Le Mont-Saint-Michel-de-Brasparts

Situé dans les Mont d’Arrée, au milieu des rocs acérés et des landes arides, le Mont-Saint-Michel-de-Brasparts  – ou Ménez Mikael-an-Are en Breton – en est un sommet parmi les plus emblématiques.

Culminant à 381 m d’altitude, sa croupe désolée, simplement couronnée d’une petite chapelle, domine un vaste panorama, à commencer par le  Yeun Elez, une importante dépression marécageuse où vagabondent les légendes parmi les plus sombres de Bretagne…  

 

Jadis, les celtes y vénéraient le culte solaire mais c’est en 1672 qu’est prise la décision d’ériger une chapelle dédiée à l’archange Saint-Michel sur ce qui est encore baptisé la motte de Cronon, ou Ménez Kronan en Breton ; ceci pour le remercier d’avoir éradiqué une épidémie de peste dans la contrée. De là est issue une première légende qui veut que ses premières pierres furent transportées à dos d’homme. La tâche étant particulièrement harassante, ces derniers désertèrent rapidement le chantier. Faute de matériaux, les ouvriers durent cesser le travail. Regagnant la vallée, leur chemin croisa celui d’un paysan charroyant du foin. Offusqué par la situation, le brave homme leur ordonna de remonter en indiquant que dans l’heure, ils auraient toutes les pierres nécessaires pour accomplir leur œuvre. Et effectivement, en moins de temps qu’il ne faut pour le dire, le paysan et son chargement de moellons gravirent les flancs escarpés du mont, là-même où jamais un cheval n’avait posé le sabot ! A n’en pas douter, le Saint en personne  venait d’aider ses ouailles…

Quoi qu’il  en soit, la chapelle fut consacrée le 29 septembre 1677, jour de la Saint-Michel, et ce avant même que sa construction ne soit achevée puisqu’on estime qu’elle le fut seulement en 1679. Il semblerait qu’elle fut très fréquentée lors des premières décennies, notamment par les bergers qui menaient leurs moutons en pâture dans le secteur. Elle servit même de refuge à certains, d’où le surnom qui lui fut donné : « la chapelle des bergers »

Mais les superstitions allant bon train dans le pays, la rumeur se répand que les démons chassés du corps des hommes seraient enchaînés dans un cercle magique au sommet du mont, et que les imprudents qui mettraient un pied dans ce cercle seraient condamnés à courir toute la nuit jusqu’à trépas. Il y a également la légende du chien noir, une créature nocturne personnifiant les âmes des défunts ne pouvant prétendre gagner le paradis et dont la rencontre serait présage de mort prochaine. Ici, on raconte que le chien noir erre sur les flancs du Ménez Mikael-an-Are en attendant d’aller se perdre dans le Youdig, la porte des enfers que l’on situe au cœur du fameux Yeun Elez.

Aussi, la chapelle se trouve complètement abandonnée lorsque survient la Révolution Française. Son intérieur est pillé et son autel retourné. Certains récupèrent des pans de sa charpente réputés protéger des vents mauvais, de la foudre et de l’incendie. Bref, le monument est dans un tel état de délabrement qu’après une restauration entreprise en 1820, il est reconsacré en juillet 1821 !

En 1842, une maisonnette servant d’abri aux pèlerins lui est adjointe. A partir de 1902, on vient prier Saint-Michel afin d’obtenir le beau temps lors des récoltes, pour le salut des malades et des infirmes. A cette époque des béquilles étaient d’ailleurs régulièrement accrochées aux murs en guise d’ex-voto ! Durant la première Guerre Mondiale, on vient y implorer le Saint patron  pour le retour de la paix et des soldats au foyer.

Lors de la Seconde Guerre Mondiale, l’occupant Allemand épargne la petite chapelle mais utilise les pierres de l’abri du pèlerin pour construire le socle d’un radar ; en fait un gigantesque système – 28 m de haut et 35 m de large pour un poids de 120 tonnes – de radionavigation Bernarht destiné à guider les appareils de la Luftwaffe. Il en reste aujourd’hui quelques vestiges dont la trace des rails – un cercle de 22 m de diamètre parfaitement visible depuis les airs – qui permettaient d’orienter le système et deux bunkers enterrés aux abords de la chapelle.

A noter qu’en 1974, le Mont-Saint-Michel-de-Brasparts est le théâtre du premier vol libre effectué en Bretagne. De nombreux adeptes de parapente et de deltaplane s’y adonnent encore aux beaux jours…

 

Aujourd’hui, si l’édifice n’offre que peu d’intérêt architectural, si ce n’est celui d’apporter un certain cachet au lieu et de le rehausser artificiellement à l’altitude de  391 m, il n’en demeure pas moins que le Mont-Saint-Michel reste un incontournable de l’argoat. Et lorsque la cime n’est pas noyée par la brume, on peut parait-il embrasser l’horizon du pont de l’Iroise, à l’ouest, jusqu’aux clochers de Saint-Pol-de-Léon, au nord !!!

Au sud, on peut y contempler les arêtes tourmentées des Montagnes Noires. Quant à l’est, on trouve le massif granitique de Huelgoat et surtout le Yeun Elez, en partie occupé par le lac de Brennilis depuis 1937. Ce plan d’eau de 450 hectares, aussi appelé lac ou réservoir Saint-Michel, c’est ni plus, ni moins l’emplacement du Youdig, une mare sans fond, la porte de l’enfer précédemment évoquée…

Il faut dire qu’à la base, l’endroit est plutôt sombre et emprunt de solitude. Il est aussi bon de rappeler qu’il s’agit d’une zone marécageuse, avec parfois ses relents nauséabondes et ses bruits angoissants,  notamment le cri des butors – des échassiers de la famille des  hérons – qui a pu jadis faire penser à celui des âmes damnées. Sans compter le phénomène de feux follets, en fait la foudre qui embrasait la végétation recouvrant la tourbe. Ces incendies que les anciens croyaient spontanés duraient parfois des mois, la tourbe se consumant fort lentement, et seule une pluie conséquente pouvait en venir à bout. Ce phénomène c’est notamment produit en 1917, en 1926 et plus récemment en 1968. Tout ceci a contribué  à forger les légendes qui ont cours dans le pays.

Mais outre ces histoires à glacer le sang, en raison du manque d’arbre dans la région, on y a longtemps extrait la tourbe qui après séchage, servait pour le chauffage. C’était d’ailleurs un excellent combustible, plus profitable que le bois. En revanche son odeur était extrêmement âcre, à tel point que lorsque les « montagnards » débarquaient en ville, notamment sur les marchés du Léon, on les identifiait immédiatement grâce à ce bouquet si particulier qui imprégnait leurs vêtements !

Depuis, les tourbières ont été en grande partie submergées par les eaux du lac de Brennilis, sur les berges duquel a été construite une centrale nucléaire  entre  1962 et 1967. Unique en son genre, son réacteur expérimental fonctionnait à l’uranium faiblement enrichi, modéré à l’eau lourde et refroidi au gaz carbonique. Depuis 1985, elle est en cours de démantèlement. C’est d’ailleurs la première centrale Française à subir ce genre d’opération qui semble faite pour durer dans le temps… comme toutes ces légendes qui l’entourent !

 Copyright © 2017-2019 – Arthur Le Roy / Le Cœur en Bretagne