Balade au sommet du Ménez-Hom

S’il est un lieu que je trouve tout particulièrement magique en Bretagne, c’est bien le Ménez-Hom, cette montagne du bout du monde…

Alors bien sûr, du haut de ses 329 m, certains le qualifieront avec ironie, et peut-être parfois même avec dédain, de simple colline. Pourtant, aux standards Bretons et au regard du prodigieux panorama qu’il nous offre depuis son sommet, le Ménez-Hom est bien une montagne, et quelle montagne !!!

 

En effet, situé à l’extrême ouest de la chaîne des Montagnes Noires, le Yed – le guet en Breton… – comme on le surnomme dans le pays, s’érige en véritable sentinelle de la pointe Finistère, côté mer comme côté terre.

Constituée de grés armoricain que les locaux prétendent volontiers indestructible, sa silhouette caractéristique, une double croupe complètement chauve, se distingue à plus de 20 kilomètres à la ronde. L’accès au sommet  se fait très facilement et par temps clair, il se dit que l’on peut y contempler  une cinquantaine de clochers… jusqu’à la pointe Saint-Mathieu et même  l’île d’Ouessant !

Ceci-dit, ce n’est pas la première chose qui frappe en arrivant. Fortement exposé aux vents du large, avec sa végétation rase, pour ne pas dire désolée, à base de bruyère et d’herbes folles, je dirais même que de prime abord l’endroit n’est pas des plus accueillants. D’autant plus que chaque fois que j’y suis allé, le ciel était plutôt bas… et pourtant, il émane des lieux un charme tout particulier, une force tellurique, une âme, très certainement liés à son passé de montagne sacrée, ce qui tombe bien puisque c’est justement sa signification en Breton ! Jadis les druides pratiquaient ici le culte solaire, en hommage au dieu Belen.

Témoignage de cette foi, une tête en bronze représentant Brigit, la déesse celte de la guerre, de la magie et des arts fut découverte sur ses flancs en 1913. Le corps de la statue fut quant à lui retrouvé en 1928. Connu sous le nom de « Déesse du Ménez-Hom » l’ensemble est aujourd’hui précieusement conservé   au musée de Bretagne, à Rennes.

C’est également sur ses pentes que, selon la légende relayée par Anatole Le Braz, le roi Marc’h, valeureux guerrier aux oreilles de cheval mais aux mœurs peu avouables, serait enterré. Plus précisément sous un cairn baptisé Bern-Mein. Malgré sa débauche, il semble que notre homme vénérait tout particulièrement la Vierge Marie et ce serait lui qui aurait fondé la première chapelle Sainte-Marie-du-Ménez-Hom, à mi-distance du sommet. Grâce à cette dévotion, Dieu lui épargna la damnation mais en contrepartie, il fût enseveli sur le versant opposé de son œuvre avec pour condition que « son âme devra demeurer dans sa tombe jusqu’à ce que le tas de pierres qui la recouvre soit assez haut pour permettre au roi Marc’h de contempler le clocher de sa chapelle ».

A titre purement informatif, pour celles et ceux qui ne seraient pas aux faits (…), le roi Marc’h n’est autre que l’oncle du non-moins célèbre Tristan. C’est d’ailleurs lui qui jeta son neveu dans les bras de la belle Iseut, dans cette histoire d’amours impossibles que l’on connait aujourd’hui…

Toujours au rayon mythologie, on raconte que durant la nuit du 15 août, le dahu fait le tour du Ménez-Hom et que celui qui parviendra à le capturer deviendra extrêmement riche. Pour la petite anecdote, il semblerait que le dahu soit un animal qui ressemble vaguement à un loup. Et comme il fait toujours le tour de la montagne dans le même sens, il aurait les pattes plus courtes du côté de la contrepente. Du coup, il suffirait de le héler pour qu’il se retourne et bascule… en tout cas, c’est ce qu’on nous conseillait de faire chez les Éclaireurs de France !!!...

Ce qui est certain, c’est que le Ménez-Hom vit son dernier loup mis hors d’état de nuire le 23 janvier 1903. Baptisé « Petit Bleu », il s’agissait d’un vieux mâle solitaire qui, au détour d’un chemin où il avait ses habitudes, fût piégé par un certain Le Bihan de Plougastel-Daoulas.

 

Par delà la religion et les légendes, le Ménez-Hom est également  très riche sur le plan historique.  Et s’il est surnommé le Yed (…), ce n’est pas par hasard. En effet, dés l’époque des incursions vikings, puis celles des pirates au 15ième siècle et enfin, celles des Anglais, son sommet servit de vigie. En cas d’attaque signalée depuis Ouessant, un brasier y était allumé afin d’alerter les populations locales qui, de loin en loin, se transmettaient l’information par le même biais. Ainsi un feu était allumé au sommet des Monts d’Arrée, peut-être au Mont-Saint-Michel de Brasparts, et un autre dans les Montagnes Noires, plus précisément au Karreg an Tan, piton rocheux culminant à 281 m d’altitude, d’où son nom en Français « la Roche du Feu »…

Plus proche de nous, en août 1944, l’endroit fût le théâtre de rudes combats. Les troupes Allemandes, en l’espèce 15.000 hommes aux ordres du général Ramcke, s’étant retranchées sur la presqu’île de Crozon, le Ménez-Hom devint le verrou de leur défense. Et ce n’est pas moins de 2.000 FFI (Forces Françaises de l’Intérieur) et autres FTP (Francs-Tireurs et Partisans) qui durent déloger l’ennemi tapi dans quelques abris bétonnés et des tranchées dont on peu encore observer les traces dans la lande, autour du sommet. Et finalement, le 1ier septembre, vers 13H00, après la reddition de 87 Osttruppen – dont  3 officiers – et la fuite de tous leurs coreligionnaires vers Crozon, c’est le résistant Henri Birrien de Châteauneuf-du-Faou qui y planta le drapeau tricolore…

 

Mais le plus saisissant au sommet du Yed, c’est encore le paysage. Même lorsque le ciel se couvre – ici on dit : « Eman Sant Kom oc’h aozan krampouz », ou Saint-Côme qui fait des crêpes… – et les vents dominants se lèvent, il est juste somptueux !

Étant gosse, n’avez-vous jamais imaginé, au dessus de votre cahier d’écolier, survoler la carte de France et arrivé ici, au bout du monde, vous demander à quoi pouvait bien ressembler, à tire-d’aile, cette pointe lancée tel un défi vers les Amériques ? Moi, oui !!! Et bien, en élevant le regard, c’est exactement ce que vous permet de découvrir le Ménez-Hom, non sans un certain bonheur teinté de ce curieux souvenir d’enfance…

Au sud, par-delà la croupe du Petit Ménez-Hom, s’étend la baie de Douarnenez, avec ses plages de sable clair que l’on devine balayées par les flots, barrée au loin par le cap Sizun dont on peut suivre la ligne massive jusqu’à la mythique pointe du Raz.

Plein ouest, l’omniprésente baie de Douarnenez longe une côte échancrée jusqu’au cap de la Chèvre, l’une des trois branches de la presqu’île de Crozon ; cette croix dont on peut aisément deviner la forme depuis notre promontoire. C’est peut-être dans cette direction que le panorama est le plus spectaculaire

Au nord, par delà la forêt communale de Trégarvan qui fût victime d’un terrible incendie en 2006 et qui, accessoirement, paraît toute petite en contrebas, la vue embrasse les derniers méandres de l’Aulne qui, passée les remarquables piles du pont de Térénez, devient maritime. Plus loin, on devine la presqu’île de Plougastel et la rade de Brest qui prend la forme d’une lame de couteau, jusqu’à une pointe qui doit effectivement être celle de Saint-Mathieu… en tout cas, nous sommes déjà dans le Léon !!!

Enfin, à l’est, s’étire paresseusement l’argoat avec un village niché par-ci, un petit champ d’éoliennes par-là, et le Parc Naturel Régional d’Armorique, verdoyant et délicatement vallonné. Au-dessus du bassin de Châteaulin, on peut apercevoir les Monts d’Arrée tandis que plus au sud se dessinent les Montagnes Noires. De ce point de vue on se plait à rêver que derrière nous se déploie tout le Finistère, les Côtes d’Armor, le Morbihan, l’Ille-et-Vilaine et, par delà les marches de Bretagne – à 240 kilomètres à vol d’oiseau… – toute la France et la vieille Europe, rien que ça…

C’est certainement pour cette raison que le site est devenu un spot pour les adeptes de parapente, de deltaplane et même d’aéromodélisme.

 

J’ose vous le dire messieurs-dames : au sommet du Ménez-Hom vous êtes le roi du monde !!!

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