A la découverte du château de Josselin

Pour être parfaitement honnête, je suis plus armor qu’argoat, c’est un fait ! Dés que je suis loin de la mer, de ses vastes horizons, de ses falaises déchiquetées, de ses petites criques, de ses ports, de ses plages et même de son parfum iodé, elle me manque… profondément…

Ceci-dit, je ne suis pas complètement hostile à la visite de l’intérieur des terres : la preuve en est que l’année dernière, nous avons passé une semaine en forêt de Brocéliande ; séjour au cours duquel notre première journée fut consacrée au château de Josselin.

 

Alors comment dire ? Pour moi, Josselin n’était jusque-là qu’un point au beau milieu d’une carte de Bretagne et, effectivement, un château entraperçu sur papier glacé, dans quelques beaux livres où autres revues vagabondes. Enfin bref, ça ne me parlait pas plus que ça. Mais comme nous logions à proximité nous n’avons pas pu faire l’impasse… forcément !!!

Si madame était plutôt confiante quant à cette rencontre, j’étais moi-même beaucoup plus dubitatif et… telle ne fut pas ma surprise de découvrir une charmante bourgade (la cité compte 2486 âmes…), avec ses maisons à colombages joliment entretenues et blotties autour de leur château, qui lui-même se dressait fièrement, à flanc de rocher, au dessus d’un méandre de l’Oust. Le ciel était d’un bleu céruléen : la carte postale était parfaite !!!

 

Après avoir flâné dans les ruelles et jeté un œil (voir même les deux…) à la basilique Notre-Dame-du-Roncier, c’est tout naturellement que nous nous sommes dirigés vers le château. Pour faire plaisir aux enfants, nous avons d’abord rejoint les anciennes écuries du domaine qui abritent désormais le musée de poupées et jouets. Il s’agit d’une collection initiée par Antoinette de Rohan (l’actuelle propriétaire des lieux avec son époux… Josselin !) suite à la découverte de nombreux petits trésors dans les greniers du château, et depuis complétée par de nombreuses donations. Alors, les photos étant interdites dans l’exposition, je n’ai pas d’images à vous proposer, en revanche, je peux vous dire que même si ce n’est pas très grand (il faut compter une petite demi-heure pour en faire le tour et encore, en s’attardant sur les explications…), nous avons énormément appréciés cette partie. On y trouve d’antiques circuits de voitures et de petits trains, de vieux avions en fer blanc, des dinettes délicieusement surannées, des petites voitures style « Dinky Toys », de vénérables jeux de société et bien entendu, plein de poupées, de celles avec la tête en porcelaine et le regard angoissant (…) en passant par des figurines Barbapapa ou encore Goldorak, le tout présenté sous vitrines dans une ambiance particulièrement feutrée.

 

Nous sommes ensuite rentré dans le vif du sujet avec la visite du château à proprement parlé. Plutôt que de subir les guides audio au son de phonographe où de lire un mot sur deux dans une quelconque brochure (ce que nous faisions lorsque nous étions de jeunes tourtereaux un rien farouches…), nous avons opté pour une guide en chair et en os. C’est ce que nous faisons depuis plusieurs années maintenant. Nous y sommes revenus grâce aux enfants car nous avons remarqué que tout bon guide qui se respecte sait rapidement capter leur attention, ce qui de fil en aiguille nous a permis de redécouvrir le côté beaucoup plus sympathique et interactif de la chose…

Notre guide, une fringante jeune femme dont je ne me souviens hélas plus du prénom, a donc commencé à nous conter l’histoire millénaire des lieux.

La construction de l’édifice a débuté en 1008, d’abord en bois, pour s’achever en 1520, sous la forme que nous lui connaissons aujourd’hui… enfin, à quelques tours et un donjon près, mais nous y reviendrons plus tard !

Son instigateur n’est autre qu’un certain Guéthenoc (les inconditionnels de la série Kaamelott dont je suis sauront de qui je parle, vous savez le brave paysan avec ce charmant petit accent Stéphanois là… enfin bref, durant toute la visite je n’ai eu de cesse d’avoir son image en tête avec le sourire en coin…), vicomte de Porhoët, de Rohan et de Guéméné, membre de la famille des comtes de Rennes.

En 1370, Olivier V de Clisson – qui deviendra Connétable de France, c'est-à-dire chef des armées royales, à la mort de Bertrand du Guesclin en 1380 – fait acquisition de la seigneurie en échange de la baronnie du Thuit. Notre homme, accessoirement surnommé « le boucher » tant il était âpre au combat, remanie et transforme les lieux en une redoutable place forte dotée de huit solides tours (avec des maçonneries épaisses de 3,50 mètres…) et d’un puissant donjon (26 mètres de diamètre pour 32 mètres de hauteur). C’est d’ailleurs entre ses murs qu’Olivier V de Clisson s’éteindra en 1407.

A la mort du « boucher », le château passera dans les mains de la famille de Rohan (en la personne d’Alain VIII), l’une des plus influentes du duché de Bretagne et dont le berceau se trouve à 10 kilomètres de là, dans la bourgade éponyme.

En 1488, le duc de Bretagne François II s’empare du château et le démolit partiellement afin de punir Jean II de Rohan, maître des lieux du moment, pour son soutien au Roi de France. Sa fille, la bienveillante duchesse Anne de Bretagne, le restituera à Jean II qui, entre 1490 et 1510, aménagera les vestiges en un logis de plaisance reposant sur trois tours restées indemnes (depuis leurs bases sur les bords de l’Oust elles sont hautes de 60 m !), en faisant au passage l’un des premiers spécimens de la Renaissance en France. En témoigne sa façade en granit finement sculptée de macles, d’emblèmes à la gloire de la famille de Rohan, de fleurs de lys et d’hermines stylisées.

Le reste des fortifications (dont le fameux donjon) sera démantelé en 1629, lors de la campagne de démolition entreprise par ce bon vieux cardinal de Richelieu qui souhaitait voir disparaître du paysage toutes les places fortes d’essence non-royale. A ce sujet, croisant le duc Henri de Rohan dans l’antichambre du Roi, le cardinal lui aurait asséné : « Monsieur le duc, je viens de jeter une bonne boule dans votre jeu de quille ! ». Quel taquin ce Richelieu…

 

En termes de visite, il faut savoir que seul le rez-de-chaussée du château est visible, le reste de l’édifice étant encore occupé par la famille de Rohan. Il faut également retenir que tout comme le musée, les photos y sont proscrites. Donc, pour découvrir les intérieurs qui sont au demeurant superbes il faudra vous en remettre aux vidéos que je vous ajoute en bonus.

Ce que j’en retiens, c’est que contrairement à beaucoup de ses semblables, le château de Josselin est aménagé avec goût et cohérence, dans une ambiance intimiste avec des objets du quotidien qui ont traversés les âges, de nombreux portraits de famille, certains très récents, et on sent qu’il y a véritablement un souffle qui s’y perpétue de génération en génération. Lors de notre venue, il faisait chaud, l’argenterie était dressée sur la table et les fenêtres étaient grandes ouvertes sur l’Oust qui s’écoulait paresseusement aux pieds du logis. C’était vraiment très convivial !

La visite s’acheva à l’ombre des arbres centenaires, par une découverte libre du jardin à la Française. Créé au début du 20ième siècle par le paysagiste Achille Duchêne, il est encadré de buis et d’ifs taillés en boule. Simple mais efficace !

Par delà la tour isolée qui servit de prison sous la Révolution Française s’épanouie une agréable petite roseraie. Aménagée en 2001 sous la direction du paysagiste Louis Benech, elle présente 160 rosiers issus de 40 variétés différentes.

Enfin, en contrebas de cette roseraie se trouve un parc à l’Anglaise, un rien fouillis par rapport à son homologue à la Française tracé au cordeau. Disons que c’est un univers totalement différent qui m’a un peu moins marqué…

 

Contre toute attente, je dois reconnaître que j’ai beaucoup aimé ce château. Riche d’un tumultueux passé, c’est un lieu désormais apaisé et extrêmement attachant avec, côté pile, une emblématique forteresse médiévale les pieds dans l’eau, côté face, un charmant château renaissance avec son parc bucolique. En tout cas, je comprends maintenant pourquoi il est considéré comme l’un des plus beaux châteaux de Bretagne !!!

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