A l'assaut de la ville close de Concarneau

Du nord au sud, d’est en ouest, d’une ville close à une autre, après vous avoir présenté les remparts de Saint-Malo, je vous propose aujourd’hui de découvrir celle de Concarneau, Konk-Kerné, l’abri de Cornouaille en Breton…

 

Situé dans un havre à l’embouchure de la rivière Moros, la cité fut fondée en 692 par Concar Cheronnog, petit-fils du roi Judicaël, sur ce qui était jusque-là un îlot rocheux de 350 m de long par 100 m de large baptisé Conq. L’endroit dépendait alors de la paroisse de Beuzec…

En 799, Konk-Kerné est prise prise par les Francs avant d’être rapidement reconquise par les Bretons en 809. Les premiers remparts, quant à eux, seraient sortis de terre – où plutôt des eaux devrais-je dire – à la fin du 13ième siècle.

En tout état de cause, Concarneau est au 14ième siècle la quatrième place forte de Bretagne. Elle sera notamment le théâtre de combats entre Français et Anglais durant la guerre de succession de Bretagne (1341-1364), puis finalement investie et occupée pendant 30 longues années par les troupes Anglaises venues porter assistance à Jean de Montfort. Ce n’est qu’en 1373 qu’elle sera libérée de leur joug par Olivier du Guesclin, frère du célèbre Bertrand, au nom du roi de France Charles V, soutien de Jeanne de Penthièvre. Oui c’était quelque peu compliqué à l’époque !!! Surtout si on ajoute à cette chevaleresque épopée les troupes des ducs de Rohan, de Maury, de Beaumanoir et celles du sire de Vaucouleurs…

Ce qui est certain c’est que toute la garnison Anglaise fût passée au fil de l’épée et que seul leur chef eut la vie sauve !!!

Au milieu du 15ième siècle, le duc de Bretagne Pierre II fait remanier les remparts.

En 1488, à l’issue de la bataille de Saint-Aubin-du-Cormier, la ville close passe aux mains du roi de France Charles VIII avant d’être reprise par les Bretons jusqu’à l’année suivante où, assiégée par les troupes de Jean II de Rohan, elle revient à nouveau au Royaume de France… Anne de Bretagne fait alors appelle aux Anglais pour reprendre la cité qu’ils occuperont, une fois de plus, jusqu’en 1495…

Le 17 janvier  1576, en pleines Guerres de religion, la ville close est prise par les huguenots – à priori une trentaine de cavaliers, essentiellement des gentilshommes du pays – qui, l’histoire aimant hélas se répéter, exécutent une bonne partie de la garnison. L’euphorie n’est que de courte durée car les chefs « hérétiques » sont assassinés et dés le 23 janvier, jour de la Saint-Vincent, Concarneau est reprise de vive force par les habitants des paroisses voisines et des gens de Quimper.

En juillet 1619, le roi Louis XIII mécontent du gouverneur en place, François de Lézonnet, ordonne au gouverneur de Bretagne, César de Vendôme, de prendre le contrôle de la ville close. Alors que débute un nouveau siège, sans coup férir, Lézonnet se démet de sa charge. Quelques années plus tard, Concarneau eut même son corsaire, un certain Jacob Duquesne, frère d’Abraham Duquesne, Lieutenant-Général  des armées navales du Roi et fondateur de l’arsenal de Brest, qui s’associa un temps avec un certain Christophe Fouquet de Chalain, gouverneur du moment et surtout cousin du célèbre Nicolas Fouquet, le très controversé surintendant des finances de Louis XIV…

Mais, la physionomie actuelle des lieux, c’est à l’incontournable Vauban que nous la devons ! C’est vers 1680 que notre homme visite Concarneau  et ordonne prestement d’en améliorer les défenses afin de les couvrir de couleuvrines et de canons ; travaux qui s’achèveront en 1694.

Jusqu’à la Révolution Française, les remparts abritent une garnison ainsi qu’une communauté de pêcheurs armant quelques dizaines de chaloupes. Ces derniers pêchent la sardine qui abonde dans le secteur et qui, plus tard, fera la renommée de la ville. Pressée, séchée ou fumée, elle est expédiée par bateau vers les grands ports de la Manche et de la côte Atlantique.  Une partie destinée à la consommation locale est transportée par des charretiers.

A l’issue de la Révolution, la ville close sort de ses murs et voit le port de pêche se développer. A partir de 1851, les premières conserveries remplacent peu à peu les presses à sardines et les fritures. En plus de la fameuse sardine, elles emboîtent également le thon. A l’aube du 20ième siècle, ce ne sont pas moins de 800 chaloupes qui font sécher leurs filets aux pieds des remparts et une trentaine de conserveries qui travaillent le poisson de part et d’autre de l’embouchure du Moros. L’endroit est très animé et haut en couleur avec ses cohortes de marins, d’ouvrières et de paysans en costumes traditionnels. C’est ainsi que des peintres venus de tous horizons, de Russie, des Etats-Unis et même de Nouvelle-Zélande, qu’ils soient naturalistes, réalistes, néo ou post-impressionnistes, ce qu’on baptisera « le Groupe de Concarneau », vinrent en faire leur sujet de prédilection. Et c’est certainement grâce à leur obstination que la ville close due son salut. Car en effet, après que l’armée ait déserté les lieux, il fut un temps question de démolir l’enceinte fortifiée… Et comme une mauvaise nouvelle n'arrive jamais seule, c’est en 1905 que la sardine vint soudainement à manquer. C’est dans ce contexte de crise sans précédent qu’est créée la fête des filets bleus, pour venir en aide aux pêcheurs et à leurs familles. C’est également à cette époque, en 1906, qu’est érigé à l’entrée de la ville close, par delà les deux ponts et le ravelin, à la place de l'ancien poste de garde, l’emblématique beffroi surmonté de sa girouette en forme de navire ; certainement le monument le plus photographié de la ville.

 

Maintenant, ne nous leurrons pas ! Avec 1.000.000 de visiteurs par an, la ville close de Concarneau est l’un des sites les plus visité de Bretagne. Et, en plein été, aux heures d’affluence, l’étroite et achalandée rue Vauban rappelle étrangement la Grande Rue du Mont-Saint-Michel. Personnellement, nous nous y risquons uniquement pour aller faire un tour chez le glacier

Ceci-dit, il suffit de prendre un peut de hauteur pour échapper à la foule. Curieusement, dés que l’on gravit les remparts, il y a tout de suite moins de monde ! Plutôt que d’apprécier le paysage depuis le chemin de ronde, les gens préfèrent s’agglutiner autour des échoppes… tant pis pour eux, tant mieux pour nous !!! Et c’est vrai que c’est un plaisir sans cesse renouvelé. Dés l’entrée, le regard porte sur la demi-lune qui me fait immanquablement penser à « Pirates des Caraïbes » avec ses pelouses verdoyantes, ses palmiers, ses vieux canons  nichés dans la muraille et la maison du Gouverneur avec ses solides portes en bois treillis. C’est encore plus vrai lorsque le ciel est d’un bleu insolant !!!

La balade se poursuit d’échappée belle en échappée belle, d’abord sur le port de plaisance hérissé de mâts, la capitainerie et le môle. On enchaine ensuite par le Fer à cheval, un imposant bastion qui abrite un parc dans lequel se produisent régulièrement des tournois de chevalerie et qui, côté mer, embrasse un superbe panorama sur la Tour du Gouverneur, la Tour de la Fortune, celle du Maure, le chenal d’accès au port de pêche jusqu’à la pointe du Cabellou. Ensuite on redescend tranquillement vers la Porte du Passage, véritable brèche dans la muraille et qui, comme son nom d’indique, permet d’emprunter le bac pour rejoindre la rive d’en face ; certainement la plus petite croisière que vous pourrez faire en Bretagne, en France et peut-être même dans le monde puisque le trajet fait à peine plus de 100 m pour moins de 5 minutes de navigation !!! On reprend un peu d’altitude pour rejoindre la Tour du Passage d’où l’on peut avoir une vue plongeante sur le Carré des Larrons, un amphithéâtre dédié aux spectacles en plein air, avec en toile de fond, par delà les frondaisons,  l’église Saint-Guénolé. Côté mer on bénéficie d’une belle vue sur les quais, les chantiers navals – où il y a quelques années, en compagnie de Simon, nous avions eu la chance de pouvoir visiter un thonier océanique, le « Trévignon » – et la criée.

Nos pas nous conduisent ensuite vers la Porte aux vins, par laquelle la cité était jadis approvisionnée. En franchissant sa voute en ogive on s’imagine aisément les embarcations chargées en vivres débarquant leurs précieuses cargaisons… à noter que le restaurant éponyme qui se trouve à proximité est une excellente adresse. Sa terrasse, fort agréable, donne sur la place Saint-Guénolé et sa fontaine animalière en bronze sur fond de maison à colombageRetour sur les remparts, via la Tour de la Porte aux vins, avec vue imprenable sur le port de pêche, la criée et au loin, la Tour Neuve derrière laquelle se profile la poupe de l’Hémérica, le chalutier du musée de la pêche. Après avoir parcouru 980 m de chemin de ronde, la virée s’achève par la Tour du Major, ses drapeaux claquants au vent, sa perspective sur les horloges du beffroi, la place Jean Jaurès et les anciennes halles du marché, un très beau bâtiment reconvertit en pôle culturel.

 

A n’en pas douter, la ville close de Concarneau est une étape obligée en sud Finistère. L’horizon y est certes beaucoup moins vaste qu’à Saint-Malo, l’espace plus confiné et les fortifications d’avantage à l’abri des caprices de l’océan, mais l’ambiance « flibustière » est indéniablement présente et la moindre pierre respire l’histoire multiséculaire des lieux. Nous, en tout cas, on adore y flâner !!!

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