Balade sur la Mort Anglaise

La Mort Anglaise : un nom qui résonne comme le glas pour un bien bel endroit… comment ce fait-ce me direz-vous ?!!!

Lors de notre séjour à Camaret-sur-Mer, nous logions juste au dessus de cette plage, au camping « Le Grand Large », et chaque soir nous y faisions notre promenade digestive avec pour seuls compagnons le murmure du ressac et la brise marine nous caressant le visage. Il faut dire que le site à conservée son caractère sauvage et que même en plein été, il est fort peu fréquenté.  Nous y allions donc quotidiennement, pourtant, j’ai mis un certain temps à comprendre pourquoi ces lieux étaient ainsi baptisés. Et c’est au cours de notre visite de la Tour Vauban que tout s’est soudainement éclairci…

 

Tout remonte en l’an 1694, en pleine guerre de la Ligue de d’Augsbourg (1688-1697). Pour faire bref, la dite ligue est une coalition menée par le Royaume d’Angleterre et les Provinces-Unies des Pays-Bas contre le Royaume de France et ses intérêts.

Et donc dans le cadre des hostilités, une escadre Anglo-Hollandaise – mais majoritairement Anglaise – fût envoyée en vue de débarquer des troupes sur la presqu’île de Crozon. Le plan était simple : il consistait à neutraliser la flotte Française mouillant dans le port de Brest mais les fortifications étant trop puissantes côté mer, nos ennemis qui ne manquaient pas de fourberie avaient décidé de les prendre à revers, par les terres, en contournant donc la presqu’île de Crozon. Et quand bien même ils n’auraient pu emporter la décision, rien qu’en tenant le goulet de Brest, notamment du côté de la pointe des Espagnols, ils auraient pu représenter une belle épine dans le pied de l’amirauté Française…

Et c’est donc sur la plage de Trez Rouz, à quelques lieues du petit port de Camaret que les Anglo-Hollandais jetèrent leur dévolu. L’escadre ennemie composée de 36 vaisseaux de guerre, 12 galiotes à bombes et 80 navires transportant à leurs bords plus de 10.000 hommes arriva en baie de Camaret le 17 juin au soir et passa à l’attaque dés le lendemain matin, soit le 18 juin 1694.

 

Le commandement Anglais, en la personne du lieutenant-général Thomas Tollemache, ne pensait trouver devant lui que quelques paysans hâtivement armés qui prendraient la fuite au premier coup de canon mais c’était sans compter sur la vaillance et l’opiniâtreté Bretonne…

Déjà, l’attaque qui devait débuter à l’aube fut reportée à 11H00 à cause d’une brume épaisse qui avait envahie le secteur. Ensuite, parmi les sept navires qui devait mener un raid contre la Tour Vauban, un premier fut immédiatement coulé, un second peut-être trop aventureux s’échoua à la côte, quant aux cinq autres bâtiments, ils furent rapidement et sévèrement touchés, au point de devoir rebrousser chemin. La bataille venait à peine de s’engager que l’ennemi comptait déjà plus de 400 marins tués à bord de ces navires.

Côté débarquement, ce ne fut guère plus brillant. La Tour Vauban, se retrouvant dés lors avec le champ libre, commença à étriller les 200 chaloupes dans lesquelles s’entassaient plus de 1300 soldats Anglais. Une fois à pieds secs, les survivants furent accueillis par les tirs de mousqueterie de 1200 miliciens garde-côtes extrêmement déterminés et soutenus par une compagnie franche composée d’une centaine d’homme, l’ensemble aux ordres du capitaine Tanguy le Gentil de Quelern. Ce fut, semble-t-il, un véritable tir aux pigeons, tant et si bien que l’ordre de repli fût donné aux troupes d’invasion. Sauf que le jusant, à savoir la marée descendante, ayant fait son œuvre  leurs embarcations restèrent tanquées sur la plage et le massacre se poursuivi jusqu’à leur reddition.

A la fin des combats, on dénombra plus de 800 Anglais tués – dont le lieutenant-général Tollemache mortellement blessé à la jambe par un boulet Français mais qui lui, eu l’opportunité de rembarqué – ou blessés sur la grève, et 466 autres furent capturés. Les corps des défunts furent ensevelis dans les dunes au sud de la plage et à proximité de la petite falaise qui portent désormais le sinistre mais ô combien pertinent nom de « la Mort Anglaise »…

Côté Français, la bataille se solda par seulement 45 blessés.

 

Pour la petite anecdote, Trez Rouz, du nom de la fameuse plage, signifie littéralement « sable rouge » en Breton. Mais il faut savoir qu’elle était ainsi baptisée bien avant que les Anglais n’y versent leur sang car l’appellation est avant tout liée à sa géologie, à savoir des sédiments pléistocènes qui donnent à son sable une couleur ocre.

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