A l'assaut du fort la Latte

 

C’est par un bel après-midi du mois de juin, lors d’un séjour à Saint-Malo, que nous sommes allé visiter le fort la Latte. En déposant la voiture sur le parking, nous fûmes saisis par le petit air de Côte d’Azur qui se dégageait des lieux, avec sa pinède aux senteurs balsamiques qui se détachait sur le bleu profond de la mer.

La grille d’accès franchie, les arbres laissèrent rapidement place à la lande, nous abandonnant sur un petit chemin qui, à défaut de sentir la noisette, embaumait la bruyère. Et c’est au détour d’un virage, par delà les ajoncs en fleur, que nous apparu le donjon puis les remparts fièrement campés sur leur rocher posé au milieu des flots. C’est vrai qu’il a de la gueule ce fort !!! Lorsque je l’ai vu, la première impression qui m’a traversé l’esprit, c’est son côté inexpugnable.

Passé le premier pont-levis, nous fûmes accueillis par Dame Isabelle, notre guide vêtue en coiffe et robe médiévale. Ainsi mis dans l’ambiance, c’est dans un langage châtié qu’elle débuta la visite. D’abord par la barbacane, un ouvrage de défense avancée, au milieu duquel nous pûmes découvrir une bricole (en fait une petite catapulte…) et un inattendu potager bordé de plessis et peuplé de variétés anciennes. Au loin se détachait le cap Fréhel, son phare et sa haute falaise s’avançant valeureusement dans la mer.

Nous empruntâmes ensuite le second pont-levis, un solide ouvrage jeté au dessus d’un véritable gouffre et retenu par de lourdes chaines. Dans l’ambiance confinée des remparts se trouvait sur notre gauche, le corps de garde, aujourd’hui transformé en boutique, face à nous la chapelle dominée par le donjon et sur notre droite le logis du gouverneur qui sert désormais d’habitation aux propriétaires des lieux. C’est ici que Dame Isabelle décida de nous conter l’histoire des lieux…

 

Les premières traces du château, alors baptisé « de La Roche Goyon », du nom de la famille qui le fit ériger,   remontent au XIVème siècle. En tout état de cause il existait en 1379 puisque c’est au cours de cette année, alors que le roi Charles V tentait d’annexer la Bretagne au Royaume de France, qu’il fût assiégé par Bertrand du Guesclin. Finalement capturé, il fût rendu à ses propriétaires en 1381, à l’issue du second traité de Guérande qui entérinait la restitution du duché à Jean IV en échange d’un hommage au roi de France, du versement d’une indemnité (…) et au renvoi des conseillers Anglais qui entretenaient la discorde.

Le château fut une nouvelle fois assiégé en 1597, cette fois-ci lors des guerres de religion, alors que Jacques II Goyon avait pris le parti d’Henri IV,  où des Ligueurs aux ordres d’un certain Saint-Laurent, lui-même comparse du duc de Mercœur, parvinrent à l’assaillir. La forteresse, désignée dés cette époque sous le nom de « la Latte », fût complètement ravagée. Pillée, incendiée et en partie démantelée, puisque seul le donjon fût épargné, elle fut même un temps abandonnée. Et ce n’est qu’en  1690 que l’ingénieur Jean-Siméon Garangeau, alors missionné par le roi Louis XIV pour fortifier les côtes Bretonnes et tout particulièrement le port de Saint-Malo, fît renaitre le château de ses ruines.

Le fort servira d’ailleurs jusqu’à la fin du Premier Empire – il fit d’ailleurs l’objet de la convoitise des Royalistes Malouins en 1815… – où, surclassé par les progrès de l’artillerie, il perdra progressivement son rôle stratégique et militaire. A partir de 1892, il passa entre les mains de plusieurs propriétaires privés pour finir entre celles d’un historien passionné, Frédéric Joüon des Longrais, en 1931. Ce dernier entreprit un long travail de restauration qui aboutit, en 1950, à l’édifice que nous connaissons aujourd’hui…

 

Bon en ce qui me concerne, je trouve ce château magnifique. Et contrairement à toutes les fortifications que j’ai pu visiter en Bretagne,  Saint-Malo, Concarneau, Port-Louis où même la Tour Vauban de Camaret, il a su conserver un aspect terriblement moyenâgeux. On y ressent vraiment très peu la patte de Garangeau   et, au détour du chemin de ronde, on s’attend bien plus à voir surgir des vikings ou des assaillants en armure que des corsaires ou des soldats en tricorne…

La visite s’est ensuite poursuivit par un passage aux abords du jardin des plantes médicinales et aromatiques, lui aussi aménagé dans un esprit très médiéval, jusqu’au four à rougir les boulets, apparemment plutôt rare en France.

Alors pour la petite anecdote, il semblerait que ce genre d’installation n’ait jamais été réellement utilisé. En effet, si à l’instar des feux grégeois, l’idée de pouvoir incendier un navire à distance parait excellente, techniquement le risque de voir exploser le fût du canon en y plaçant un boulet incandescent au contact de la poudre n’est pas négligeable. Et puis surtout, vu le temps qu’il fallait pour mettre en œuvre le four et surchauffer un boulet à la température idéale, il y a fort à parier que le vaisseau ennemi avait déjà filé… à l’Anglaise…

La visite s’acheva par la batterie basse qui s’ouvre sur le grand large, avec le cap Fréhel en ligne de mire de son canon naval de 18 et, bien entendu, l’incontournable donjon ; vertigineux donjon au sommet duquel on peut se rendre compte de l’aspect extrêmement escarpé des lieux. De là-haut, où que le regard se porte, on se sent happer par le vide, au milieu des rochers baignés par l’onde azuréenne.

Pour conclure, Dame Isabelle, nous expliqua que l’écrin du fort la Latte avait servit de décor à de nombreuses productions, notamment aux films «Les Vikings » (1958) avec Kirk Douglas, plus proche de nous « Chouans !» (1988) avec Sophie Marceau, Philippe Noiret et Lambert Wilson, à la série télévisée « L’Epervier » (2011) ou encore, au clip de Manau, « La Tribu de Dana » (1998).

Bref, la visite du fort la Latte fût pour nous, aussi bien ma chère et tendre que nos enfants, une journée particulièrement dépaysante et riche en enseignement. A n’en pas douter, nous y retournerons un jour !!!    

 Copyright © 2017-2020 – Arthur Le Roy / Le Cœur en Bretagne