Balade au cap Fréhel

La première chose qui me vient à l’esprit lorsqu’on évoque le cap Fréhel, ce sont les mots « parfum » et « couleur ». L’endroit est en effet une terre de landes perchée à 70 m au dessus des flots.

En 1540 déjà, selon un acte de reconnaissance, ces terres appartenaient aux seigneurs de Matignon sous le nom des « grandes landes de Fréhelle ». Les vaches, les moutons, les ânes et les chevaux y venaient en pâture moyennant finances… enfin normalement car beaucoup de paysans s’en affranchissaient, créant au passage quelques tensions avec les maîtres des lieux. Forcément !!! Les autochtones venaient également y prélever de la litière pour leurs animaux et de la tourbe pour le chauffage. On y pratiquait aussi l’écobuage, technique ancestrale qui consistait à extraire des petites mottes de landes  qu’on faisait ensuite sécher avant de les brûler. Leurs cendres riches en sels minéraux étaient ainsi utilisées comme fertilisant dans les potagers et les champs.

Survient la Révolution Française, période troublée à l’issue de laquelle la lande fut restituée à la commune de Préhérel ; terrains qui seront revendus à un particulier à la fin du 19ème siècle afin de financer la construction de l’église Saint-Hilaire qui se trouve aujourd’hui sur le territoire de la municipalité de Fréhel qui a vue le jour en 1972.

En effet, pour la petite anecdote, il faut savoir que Fréhel – nom donné en hommage au célèbre cap – est le fruit de la brève union des communes de Pléhérel et de Plévenon. Lors de la scission, en 2004, Plévenon retrouva son nom d’antan tandis que Pléhérel conserva celui de Fréhel…

 

Quant à l’emblématique phare, nouveau seigneur de ces lieux, il a connu deux prédécesseurs.

D’abord sous la forme d’un ouvrage de 15 m de hauteur. Dessinée par Jean-Siméon Garangeau, un ingénieur qui aura laissé sa patte dans le secteur (…), il reprend l’architecture du phare du Stiff qui vient tout juste d’être inauguré sur l’île d’Ouessant. Erigé entre 1701 et 1702, il se compose donc d’une tour cylindrique à laquelle est accolé un escalier en colimaçon desservant trois étages servant de magasin, de corps de garde et de logis au gardien. Au sommet se trouve un braséro exposé à tous les vents sous une cage de fer ; braséro fonctionnant au charbon et qui, par mesure d’économie, n’était initialement allumé que les mois d’hiver, au grand damne de la Marine Royale qui imposera son allumage tout au long de l’année à partir de 1717. Pour financer l’opération, tous les navires entrant dans les ports entre le cap Fréhel et Régneville-sur-Mer seront frappés d’une taxe, d’abord de 2 puis de 3 sols par tonneau.

En 1774, la lanterne sera enfin vitrée et le charbon remplacé par de l’huile de poisson.

Malgré ces sages précautions, il arriva certaines nuits que le feu vacille où reste carrément éteint à cause de la négligence de son gardien, un dénommé Antoine Thévenard, serrurier de son état. Il se dit même que parfois, les Malouins le réveillaient au son du canon, tant et si bien que de guerre lasse, ils remplacèrent le vaurien (qui effectivement ne valait pas grand-chose…) par deux gardiens plus fiables.

 

Comme il n’est pas possible d’adapter la nouvelle lentille de Fresnel (à ne surtout pas confondre avec Fréhel, le nom du lieu étant propice à la confusion…) sur la tour – cette dernière étant d’ailleurs en piteux état – il est décidé de construire un nouveau phare qui sort de terre entre 1845 et 1847. Erigée à proximité immédiate de l’ancien ouvrage, il s’agit d’une tour de 22 m de hauteur, cette fois-ci de forme octogonale, maçonnée en pierre de taille et centrée sur la façade d’un bâtiment doté d’un étage abritant deux logements pour trois gardiens et les magasins. Je sais : c’est lourd mais c’est la description qui en est faite à l’époque…

Durant la Seconde Guerre mondiale, les Allemands englobent le phare dans les fortifications qu’ils réalisent sur le cap et l’utilisent comme poste d’observation.

Le 11 août 1944, dans le cadre de son repli, l’occupant dynamite l’édifice (forcément, quand on s’en va on éteint les lumières…) qui s’effondre littéralement sur lui-même, seule la lanterne passablement défoncée subsistant sur un tas de décombres.

 

La construction d’un troisième phare débute donc en 1946 pour s’achever en 1950. En attendant la vieille tour reprend provisoirement du service tandis qu’en lieu et place du second phare est érigée l’ouvrage que l’on connait aujourd’hui : une tour carrée haute de 32,85 m, toute en pierre de taille, centrée en façade d’un élégant bâtiment en rez-de-chaussée et percé d’arcades.  Le nouveau phare du cap Fréhel étant électrifié dés son inauguration, les magasins ne sont plus indispensables et les locaux sont réduits par rapport ce qui existait jadis. L’ironie du sort c’est que la tour originelle qui fût longtemps dédaignée, et pour ainsi dire vouée à la ruine, est toujours présente à ses côtés.

Posé sur sa falaise de grés rose et rouge, avec sa lanterne culminant à 96 m au dessus de la Manche et portant jusqu’à 29 milles (soit un peu plus de 46 kms pour les non-initiés…), le phare du cap Fréhel compte aujourd’hui parmi les cinq phares les plus puissants de France. Après avoir gravi les 145 marches, le sommet offre par temps clair un panorama saisissant qui s’étend de l’île de Bréhat, à l’ouest, à la pointe du Grouin, à l’est, et parfois même des îles Anglo-Normandes jusqu’aux rivages du Cotentin. C’est aussi le meilleur endroit pour assister au passage de la Route du Rhum, course transatlantique en solitaire qui se déroule tous les 4 ans. En effet, si le départ de l’épreuve est donné au large de la pointe du Grouin, le cap Fréhel en constitue un point de passage obligé où se sont pressés plus de 40.000 spectateurs en 2014.

 

En ce qui me concerne, je vous avouerais que les concentrations de foule, ce n’est pas trop ma tasse de thé, quant à la Route du Rhum, même si je salue l’exploit, ça ne me fascine pas plus que ça…

En revanche, comme je l’écrivais en préambule, j’affectionne tout particulièrement le cap Fréhel pour la beauté de ses paysages et sa flore exceptionnelle. En fonction des saisons, entre le doré des ajoncs, le rose des bruyères, le mauve des œillets marins, le blanc des silènes, le jaune canari des narcisses, les assortiments chatoyants de jacinthes, les sceaux de Salomon formant clochettes et les parterres de serpolet, c’est une véritable symphonie de couleurs et de senteurs.  Je dirais même que c’est franchement sympa !!!

Dans les anfractuosités de la falaise, sur les corniches et les rochers alentours, la faune n’est pas en reste non-plus avec ses colonies de guillemots de Troïl, de pingouins Torda, de pétrels fulmar, d’huitriers pies et autres goélands bruns…

Vraiment le cap Fréhel est un ravissement permanent pour les sens !!!

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