A l'assaut du château de Brest

Bon, soyons honnête, de prime abord, Brest « la blanche » est loin d’être la plus belle ville de Bretagne ! Mais il y a une excellente raison à cela : il faut savoir que durant la Seconde Guerre mondiale, son port abritait l’une des plus importantes bases sous-marines Allemandes, ce qui lui a valu d’être réduite à néant (la cité fût détruite à 75% et seuls 200 immeubles restaient intacts au moment de sa libération, le 18 septembre 1944) par l’aviation alliée. Au cours des 165 bombardements qui se succédèrent entre  juillet 1940 et août 1944, 965 Brestois trouvèrent la mort tandis que 740 autres furent grièvement blessés.

Aussi, pour redonner un toit à sa population, Brest dut être reconstruite hâtivement, sans fioriture, avec des matériaux bon marché dont le béton massivement revêtu d’enduits blancs hydrofuges, ce qui lui a donné son surnom…

Donc oui, la cité Brestoise n’est pas très glamour mais il semblerait  qu’en contrepartie, il y règne une exceptionnelle douceur de vivre !!! Personnellement, je n’y ai jamais séjourné assez longtemps pour en témoigner mais a en juger par les Bretons expatriés qui m’en ont parlé avec de grands yeux brillants, et parfois même des trémolos dans la voix, je le crois très volontiers…

 

Donc pour en revenir à notre sujet initial, le château de Brest fait partie de ces rares édifices qui, bien que sévèrement endommagés, sont miraculeusement parvenus jusqu’à nous.

Construit à l’emplacement d’un castellum gallo-romain érigé sur le principe de l’éperon barré (en fait un mur de pierres sèches ou une palissade gardé par quelques tours…), le château se situe sur un petit promontoire rocheux au débouché la rivière Penfeld ; un endroit hautement stratégique qui permet à la fois, de contrôler l’accès à la Penfeld,  d’empêcher la remontée de la rivière Elorn – dont l’estuaire se trouve un peu plus à l’est – jusqu’à Landerneau, tout en surveillant les allers et venues dans la rade de Brest.

Entre le départ des Romains, vers 410-420, et le 11ème siècle, l’histoire des lieux est plus où moins obscure. On sait qu’en 537, la forteresse fonctionne comme une ville close et qu’elle appartient aux comtes de Léon, en la personne d’« Even le Grand » dont la fille, Azénor, est à l’origine de la légende suivante : d’une beauté inégalée, elle voulait consacrer sa vie à Dieu, au grand damne de son père qui se morfondait de ne pas avoir d’héritier. Pour faire plaisir à ce dernier, elle se résigna à épouser le comte Alain 1ier de Cornouaille. Quelques mois après les noces,  calomniée par sa belle-mère qui faisait colporter des rumeurs au sujet de sa fidélité, son époux convaincu d’adultère finit par la ramener dans ses pénates. Fou de rage, il exigea qu’elle fut emprisonnée dans la tour la plus sombre du château – celle-là même qui porte aujourd’hui son nom – en attendant sa sentence, à savoir : le bûcher. Il se raconte que depuis son cachot, les villageois l’entendaient prier pour le salut de ses bourreaux et que le jour de l’exécution, le brasier ne voulu pas s’enflammer. Il fut alors décidé de l’abandonner à la mer dans un simple tonneau… qui miraculeusement vogua jusque sur les rivages de la lointaine Irlande. C’est dans cette contrée que la naufragée mit au monde un fils baptisé Budoc, qui signifie littéralement « sauvé des eaux ». Une fois adulte et devenu moine, ce dernier décida de regagner l’Armorique en traversant la Manche dans une auge de pierre (oui, je sais c’est très particulier…), et devint évêque de Dol. Pendant ce temps, à Brest, la marâtre d’Azénor avoua sa forfaiture sur son lit de mort. Aussitôt le comte de Cornouaille partit à la recherche de sa belle, débarqua en Irlande, finit par la retrouver et la ramena au pays… où ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfant : non je plaisante, ça l’histoire ne le dit pas mais tant qu’à faire !!!...

Au-delà de cette légende, le château de Brest fit longtemps la fierté des comtes de Léon dont il était l’incarnation de leur toute puissance. Vers 1064, le duc Conan II y fait édifier un donjon, une chapelle et creuser des fossés aux pieds des remparts. Au moyen-âge, cette forteresse du bout du monde était d’ailleurs  considérée comme la plus formidable au monde.  

En 1239, le château de Brest passe aux mains des ducs de Bretagne qui en font un maillon essentiel de leur organisation défensive. C’est à cette époque que la bourgade sort de ses remparts devenus trop étroits pour s’implanter sur la rive opposée de la Penfeld, au pied de la tour Tanguy, et dans l’actuel quartier de Siam.

En 1341, suite au décès du duc Jean III, qui de son vivant, n’a jamais voulu clarifier la question de sa succession, Charles de Blois, époux de la nièce du disparu, Jeanne de Penthièvre, est nommé duc-baillistre de Bretagne par son oncle qui n’est autre que le roi de France, Philippe VI de Valois. Le titre lui étant contesté par Jean de Montfort, beau-frère du défunt qui s’appuie sur la loi salique, un conflit éclate. La priorité de Jean de Monfort est alors de prendre Brest pour éviter que des renforts Anglais – Edouard III étant alors l’allié de la France –  ne soient acheminés par voie de mer. A l’aide de puissants engins de siège et plusieurs jours de combats, il y parvient. Ce sera la dernière fois que le château sera pris par la force.

En 1342 survient un revirement de situation : alors que Jean de Monfort est emprisonné au Louvre, Jeanne de Flandre, son épouse restée à l’abri de la forteresse Brestoise, passe une alliance avec Edouard III. Ce dernier s’empresse de nommer un de ses hommes, un certain Gatesden, capitaine de la place et gouverneur du Léon.

S’ensuivront 50 ans d’occupation Anglaise, période durant laquelle le château sera plusieurs fois assiégé, notamment en août 1373 par les troupes de Bertrand du Guesclin, sans jamais tomber.

Finalement, c’est l’argent qui a raison des Anglais, l’inexpugnable château étant racheté par le duc Jean IV, fils de Jean de Montfort (…), en 1397.

Après une brève période d’accalmie, en 1403, les échauffourées reprennent entre la France et l’Angleterre. Tout en se développant autour de leur château dont les défenses ne cessent de s’accroître pour être mises à l’épreuve de l’artillerie, le port et la ville Brest sont régulièrement attaqués.

En août 1505, la duchesse Anne de Bretagne séjourne au château dans le cadre de son Tro Breiz. Elle souhaite voir cette fameuse forteresse que son père, François II, a contribué à moderniser et contempler la caraque « Marie-la-Cordelière », l’un des plus puissants vaisseaux de guerre du duché dont elle est par ailleurs la marraine.

En 1592, soit quelques décennies après l’union de la Bretagne à la France, plus de 5000 Ligueurs – des catholiques luttant contre le protestantisme – appuyés par les Espagnols assiègent le château pendant cinq mois mais en vain.

En 1631, sous l’impulsion du cardinal de Richelieu qui souhaite voir le Royaume de France se doter d’une véritable flotte de guerre, bien à l’abri de sa rade qui s’ouvre largement sur l’Atlantique, Brest devient l’objet de ce dessein. Mais c’est Colbert, alors Ministre de la Marine qui mènera le projet à bien en faisant construire l’arsenal. Et pour protéger comme il se doit le port de guerre, c’est Vauban, encore lui (…), qui entre 1683 et 1695, fera bastionner le château, en faisant une véritable citadelle dont il a le secret. En 1923, la forteresse en classée Monument Historique.

Dès juin 1940, le château est occupé par les troupes Allemandes. Tandis que l’occupant aménage les lieux à sa façon, notamment en creusant des souterrains dans le rocher, les imposantes tours Paradis servent de prison pour les dissidents. S’ensuit la construction de la base sous-marine et les mésaventures que je vous ai comté plus haut…

Aujourd’hui, parfaitement restauré comme au temps de sa splendeur, le château de Brest abrite la Préfecture Maritime de l’Atlantique et, enfouis dans ses sous-sols jusqu’à 80 m de profondeur, le centre de commandement de la Force Océanique Stratégique, celui-là même qui gère les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins, ainsi que le centre opérationnel maritime Atlantique ; avec ses 17 siècles d’histoire ininterrompue, ceci est fait sans doute le plus ancien château-fort encore en activité dans le monde !!!

 

Bon, en ce qui nous concerne nous n’avons pas vu tout ça ! De toute façon ces lieux sont placés sous le secret défense. En revanche, après avoir eu la chance de visiter l’arsenal (à l’époque les photos étaient interdites donc je ne traiterais hélas pas ce sujet…), nous avons passé l’après-midi au château où nous avons pu découvrir le musée national de la Marine et déambuler sur le chemin de ronde qui offre de nombreuses échappées belles sur la Penfeld, le pont de Recouvrance, Brest et sa rade.

Installé dans les tours Paradis et le donjon, le musée national de la Marine a beaucoup de cachet. Entre ses poutres, ses pierres apparentes et son éclairage chaleureux, l’exposition n’en est que magnifiée. Nous avons pu y retrouver l’histoire navale de Brest, de nombreuses maquettes, des plans, des objets et des souvenirs de la marine d’autrefois. Quant aux extérieurs, outre le fait d’avoir pu apercevoir l’épave du Bugaled Breizh remisée dans l’enceinte de la base navale nous avons pu en apprendre d’avantage sur le fameux tonnerre de Brest. Tout le monde connait le célèbre juron du capitaine Haddock ? Et bien elle n’est pas due à l’orage mais au son du canon qui, pendant trois siècles, a « tonné » deux fois par jour – précisément à 6H00 et à 19H00 – pour rythmer la vie de l’arsenal. Des coups de canon étaient également donnés lorsqu’un prisonnier s’échappait du bagne, ceci afin de prévenir la population qu’une récompense serait offerte à qui retrouverait l’évadé. Bien entendu, tous ces tirs avaient lieu à blanc mais résonnant dans le goulet de Brest, ils étaient audibles jusqu’à Landerneau, ce qui au passage à donné l’expression : « ça va faire du bruit dans landerneau »…

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