La Société Nationale de Sauvetage en Mer

Tout le monde à déjà vu ou aperçu les vedettes orange de la S.N.S.M, la Société Nationale de Sauvetage en Mer ? Personnellement, j’ai déjà eu l’occasion de voir le « Président Toutain », la vedette de Ploumanac’h, quitter son abri en glissant le long de sa rampe parmi les rochers de granit rose. A Camaret, j’ai pu observer les allers-retours du « Notre-Dame-de-Rocamadour », tout comme ceux de « La Teignouse », le canot de Quiberon. Et par une belle soirée d’été j’ai pu assister à l’arrivée à Port-Maria du « Belle-Isle », la vedette de l’île éponyme qui ramenait une personne malade sur le continent… car effectivement, en dehors des missions de sauvetage pures et dures, les embarcations de la S.N.S.M peuvent aussi servir d’ambulance aux insulaires !

En tout cas, à force d’observation, j’ai voulu en apprendre d’avantage sur ces gens qui embarquent à toute heure du jour et de la nuit, pour sauver, parfois au prix de leur propre vie, les navires en détresse, les plaisanciers ou parfois même les baigneurs imprudents. Autant d’abnégation me fascine c’est pourquoi, aujourd’hui j’ai envie de vous en parler…

 

Donc la S.N.S.M, qu’est ce donc ?

A l’origine, il y a la Société Centrale de Sauvetage des Naufragés. Fondée en 1865 par l’amiral Rigault de Genouilly, elle reprend le modèle britannique de la Royal National Life Boat Institution qui utilise des canots armés par des volontaires afin de secourir les marins en perdition. A ce titre, la Bretagne voit la création de plusieurs stations. Celles d’Audierne, de Saint-Malo ou encore Étel en 1865, celles de Roscoff et Ouessant en 1866 puis celle de l’île de Sein en 1867.

Quelques années plus tard, en 1873, Henri Nadault de Buffon, magistrat de son état, créé à Rennes  la Société des Hospitaliers Sauveteurs Bretons. Affiliée aux œuvres hospitalières de l’Ordre de Malte, cette nouvelle institution vise à la fois à exercer son sacerdoce auprès des sinistrés (victimes d’incendies où d’inondations par exemple…), à terre, comme auprès des naufragés, en mer, et plus particulièrement sur les côtes Bretonnes.

Que ce soit l’une où l’autre de ces sociétés, elles utilisent des baleinières et des doris, plus petites, mues à la rame. Et comme à l’époque le balisage et les réglementations maritimes sont inexistants, tout comme la sécurité à bord des embarcations, le travail ne manque pas !!! Et régulièrement, hélas, ces deux nobles institutions sont endeuillées, comme ce 3 octobre 1958 à Étel

Ce jour là, le professeur Alain Bombard, en bon précurseur de la survie en mer, voulu éprouver son dernier modèle de canot pneumatique par gros temps sur la fameuse barre. Hélas, l’expérience se solda par le chavirage de l’embarcation. Venu à la rescousse, le bateau de sauvetage d’Étel, le  « Vice-Amiral Schwerer II » accrocha un bout dans ses hélices, se mit de travers et fut balayer à son tour par les rouleaux. Sa coque retournée finit par s’échouer sur la plage de Plouhinec, juste devant le sémaphore : les secours venaient de perdre 5 des leurs, tandis que 4 équipiers du professeur Bombard y laissèrent la vie !!!

 

La Société Nationale de Sauvetage en Mer, quant à elle, est née en 1967, sous l’impulsion de l’État qui, dans un souci permanent d’efficacité, réclama la mutualisation des moyens de ces deux institutions. Son initiateur et premier président fut l’amiral Amman (Maurice de son prénom, et pas kouign… je vous le concède, le jeu de mot était trop tentant…), ancien Préfet Maritime de la 2ème région de Brest.

En 1969 sont créés les premiers centres de formation et d’intervention des nageurs sauveteurs, à Rennes, Nantes, Marseille, et contre toute attente Paris…

En 1970, la S.N.S.M est reconnue d’utilité publique par le Conseil d’État.

Le 7 août 1986, un nouveau drame frappe les secouristes en mer. Parti au secours d’un voilier en perdition au large de l’Aber Wrac’h, le « Capitaine de Corvette Cogniet », canot de sauvetage de Landéda, fut retrouvé le lendemain échoué  sur les rochers de Kerguen, vide d’occupants et les superstructures disloquées. L’équipage au complet, soit 5 hommes, avait péri en mer durant la nuit. Là encore, il semble que l’origine de la tragédie soit un câble pris dans l’arbre d’hélice…

C’est suite à ce triste évènement que débute la modernisation de la flotte et que l’opinion publique, prenant enfin conscience de l’héroïsme des bénévoles de la S.N.S.M, se mobilise en leur faveur.

De 2001 à 2010 se succèdent les mises en services des unités de dernière génération, pour la plupart insubmersibles (à l’exception des semi-rigides SAR et des vedettes légère) et autoredressables (hormis les vedettes V2). Dans la foulée, les équipements individuels sont également améliorés comme les nouvelles combinaisons totalement étanches, les brassières automatiques gonflables, les VHF, où encore la dotation de cyalumes (des bâtonnets lumineux permettant de se signaler la nuit) et de casques.

En 2011 est ouvert le Pôle Nationale de Formation à Saint-Nazaire. La situation financière de l’association ne lui permettant pas un renouvellement serein, en 2016, la députée du Finistère Chantal Guittet présente au Premier Ministre un rapport dans lequel elle préconise un certain nombre de mesures (je ne vous les énumérerai pas ici, c’est plutôt laconique…) afin de préserver le modèle économique de la S.N.S.M.

Enfin, en cette année 2017, pour le 50ième anniversaire de la S.N.S.M, le sauvetage en mer est décrété Grande Cause Nationale.

Ce qu’on peut retenir de tout ça, c’est que même si l’association a une vocation nationale, son histoire reste intiment liée à la Bretagne, pour le meilleur comme pour le pire car, derrière les décors de cartes postales se cachent souvent des parages inhospitaliers.

 

Quoi qu'il en soit, aujourd’hui, avec ses 552 unités (à savoir : 40 canots tout temps, 36 vedettes de 1ière classe, 72 vedettes de 2ième classe,  4 vedettes de 3ième classe et 400 embarcations pneumatiques dont 60 semi-rigides) la S.N.S.M est le premier armateur de France. Ces dernières sont affectées dans 218 stations – dont 62 rien que pour la Bretagne… – réparties autour du littoral Français et en outre-mer. Au total, se sont 7.000 bénévoles qui font vivre l’association,  dont 4.400 personnels embarqués parmi lesquels 1.300 nageurs sauveteurs. Au cours de l’année 2016, ils ont effectué 3.256 sorties au cours desquelles ils ont secouru 5.987 personnes.

De manière plus générale, et contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, 95% des interventions ont lieu par mer peu agitée et seulement  21% d’entre-elles surviennent de nuit. La majorité se déroulent à moins de 4,2 miles du rivage (soit 7,8 kilomètres pour les non-initiés) et plutôt à la belle saison, lorsque commencent à batifoler les plaisanciers. Les professionnels de la mer, eux, ne représentent que 15% des personnes secourus. Les principaux motifs d’intervention sont les pannes et les avaries, à 51%, les échouages en seconde position, puis l’angoisse en mer qui entraîne pas mal d’appels de détresse…

 

Pour conclure, et tant que j’en suis à parler chiffres, il faut savoir que la S.N.S.M est actuellement financée à 83% par des fonds privés : essentiellement des dons, des legs, du mécénat ou des œuvres de bienfaisance donc, si vous n’avez pas de tronc en forme de bateau orange à proximité de chez vous, je vous invite plus que jamais à apporter votre petite pierre (où votre petit coquillage pour le coup…) à l’édifice en vous rendant sur le site de la S.N.S.M. Comme je l’ai évoqué plus haut, l’association n’est pas au meilleur de sa forme, ses bénévoles ont besoin de nous, ne l’oubliez-pas !!!

 Copyright © 2017-2019 – Arthur Le Roy / Le Cœur en Bretagne