Balade à la pointe de Trévignon

La toute première fois que j’ai entendu parler de « Trévignon », c’était à Concarneau, en 2006 ! En compagnie d’un volubile guide de pêche, Simon, nous avions visité un thonier senneur tout droit sorti des chantiers Piriou. Et ce navire, qui a depuis longtemps rallié l’île de la Réunion et l’océan Indien, était justement baptisé… Trévignon !!!

 

Mais Trévignon, c’est aussi et surtout le nom d’une pointe qui se trouve à quelques encablures au sud-est de la ville close, sur la commune de Trégunc. Posée à fleur d’eau – elle ne culmine pas à plus  de 12 m au niveau de l’ancien fort aujourd’hui reconvertit – c’est le lieu idéal pour musarder et jeter sa nappe pour un pique-nique en famille. Et pour cause, tout autour du petit port de pêche qui se love au milieu des rochers, s’étagent des pelouses littorales qui, entre deux blocs de granit en équilibre, offrent un magnifique terrain de jeu. Ainsi alangui, le panorama s’étend du phare blanc et vert, construit en 1924, jusqu’à la pointe de Mousterlin, en passant par celle de Beg Meil, la baie de la Forêt et l’archipel des Glénan.

Le repas achevé, après avoir longé l’abri sur pilotis du canot de sauvetage de la S.N.S.M – l’un des 8 derniers encore en activité sur les côtes Françaises –, emprunté la digue – passage assez périlleux s’il en est – on peut aller escalader les rochers autour du fameux petit phare carré et accéder au môle ou les pêcheurs locaux taquinent le poisson à la ligne : ce qu’on appelle communément le surf-casting.

Mais le charmant petit port est également le refuge de sept pêcheurs professionnels qui, chaque matins, partent en mer à bord de leurs embarcations pour ramener des araignées, du bar, du lieu, du merlu, du maquereau, de la bonite, de la langoustine, du poulpe, du homard ou encore de la coquille Saint-Jacques. L’arrivage est très variable mais, grâce  à la halle à marée implantée sur le parking du port et où les pêcheurs pratiquent la vente directe, c’est toujours d’une fraîcheur remarquable !

En prime, des producteurs locaux viennent régulièrement proposer des moules et des huîtres de l’Aven toute proche. C’est vraiment très sympa !!!

 

Derrière la jetée, le phare et ses dentelles de granit s’étend la pointe en elle-même. Par delà une vaste prairie, elle est surmontée d’un fort aux origines mal connues mais qui de part son architecture, pourrait très bien être l’œuvre de Vauban. Ce qui est certain, c’est qu’au début du XXème siècle, les vestiges furent rachetés par un certain Artaud, docteur de son état, qui fit ériger un château inspiré des manoirs Ecossais. Personnellement, dans l’esprit, il me fait également beaucoup penser au château Turpault qui se trouve à Quiberon et dont il est contemporain.

Toujours est-il qu’au décès de son propriétaire en 1936, la demeure réputée hantée ne trouve pas acquéreur ! Ceci peut s’expliquer par le fait que le docteur Artaud étant un ami du biologiste Jean Rostand, de nombreux bocaux contenant d’étranges bestioles dans du formol y furent retrouvées…

C’est finalement une famille de Beg Meil, alors en villégiature, qui tomba sous son charme et le racheta. Pour la petite anecdote, de l’autre côté de la baie, les nouveaux maîtres des lieux prenaient jusqu’alors l’édifice pour un sous-marin !!!

Lorsque survint la seconde Guerre Mondiale, ses propriétaires cohabitèrent quelques mois avec les Allemands avant d’en être définitivement évincé. Par la suite l’occupant installa tout autour des casemates et des canons pour en faire un élément du mur de l’Atlantique. La position n’étant pas intégrée à la poche de Lorient, en aout 1944, elle sera évacuée puis incendiée par sa garnison. Il se raconte que les flammes ravagèrent la pointe huit jours durant, régulièrement ébranlés par de violentes explosions, vraisemblablement les munitions que les Allemands n’avaient pas pu emporter avec eux dans leur retraite…  

Plus récemment, en 2008, le site à défrayé la chronique et les passions car aux termes d’une longue bataille judiciaire, l’artiste-peintre Loïc Barbotin, nouveau propriétaire des lieux, y a fait bâtir un pavillon, face au large.

 

La balade s’achève un peu plus à l’est, avec une vue magnifique sur la modeste pointe de Kerjean, l’île Verte et celle de Raguénez.  Longeant de petites criques bordées de macerons et d’herbes folles, le sentier des douaniers s’en va cahin-caha en direction de Pont-Aven. A n’en pas douter, dans son écrin de lumières changeantes, la pointe de Trévignon est un endroit fort bucolique, propice à la détente et la contemplation !!!

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