Balade à la pointe de Pen-Hir

Aujourd’hui, je vous invite à me suivre sur les sentiers parmi les plus escarpés que j’ai pu emprunter en Bretagne, au fin fond du Finistère, tout au bout de la presqu’île de Crozon, plus précisément à la pointe de Pen-Hir…

 

Perchée à 63 m au dessus des flots, il s’agit d’un endroit grandiose qui fleure bon le bout du monde et le parfum du large. Assurément, les artistes ne s’y sont pas trompés à commencer par les peintes Charles Cottet et Eugène Boudin, ainsi que l’écrivain Georges-Gustave Toudouze ou encore le poète Saint-Pol-Roux. En 1904, ce dernier y fît d’ailleurs ériger sa demeure, le manoir de Coecilian, qu’il nomma ainsi en hommage à son fils tombé au champ d’honneur en 1914. C’est ici, face à l’océan, qu’il recevra de prestigieux invités comme Victor Segalen, André Breton, Max Jacob, Louis-Ferdinand Céline ou encore, en 1932, Jean Moulin qui était alors sous-préfet à Châteaulin.

Comme en atteste les ruines dans lesquelles on peut librement déambuler à l’entrée de la pointe de Pen-Hir, le manoir connu une funeste fin durant la seconde Guerre Mondiale. Dans la nuit du 22 au 23 juin 1940, il fut d’abord visité par un soldat Allemand qui tua la gouvernante, Rose, brutalisa le vieil homme et blessa grièvement sa fille, Divine, qu’il abusa dans sa folie meurtrière. Arrêté dés le lendemain de son exaction et traduit en conseil de guerre, le criminel fut passé par les armes.

Puis, un jour où il revenait de visiter Divine alors convalescente, Saint-Pol-Roux retrouva Coecilian ouvert aux quatre vents, entièrement dévasté et pillé, y compris ses précieux manuscrits. Il n’y survivra pas et mourira de chagrin, le 18 octobre 1940 à l’hôpital de Brest.

En aout 1944, le manoir alors occupée par les Allemands fut bombardée à plusieurs reprises par l’aviation alliée. Le coup de grâce survint le 11 septembre 1944, sept jours avant la libération de Camaret, lorsqu’une énième bombe déclencha un incendie qui ravagea complètement l’édifice.

 

Il suffit de traverser la rue de l’amiral Porte pour se rendre auprès des alignements mégalithiques de Lagatjar : 65 menhirs disposés sur trois rangs et contemporains à ceux de Carnac, soit 3.000 à 2.500 ans avant J-C.

Ces pierres levées en grés blanc-grisâtre sont des rescapées car en 1793, on en recensait encore 700 exemplaires debout selon le livre des Antiquités du Finistère. Et ils n’étaient déjà plus qu’une centaine lorsqu’ils furent classés au titre des monuments historiques en 1883 !!!

« Carnac et Lagatjar sont des pages lumineuses que le temps n’a pas déchirées… En vérité, l’une suivant l’autre, ces pierres forment pour moi, Solitaire de Lagatjar et leur voisin immédiat depuis un quart de siècle, un clavier gigantesque où la touche noire de l’ombre s’exprime en mineur et la touche blanche de la lumière en majeur, tandis que l’énergie du ciel déploie la gamme des saisons et les arpèges des journées… », ainsi en parlait affectueusement le poète Saint-Pol-Roux.

 

En contrebas des vestiges du manoir de Coecilian s’étend la plage de Pen Hat. Sauvage à souhait, peu fréquentée et inlassablement balayée par les rouleaux, c’est un bien bel endroit pour méditer !!! Interdite à la baignade, seuls les surfeurs les plus téméraires osent y braver les éléments.

Plus à l’ouest se déploie la gracile pointe du Toulinguet, jadis repaire de Saint-Riok, un ermite du IVème siècle, et surmontée par un sémaphore de la Marine Nationale en 1949. En longeant l’enceinte militaire qui en barre l’accès, au milieu de la lande verdoyante et odorante, on se croirait aux pieds du mur d’Hadrien, aux confins de l’Angleterre et de l’Ecosse…

D’un mur à l’autre, en revenant sur nos pas le long du sentier des douaniers, nous gagnons celui de l’Atlantique : en l’occurrence, les casemates monumentales de la batterie de Kerbonn qui se dessinent au sommet de la falaise. Il s’agissait à l’origine de fortifications Françaises construites en 1890 et destinées à la défense du goulet de Brest. La position était alors constituée de trois plateformes de tir à ciel ouvert pour mortiers de 270 mm, d’un magasin à poudre et de casernements souterrains, le tout défendu par  un parapet en terre maçonné.

Modernisée en 1932, notamment par l’apport de 4 canons de 164,7 mm qui remplacent avantageusement les antiques mortiers, elle sera réutilisée par les Allemands à partir de 1941. Certains officiers logeront dans les villas alentours, notamment au manoir de feu Saint-Pol-Roux.

La batterie reçoit ses premières bombes en 1942. La garnison n’étant que sommairement abritée dans les casernements du XIXème siècle et les canons Français étant tout juste protégés de la mitraille derrière leurs minces boucliers, il est décidé de mettre hommes et matériels sous le béton.

C’est ainsi qu’en 1943, les quatre énormes casemates à canon SK que l’on peut actuellement contempler sortent de terre. Des soutes à munition et des bunkers enterrés complètent le dispositif, ainsi qu’un poste de direction de tir type M162a positionné sur la crête de la falaise. Les arrières sont protégés par une ceinture de barbelés et un vaste champ de mines.

Malgré sa taille imposante – la batterie de Kerbonn est la plus importante que les Allemands aient construit en presqu’île de Crozon – elle ne joua aucun rôle décisif lors des combats de septembre 1944.

Outre le dédale qu’elle représente pour le visiteur d’aujourd’hui, l’une de ses casemates abrite un musée dédié à la bataille de l’Atlantique. De mémoire l’entrée est gratuite et l’exposition plutôt modeste. Derrière une baie vitrée par laquelle on peut embrasser le grand large, loin de toute idéologie, elle rend essentiellement hommage aux 30.000 sous-mariniers Allemands et aux 45.000 marins de commerce péris en mer lors du dernier conflit mondial, soit 739 U-Boot coulés et 5.155 navires envoyés par le fond !!!

 

En progressant toujours plus au sud, on arrive dans le vif du sujet. D’abord en doublant l’immense Croix de Lorraine, dite « Croix de Pen-Hir », qui, de ses 13 mètres de hauteur, coiffe valeureusement la falaise. Œuvre de l’architecte Jean-Baptiste Mathon et du sculpteur François Victor Bazin, elle est taillée dans le granit bleu de Brennilis. Sa première pierre fut posée en août 1949 par l’amiral Thierry d’Argenlieu et le général de Larminat. Quant à son inauguration, elle eut lieu le 15 juillet 1951 en présence du général de Gaulle. Sa vocation est de rendre hommage aux Bretons de la France Libre, notamment à ceux qui ont pris tous les risques, parfois à bord d’embarcations de fortune, pour rejoindre la Grande-Bretagne afin de poursuivre le combat.

Sur son dos, face à l’océan, est d’ailleurs gravée la citation de Charles Baudelaire « Homme libre, toujours tu chériras la mer… », ainsi que la devise Bretonne « Kentoc'h mervel eget em zaotra » : en Français « plutôt la mort que la souillure ».

Au cours de son histoire, elle fut frappée au moins à deux reprises par la foudre : le 6 janvier 1969 puis le 3 août 1996. Et même si elle perdit quelques pierres dans l’affaire, il n’en demeure pas moins qu’elle est inscrite au titre des monuments historiques depuis le 21 mai 1996…

Enfin, par delà les plissements déchiquetés de grés armoricains et un à-pic vertigineux, les Tas de Pois marquent définitivement la fin de la terre. Ici, avec le cap de la Chèvre, la baie de Douarnenez, le cap Sizun, la pointe du Van et l’île de Sein en toile de fond, on pratique l’escalade à fleur d’eau. De retour au sommet du promontoire rocheux, en regardant vers le nord, on peut découvrir la pointe de Saint-Mathieu et par très beau temps, les îles de Molène et d’Ouessant.

Quant aux Tas de Pois, îlots désolés aux pieds desquels se réunissaient jadis les chaloupes sardinières, ils sont respectivement baptisés le Grand Dahouët, le Petit Dahouët, Pen Glaz (la tête verte), Chelott (dentelle), Ar Forc’h (la Fourche) et Bern Id (le tas de céréales). Charmant n’est-ce pas ?

 

Sincèrement, la pointe de Pen-Hir est un site incontournable chargé aussi bien en histoire qu’en émotion et en paysages pittoresques !!!

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