Balade à la pointe du Conguel

Aujourd’hui, je vous propose une balade zen les pieds dans l’eau, dans un endroit dont on parle trop peu à mon goût et qui est pourtant magnifique : la pointe du Conguel !

Pour celles et ceux qui l’ignoreraient, il s’agit d’une langue de terre, en partie arborée, qui achève en beauté la presqu’île de Quiberon dans sa partie sud-est. Elle tirerait son nom du latin concha, qui une fois francisé aurait donné conque, une anse offrant un excellent refuge aux navires ; ce qui est ma foi le cas du côté de Port-Haliguen

Alors, bien sûr, ici nous sommes loin des impressionnantes falaises du Finistère avec ce sentiment unique et grisant d’être aux confins du vieux monde. Bien au contraire, à côté de ces titans bravant les éléments, la pointe du Conguel est un havre de paix posé au ras des flots. Sauf que contre toute attente, et malgré sa faible altitude (elle culmine à 9 m au niveau de la table d’orientation…), on peut y embrasser un vaste panorama qui va de Belle-Île-en-Mer aux plages de Carnac en passant par Houat, Hoëdic, l’entrée du golfe du Morbihan et la si paisible baie de Quiberon.

Géographiquement, il faut savoir que cette pointe est la partie émergée d’une chaussée très mal pavée (pour reprendre le vocabulaire imagé des gens de mer) qui court sournoisement jusqu’au phare de la Teignouse. Lors des grandes marées, et même par coefficients plus modestes, l’océan y dévoile un véritable chao de rochers et de récifs qui font le bonheur des pêcheurs à pieds. Son rivage accueillant se prête aussi tout particulièrement aux champs de cairns, vous savez, ces énigmatiques empilements de galets…

A Quiberon, la pointe du Conguel est un incontournable et, en ce qui nous concerne, nous adorons aller y flâner. Outre les échappées belles qu’elle offre et son atmosphère apaisante, c’est un lieu extrêmement sécurisant pour les enfants qui peuvent y gambader en toute quiétude. Ici pas de sentiers à chèvres ou à chaque détour, ils risquent de passer par-dessus-bord, mais un large chemin plutôt confortable (à ne pas confondre avec carrossable : certain(e)s irréductibles ont essayé de s’y aventurer avec des poussettes-cannes, y z’ont eu des problèmes comme dirait l’ami Laspalès…).

Une fois la voiture déposée sur le parking, à l’abri d’une frêle pinède, la pointe du Conguel est immédiatement accessible. Alors attention, même si j’ai laissé entendre que nos chères têtes blondes pouvaient y batifoler en toute liberté, il ne faut pas y faire n’importe quoi non-plus !!! Le site est propriété du Conservatoire du Littoral et à ce titre, les chevaux, les vélos et les motos y sont strictement proscrits. D’autre part les chiens doivent impérativement y être tenus en laisse et quelques soient les circonstances, il est formellement interdit de piétiner l’espace dunaire et ses pelouses. Mais bon, j’imagine que vous le savez déjà puisque c’est une règle immuable en bord de mer !!!

Passées ces considérations, la balade débute côté Océan, le plus agité, avec en ligne de mire Belle-Île et un peu plus à l’est ses petites sœurs de Houat et Hoëdic. Là, à proximité d’un bosquet à l’aspect quelque peu tourmenté sont aménagés deux fours à goémon. Creusés dans le sol et tapissés de pierres plates, ils servaient jadis, à brûler indistinctement les algues brunes, vertes où rouges, qui étaient récoltées sur l’estran puis séchées à même le sol, pour en faire des pains de  soude. Ces pains de soude étaient ensuite acheminés à l’usine à iode pour être transformés en matière première à destination de l’industrie chimique, pharmaceutique ou la verrerie. Il faut savoir que pour  un pain de soude d’environ 80 kg, on obtient à peine 1 kg d’iode ce qui en faisait une denrée chère et précieuse. Sur la presqu’île, la dernière usine à iode qui se trouvait à Saint-Pierre-Quiberon a fermé ses portes en 1926, quant aux derniers goémoniers, ils ont cessés leur activité à la fin des années 30.

La p’tite larmichette versée sur cette époque révolue, la marche se poursuit toujours plus à l’est en direction de l’îlot de Toul-Bihan – accessible à pieds par grandes marées, d’où son nom en Français : l’îlot du petit passage – et  celui de Toul-Bras derrière lequel se profile le phare de la Teignouse. Tandis que paysage se transforme, adoptant un caractère résolument marin, le chemin se fraie un passage au milieu des dunes protégées par des ganivelles.

Je l’ai évoqué tout à l’heure, il ne faut surtout pas se fier aux apparences car les parages sont sournois (…). En témoigne, le naufrage du cuirassé France, dans la nuit du 25 au 26 août 1922. Regagnant son mouillage en baie de Quiberon – à l’époque le repaire de l’escadre de l’Atlantique lors de ses manœuvres estivales – après un exercice de tir au large de Belle-Île, dans un contexte de très grande marée, apparemment la plus forte de la décennie (…), il talonna une roche non-répertoriée devant le phare de la Teignouse et après avoir stoppé net, chavira sur bâbord en l’espace de trois heures. Rapidement secouru par les autres navires de l’escadre, sur les 960 membres d’équipage, il n’y aura que 3 disparus. Un véritable miracle !

Un peu plus proche de nous, le 30 avril 2007, le Gourinis, navire à passagers de la  Société Morbihannaise de Navigation (actuelle Compagnie Océane) assurant la liaison entre Houat et Quiberon, connu la même mésaventure, lorsque vers 12H30, évoluant en pleine brume, il heurta un récif aux abords du phare de la Teignouse et sombra en quelques minutes. Fort heureusement, ses 29 passagers et 4 membres d’équipages furent recueillis indemnes par le chalutier Gwen Ruz et le navire Vindilis venus à la rescousse. Donc, comme dit le proverbe : méfiez-vous de l’eau qui dort !

Sur cette pensée, la balade continue du côté de la baie de Quiberon, beaucoup plus calme, presque un lac (…), et considérée comme l’un des plus beaux plan d’eau d’Europe en matière de voile : rien que ça !!! C’est ici que le rivage ourlé de petites criques est le plus accueillant et il n’est pas rare d’y voir des familles faire trempette où piqueniquer à l’écart de l’agitation estivale. En surplomb se trouve la fameuse table d’orientation qui permet de se repérer dans le décor. Je n’y reviens pas car si vous m’avez bien suivi jusque-là, je vous l’ai indiqué en préambule…

La boucle s’achève comme elle a débutée, tranquillement, à l’ombre des pins, avec cette fois-ci, une vue imprenable sur l’anse du Conguel, le boulevard de la Teignouse bordé d’herbes folles et de plages sauvages jusqu’au promontoire du fort Neuf et la pointe Riberen.

 

Je puis vous l’assurer : la pointe du Conguel est une sortie familiale qu’il ne faut surtout pas rater si vous passez par Quiberon !!!

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