Balade à la pointe de la Torche

S’il est un lieu – encore un… – dont on ne parle pas assez, c’est la pointe de la Torche ! Alors bien sur, ce n’est pas la plus haute, ni la plus impressionnante ou la plus majestueuse mais il n’en demeure pas moins que c’est un magnifique belvédère sur la baie d’Audierne et ses kilomètres de plages, jusqu’au cap Sizun et la pointe du Raz, au nord ; sur la plage de Porz Karn et la pointe de Penmarc’h au sud.

 

Située en pays Bigouden, sur la commune de Plomeur, la pointe de la Torche  c’est surtout une presqu’île qui tranche radicalement avec la platitude et la courbure harmonieuse des lieux. D’une altitude de 17 m, comme taillée à grands coups de serpette, elle s’étire 500 m en mer, affrontant sans répit la houle, les vents du large et les successions de rouleaux qui font le bonheur des surfeurs…

Sur le plan historique, la pointe de la Torche est également un haut-lieu de l’occupation humaine comme en témoigne son sommet coiffé d’un tumulus d’où émergent un dolmen et une petite allée couverte. Les restes humains retrouvés ici remontent entre 4.500 et 4.090 ans avant J-C.

Mais grâce aux campagnes de fouille qui ont été successivement entreprises sur le site, on sait que les hommes vivaient là depuis beaucoup plus longtemps ! Des outils rudimentaires, des traces de foyers et les structures d’une habitation en attestent, tout comme un amas coquillier qui permet de déterminer que nos sujets se nourrissaient essentiellement de produits de la pêche tels que le poisson bien sur, mais aussi les moules, les huîtres, les coques, les palourdes, les bigorneaux, les berniques, les crabes ou autres Saint-Jacques. Forcément, avec l’océan à leurs pieds, ils n’avaient qu’à se baisser pour les ramasser ! De manière plus marginale, ils consommaient également du gibier tel que cerfs et sangliers…

Durant la seconde Guerre Mondiale, le site archéologique fut en partie saccagé par les Allemands qui le jouxtèrent d’un bunker destiné à accueillir une pièce de 105 mm. Ce dernier était chargé de prendre en enfilade la plage et les dunes de Tronoën. La position, codée QU40, était complétée par trois tobrouks et deux canons antichars de 50 mm, à l’air libre, qui pouvaient être tournés vers les terres où la plage de Porz Karn.

 

Au cours des 18ième et 19ième siècles, la légende veut que la pointe de la Torche fût un repaire de naufrageurs ; ces gens qui dit-on, vivaient essentiellement des fortunes de mer quand ils ne les provoquaient pas en accrochant des lanternes au cornes de vaches durant les longues nuits d’hiver. Il faut dire que les lieux sont plutôt propices à ce genre d’activité. Fréquentés par les navires marchands depuis l’antiquité, les courants y sont particulièrement violents et dangereux, le relief y facilite l’échouage des bateaux et l’exploration des épaves. Enfin, de par sa position avancée, l’endroit peut-être facilement confondu avec celle de Penmarc’h qui, à quelques encablures de là, abrite effectivement quelques havres, notamment le port de Saint-Guénolé. Quoi qu’il en soit, il se raconte dans le pays que de nombreux navires vinrent se fracasser sur la plage de Porz Karn…

Ce qui est également certain, c’est que naufrageurs où pas, de nombreux drames eurent lieu dans les parages. On peut ainsi égrainer le Saint-Jacques, de Dieppe, le 30 novembre 1716, la Demoiselle Marie, d’Amsterdam, en octobre 1736, le Jeune Paon, autre navire Hollandais, le 22 novembre 1737, le Jeune Brasseur dans la nuit du 10 au 11 janvier 1754, le trois-mâts corvette la Calliope, le 16 juin 1797 ou le trois-mâts goélette Antoinette, de Nantes, le 6 janvier 1912.

Il y eu aussi la bataille navale de la baie d’Audierne qui vit les unités de la Royal Navy fondre sur les chalutiers armés de la Kriegsmarine qui, venant du port de Brest assiégé par les Américains, allaient chercher refuge à Lorient. Le premier accrochage eut lieu la nuit du 11 au 12 août 1944. Sur trois patrouilleurs Allemands, le V720 fût mis hors de combat et vint talonner les hauts fonds face à la pointe de la Torche avant de chavirer avec 50 hommes à son bord. Quant au point d’appui QU40, il ne fut d’aucun secours aux naufragés puisque pressés par la rumeur de l’arrivée imminente des troupes alliées, les caucasiens de l’Ost-Bataillon 800 qui l’occupaient abandonnèrent la position la nuit du 3 au 4 août précédents.

Bien qu’endommagés, les  deux compagnons de route du V720 parvinrent à s’enfuir. L’un poursuivant sa route vers Lorient, l’autre rebroussant chemin vers le nord.

Beaucoup  plus conséquent, le second affrontement eut lieu la nuit du 22 au 23 août 1944. Cette fois-ci ce fût sept navires Allemands, navigants en deux convois, qui furent purement et simplement anéantis. Certains vinrent s’échouer en flamme sur la grève tandis que d’autres, tentant de rejoindre le port d’Audierne, sombrèrent autour de l’écueil de la Gamelle. Voilà pour la page d’Histoire !

 

En ce qui concerne la toponymie des lieux, rapport à ce que je viens de vous relater, il serait tentant de faire un rapprochement hâtif avec nos supposés naufrageurs mais il n’en est rien ! En réalité, la pointe doit son nom à une erreur de prononciation : baptisée Beg an Dorchenn qui, en Breton, signifie pointe de la butte, du tertre ou du tumulus (tiens donc !!!?…), de tout temps, son appellation fût régulièrement déformée en Beg an Torchenn, qui littéralement signifie pointe du Coussin… mais d’une méprise à l’autre, la francisation a pris le raccourci que l’on connait aujourd’hui !

 

L’endroit est en tout cas idéal pour prendre un bon bol d’air, venu dit-on tout droit des Amériques, et admirer les surfeurs dans leurs numéros de funambules. Certains jours, ils sont des centaines à s’ébattre autour de la pointe, un peu comme le feraient des tortues marines en attendant la vague providentielle qui les ramènera sur le rivage. On y trouve également des kitesurfeurs aux voiles chamarrées et même parfois encore quelques véliplanchistes !!!

Et puis pour les passionnés d’histoire comme moi, impossible de ne pas imaginer sur ce vaste plan d’eau qui se perd dans la brume de mer, tout là-bas, vers la pointe du Raz, les fantômes de ces fameux combats navals d’août 1944.

Enfin, pour ne rien gâcher à la carte postale, l’immédiat arrière-pays, la Palue comme on l’appelle, abrite de magnifiques champs de jacinthes, d’iris, de narcisses et de tulipes qui (re)fleurissent ici depuis plus de 30 printemps. Assurément un petit parfum de Hollande au fin fond du Finistère. Et pour cause,  ses instigateurs – la famille Kaandorp – sont effectivement originaires des Pays-Bas !!! Une fête des fleurs y est même organisée tous les ans, de la seconde quinzaine de mars jusqu’à la fin du mois d’avril. Des milliers de visiteurs peuvent ainsi y découvrir des compositions et autres sculptures florales sur un thème chaque année renouvelé. Que du bonheur !!!

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