaff & Cie ».

 

La guerre survient. Malgré le départ successif au front de quatre de ses fils – Jean-Marie, Corentin, Alain et Jean-Louis – le patriarche parvient tant bien que mal à faire tourner l’usine. Pour se faire, il emploie jusqu’à 25 enfants, 30 à 35 femmes et une trentaine d’hommes ayant dépassé les 43 ans, âge limite pour servir sous les drapeaux. En avril et mai, ils fabriquent les conserves vides, en juin et juillet, ils emboîtent haricots et petits pois, en automne c’est au tour de la marmelade de pomme et en hiver, celui du fameux pâté. Le paradoxe, c’est que si l’armée Française, grande consommatrice de conserves, lui passe de nombreuses commandes, les trains ne parviennent plus jusqu’au pays Bigouden pour les honorer…

Aussi, Jean se pare de sa plus belle plume pour demander des wagons au directeur de la Compagnie d’Orléans ; wagons qui lui seront finalement accordés. Non content de faire vivre une cinquantaine de familles, il faut aussi préciser que notre homme est accessoirement le maire de Pouldreuzic, ce qui peut aider à la persuasion !!! Et malgré le départ de Moreau de Lizoreaux en 1917, la petite entreprise survit à la guerre comme les quatre fils Hénaff.

L’activité reprend de plus bel et, en 1925, ce sont plus de 1.000 porcs qui sont mis en boîte.

Dans son œuvre le cheval d’orgueil, livre dans lequel il évoque son enfance, l’écrivain Pierre-Jakez Hélias brosse un portrait bonhomme du patriarche : « Quant au directeur de l’usine, Jean Hénaff, il est parfaitement honoré de tout le monde, mais il ne viendrait à l’idée de personne de l’appeler autrement que par son nom et son prénom. Sa langue habituelle est le Breton, il est habillé à longueur d’année en paysan Bigouden ; il ne tient aucunement à passer pour le bourgeois qu’il pourrait être. Il a beau être riche et puissant, il n’en demeure pas moins de notre compagnie. »

Au fil des ans, la production se diversifie. La conserverie s’attaque même au marché du poisson dont la ressource est toute proche. Les marins-pêcheurs sont eux-mêmes de très bons clients de la maison puisque la petite boîte en métal bleu leur permet d’embarquer et de consommer de la viande tout au long de leurs campagnes de pêche. A tel point que naitra le slogan : « Hénaff, le pâté du mataf ! ».

En 1933, Jean passe la main à ses quatre fils. 

Durant le second conflit mondial, ne sont plus emboîtés que les haricots verts et les petits pois. Les machines servant à fabriquer le pâté sont, quant à elles, cachées à l’occupant. Le patriarche meurt en 1943. S’en suit une période sombre au cours de laquelle l’usine cesse son activité et la ferme familiale est réquisitionnée par l’armée Allemande afin d’y établir une kommandantur.

L’année 1949 signe la renaissance de la petite boîte bleue avec pour slogan : « il revient le bon pâté Hénaff ! »

En 1962, la société abandonne définitivement les conserves de poisson, puis celles de légumes en 1972. C’est d’ailleurs cette année-là que Jean-Jacques Hénaff, petit-fils du fondateur, prend les commandes de l’entreprise, succédant ainsi à son oncle Corentin. Il décide de se diversifier vers les produits frais et les plats cuisinés. C’est ainsi qu’en 1975 apparaissent les rillettes, la langue de bœuf et celle de porc en sauce.

En 1999, c’est au tour des saucisses fraîches et des hachés de porc de faire leur apparition dans les rayons. La production de pâté, quant à elle, atteint 450 boîtes par minute, soit 35 millions de boîtes par an ce qui fait de la société Hénaff le leader Français du pâté de porc en conserve !!!

En 2000, le mythique ruban en alliage plomb-étain sur lequel on tirait pour ouvrir la boîte en deux, et ainsi démouler le précieux, est supprimé au profit d’un couvercle à opercule. La nouvelle boîte bleue adopte également une forme évasée pour faciliter le démoulage.

En 2010, après 38 ans de bons et loyaux services couronnés par les titres de Chevalier de la Légion d’honneur, de Chevalier de l’Ordre du Mérite Agricole ou encore celui de l’Ordre de l’Hermine, Jean-Jacques cède sa place à son fils Loïc Hénaff, qui est par ailleurs, depuis 2016, le président de l’association Produit en Bretagne.

En décembre 2013, la PME familiale acquiert le précieux sésame pour l’espace. En effet, le CNES (Centre National d’Etudes Spatiales) lui a délivré un certificat de conformité pour l’élaboration de plats préparés signés par le chef Alain Ducasse et destinés aux repas de fête des astronautes de l’ISS, la station spatiale internationale. La prouesse est remarquable car ces menus mitonnés à Pouldreuzic doivent non seulement conserver toutes leurs qualités organoleptiques une fois dans l’espace, mais également répondre aux normes d’hygiènes bien spécifiques ainsi qu’aux stricts cahiers des charges Russes et Américains !!! Aujourd’hui, le pâté Hénaff est commercialisé dans une soixantaine de pays, de la Russie au Brésil en passant par l’Australie et le Japon. Et dans l’usine de Pouldreuzic, qui se trouve à deux pas de la ferme originelle et dont la présence se signale par un château d’eau à la forme des plus évocatrices (…), se sont 230 employés qui mettent annuellement en œuvre plus de 40.000 porcs fournis par des producteurs locaux !!!

 

Depuis la porcherie qui hébergea les premiers cochons jusqu’au bureau du patriarche où trône son buste, s’est toute cette histoire familiale, tous ces souvenirs, que vous découvrirez à la maison du pâté Hénaff !!! 

Dans les vitrines vous pourrez également suivre l’évolution de la gamme de conserves, de leurs premiers balbutiements jusqu’à aujourd’hui. A noter de très belles séries limitées éditées en l’honneur des Guignols  de l’Info, du Palais de l’Elysée, du Lions Clubs, du restaurant « Le Crabe Marteau », du Grand Prix de l’Ecole Navale, de l’Œuvre  du Marin Breton, du Festival maritime « Temps fête » de Douarnenez, des 30 ans du salon nautique « Mille Sabords » du Crouesty ou encore des 50 ans de la société Guy Cotten. Sans compter les sérigraphies humoristiques réalisées en collaboration avec l’entreprise Morlaisienne « A l’aise Breizh ! ». On peut également y contempler de nombreuses œuvres d’art réalisés à partir de pliages de boites de conserves Hénaff et, notamment au travers d’une collection de fanions, les nombreuses manifestations – souvent en lien avec la mer – auxquelles la marque s’associe très volontiers.  

La visite s’achève par, hygiène oblige – et certainement aussi par mesure de sécurité eu égard à son activité spéciale, pour ne pas dire spatiale… – une reconstitution de la chaîne de production de la célèbre petite boîte bleue…

Vraiment, il s’agit là d’un endroit authentique et attachant que je vous invite sincèrement à découvrir !!!

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