A la rencontre du chêne à Guillotin

C’est lors de notre séjour à Brocéliande que nous sommes allés rendre visite à un vénérable vieillard, un arbre millénaire baptisé le chêne Eon mais plus connu sous le nom de chêne à Guillotin…

La première chose à retenir c’est que notre arbre ne se trouve pas en plein cœur de la forêt, tel un seigneur trônant au milieu de ses sujets, comme on pourrait se l’imaginer, mais au centre d’une vaste prairie en pente douce située à la lisière nord de la forêt Brocéliande. Pour le rejoindre, il faut se rendre sur la commune de Concoret et, dans un cadre fort bucolique, emprunter des chemins creux jusqu’au charmant hameau de Crozon (à ne surtout pas confondre avec la station balnéaire qui elle, se trouve au fin fond du Finistère…).

Après avoir déposé la voiture sur le parking prévu à cet effet et dépassé les quelques maisons du hameau, de très belles bâtisses typiques du pays Gallo avec leurs murs en pierre de schiste rouge et leur toit en ardoise, nous voici arrivé à destination…

 

La première impression, c’est que notre hôte ne semble pas au sommet de sa forme : il faut dire que son âge est estimé entre 800 et 1000 ans, ce qui en fait l’un des plus vieux arbres de France et même d’Europe !!!

Passé cette considération, il faut avouer qu’entre ses 16 m de hauteur, ses 9,60 m de circonférence et surtout son aura, il impose rapidement le respect. Force est de reconnaitre qu’il dégage un très fort pouvoir d’attraction et, une fois à son chevet, on ne peu s’empêcher de le toucher. Son tronc massif et profondément crevassé est pareil à de la pierre, comme pétrifié par les siècles et très vite, on se surprend à le caresser, voir même à se blottir tout contre lui, comme pour échapper au présent et méditer sur le passé ; peut-être aussi pour ressentir cette énergie incroyable qui lui a permis de vivre aussi longtemps et pourquoi-pas, d’en engranger un peu au passage ?

Le jour de notre venue, il y avait un couple de druides (où peut-être d’elfes ?), en tout cas des gens vêtus de façon très originale, voir intemporelle, qui lui jouait de la flûte irlandaise. Combiné à toutes ces sensations étranges, je dois avouer que pendant que madame prenait quelques photos et que les enfants faisaient des galipettes dans l’herbe, ils m’ont offert un moment de grâce !!!

Il y avait aussi une famille de Québecois, grands-parents, parents et enfants réunis, qui sont littéralement resté scotchés à l’arbre tant ils semblaient fascinés (peut-être encore plus que leur compatriote Messmer n’aurait pu le faire…) par son charme !!!

En tout cas, c’est une très belle expérience que je recommande à tout le monde…

 

Bien entendu, comme nous sommes en Bretagne, le tableau ne serait pas complet sans la petite histoire qui va bien avec… forcément !!!

Comme je l’écrivais en préambule, il faut savoir que le chêne s’est longtemps appelé Eon, tout comme la rue qui le dessert, en hommage au moine hérétique Eon de l’Étoile (à vrai dire plus un bandit de grands chemins qu’un fervent religieux…) qui au 12ième siècle, sema le trouble dans la région et, dit-on,  cacha deux barriques d’or du côté de la fontaine de Barenton.

Mais il faut savoir que le chêne est creux (on prétend qu’il peut accueillir jusqu’à neuf personnes adultes en son sein…) et que pendant la Révolution Française, il aurait servit de refuge à l’abbé Pierre-Paul Guillotin (1750-1814), alors persécuté car il avait refusé de prêter serment à la nouvelle constitution civile du clergé. Pour parfaire la légende, il se dit que la Vierge Marie aurait tissé une toile d’araignée pour dissimuler l’accès à ses poursuivants…

Natif de Le Vaubossard, un hameau de Concoret situé à quelques encablures de là, Guillotin était vicaire de Saint-Servan au moment des événements et dû, pendant huit longues années, poursuivre clandestinement son sacerdoce dans sa paroisse natale. C’est donc en l’honneur de cet enfant du pays, et fort de cette anecdote historique, que le chêne fut rebaptisé en 1970.

 

D’abord classé « Arbres remarquables en Bretagne », le chêne à Guillotin a, depuis le 1ier juillet 2017, acquis le prestigieux label « Arbre remarquable de France ». A ce titre, il est protégé et entretenu par l’ONF (Office National des Forêts), ce qui je l’espère de tout cœur, lui conférera encore de longues et belles années d’existence pour qu’il puisse enchanter ses visiteurs comme il l’a fait avec moi…

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