A la découverte du Mont-Saint-Michel

Un vieux dicton dit : « dans sa folie, le Couesnon à mis le Mont en Normandie, quand il recouvrera la raison, il le rendra aux Bretons ! »…

Bref, le Mont-Saint-Michel est aujourd’hui Normand, c’est un fait ! Ceci-dit, il fut un temps Breton. Plus précisément de 867, lorsque le roi Salomon en pris possession lors du traité de Compiègne, jusqu’en 1009, où de guerre lasse, il repassa sous le contrôle des Normands. La frontière britto-normande qui était jusque-là matérialisée par la Sélune, un petit fleuve côtier débouchant à l’est du Mont, est déplacée sur le Couesnon, un cours d’eau né en Mayenne, et qui après avoir sillonné l’Ille-et-Vilaine, achève sa course dans la Manche, à l’ouest du Mont. Et puis, même s’il ne compte plus parmi ses merveilles (…), de par sa proximité, le Mont-Saint-Michel reste une figure familière des Bretons...

 

A l’origine, il y a le Mont Tombe, un rocher granitique de 900 m de circonférence et culminant à 78 m d’altitude, posé au milieu de l’estran, semblable à celui de Tombelaine que l’on peut voir aujourd’hui ; et puis il y a une rencontre en l’an de grâce 708, celle de l’archange Saint-Michel, le pourfendeur de dragons, et Aubert, évêque d’Avranches, à qui il demanda d élever un oratoire ici-bas.   La visite de l’archange eut lieu la nuit du 16 octobre 708 mais il faudra qu’il revienne à deux reprises pour qu’Aubert, incrédule, obtempère. C’est d’ailleurs pour attester de ces rencontres que Saint-Michel apposa son doigt sur le crâne du religieux et y occasionna un trou encore bien visible sur la relique exposée en l’église Saint-Gervais d’Avranches.

L’évêque fit alors quérir les reliques de l’archange – un fragment d’étoffe et un morceau de marbre provenant d’un autel – en Italie. Puis en 709, il fonda au sommet du rocher un premier sanctuaire abritant 12 chanoines chargés de recevoir les premiers pèlerins.

A l’époque, l’usage voulait qu’il faille approcher les reliques  d’un saint pour faire pénitence, sauver son âme où obtenir quelques bienfaits. Plus prosaïquement, la plupart des gens étant fort pauvres, rien ne les rattachait à un endroit en particulier et ils avaient tout aussi bon compte de sillonner les routes, d’autant plus que le gîte et le couvert leur était gracieusement offert dans les hospices. Ainsi, pour atteindre le Mont-Saint-Michel, des croix dites « montoises » furent érigées afin de guider le pèlerin…

 

En 1023, la chapelle Notre-Dame-sous-Terre, datée de 970 –le plus ancien édifice que l’on puisse actuellement trouver sur le Mont – est recouverte pour servir de fondation à différents édifices, à commencer par un imposant monastère voulu par le duc de Normandie et censé rivaliser avec Saint-Jacques-de-Compostelle. Aujourd’hui, elle se trouve ensevelie sous le parvis de l’abbatiale, véritable chef d’œuvre de l’art roman. Cette dernière, entièrement bâtie en granit des îles Chausey, est littéralement suspendue dans le vide, au sommet du rocher, et astucieusement assise sur deux cryptes.  

Situé aux confins du monde Chrétien, avec sa silhouette pyramidale dressée entre ciel et mer, le Mont-Saint-Michel fascine et attire inexorablement les foules. Le charisme de son Saint patron, principal adversaire du diable, finit de galvaniser les croyants. Ainsi, la communauté monastique est  régulièrement débordée par l’afflux de visiteurs. Attirés par une pareille manne, des commerçants établissent leurs échoppes au pied du rocher. Et pour accueillir toujours plus de pèlerins, c’est en 1211 que l’abbé Raoul des Isles fait réaliser, sur le versant nord, face aux vents du large, un majestueux complexe de six vastes salles étagées sur trois niveaux : la fameuse Merveille !!!

Durant la Guerre de Cents Ans, le Mont-Saint-Michel est le dernier territoire Normand à résister à l’envahisseur Anglais. Régulièrement, sa garnison estimée entre 500 et 800 combattants mène des raids jusqu’à Bayeux. Mais de par sa situation, avec la mer salvatrice qui vient l’envelopper deux fois par jours, il n’est pas aisé de monter un siège efficace autour du Mont. Qui plus est, sous la houlette de l’abbé Robert Jollivet, les moines on su le protéger derrière de solides fortifications à l’épreuve des boulets et parfois épaisses de 4 mètres. Enfin, la forteresse est régulièrement ravitaillée par les marins de Saint-Malo qui finiront même par mettre en déroute une flotte ennemie venue mettre le holà. Malgré tout, les Anglais entretiennent un poste avancé sur Tombelaine ainsi qu’un campement à Ardevon, bourgade aujourd’hui intégrée à la commune de Pontorson. Et, contre toute attente, profitant d’une marée de mortes-eaux, sous le commandement de Thomas de Scales ils  passent à l’attaque à l’aube du 17 juin 1434. En vain !!! Il reste de ce jour victorieux deux trophées exposés dans la cour de l’Avancée…

C’est également durant cette période troublée, en 1421, que le chœur roman de l’abbatiale s’écroule. Il sera avantageusement remplacé par un bijou de l’art gothique  flamboyant ; un ouvrage extrêmement sophistiqué, tant sur le plan technique que celui de l’esthétique, dont la construction s’achève en 1521.

Vers 1470, alors que l’aura du Mont commence à décliner, Louis XI décide d’y faire enfermer ses opposants politiques dans des cages en fer surnommées « fillettes ». Aux côtés des soldats présents sur le site depuis la Guerre de Cent Ans, les moines s’improvisent alors geôliers…

Ce rôle contre-nature s’accentuera jusqu’au 18ième siècle. Rebaptisé Mont-Libre à la Révolution Française, l’abbaye deviendra même l’une des prisons les plus sordides du pays ! En 1791, les derniers moines quittent l’abbaye tandis qu’en 1793, elle accueille ses premiers détenus, essentiellement des prêtres réfractaires qui seront rapidement remplacés par des prisonniers de droit commun, hommes, femmes, vieillards et… enfants ! Jusqu’à 700 captifs s’y entasseront simultanément, des entrailles de l’abbaye jusqu’au cloître, et ce dans des conditions sanitaires effroyables. En 70 ans d’activité, plus de 14.000 prisonniers, dont certains « hôtes prestigieux » comme Armand Barbès ou Louis Auguste Blanqui, s’y succéderont : un véritable enfer au royaume de l’archange Saint-Michel !!!

C’est Napoléon III qui, en 1863, met un terme à ce statut carcéral qui – là est tout le paradoxe – a vraisemblablement sauvé l’édifice de la ruine, du pillage et peut-être même du démantèlement…

En 1874, le Mont est classé monument historique et à ce titre, il fait l’objet d’une remarquable campagne de restauration. C’est à cette époque que la flèche néo-gothique que l’on connait aujourd’hui vient parfaire la silhouette de l’abbatiale. Et, en 1897, la statue monumentale – elle mesure 4 m de haut… – de l’archange Saint-Michel, déployant ses ailes tout en terrassant un dragon, vient la coiffer. Il s’agit en fait d’un paratonnerre destiné à la protéger des affres de la foudre. Car il faut savoir qu’au cours de son existence, l’abbaye a été frappée par une douzaine d’incendies !!!

En 1922, le culte est restauré. En 1966, une communauté de moines Bénédictins réinvestit les lieux, jusqu’en 2001, où elle est remplacée par des frères et des sœurs de l’Ordre de Jérusalem qui assurent désormais les offices.

Consacré au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1979, le Mont-Saint-Michel est à ce jour le 3ième monument le plus visité de France après la Tour Eiffel et le château de Versailles. Avec une population permanente de seulement 30 habitants, religieux inclus, il accueille en moyenne 3 millions de visiteurs par an dont 1.200.000 franchissent les portes de la Merveille, après s’être acquittés d’un billet d’entrée et avoir gravi les 350 marches du Grand Degré…

 

Personnellement, nous sommes allés à deux reprises au Mont-Saint-Michel et nous en gardons un souvenir impérissable ! Passé le côté attrape-touriste – il faut hélas admettre que la restauration y est médiocre et qu’il s’y vend énormément de pacotille – c’est un lieu vraiment unique !!! Tout vous entraîne à la verticale et même si ça a un coût (…), il faut absolument visiter la Merveille.

Depuis le parvis de l’abbatiale, le panorama est à couper le souffle. Par delà les près salés où paissent agneaux et moutons,  la vue embrasse la Bretagne jusqu’à Cancale et la pointe du Grouin en passant par le Mont-Dol, les côtes du Cotentin jusqu’à la pointe de Champeaux et surtout l’une des plus belles baies du monde ! Même par temps couvert, il y règne une lumière insolente, un sentiment de bien-être absolu et on a réellement l’impression de tutoyer les cieux, et pourquoi pas les Dieux !!!

L’autre instant magique, c’est lorsque la foule décroit et que depuis les remparts, vous assistez au retour de la mer. Une vague d’humidité vient soudain vous happer, bientôt accompagnée par un murmure : celui du flot  qui ruisselle aux pieds des fortifications jusqu’à ce que l’onde ait repris ses droits. Elle ne remonte certes pas à la vitesse d’un cheval au galop comme le prétend la légende, mais ça reste un spectacle mémorable !!!

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