Le phare de Men Ruz

Si d’emblée, je vous parle du phare de Men Ruz, peut-être aurez vous du mal à voir duquel il s’agit. En revanche, si maintenant je vous dis « Ploumanac’h », tout de suite vous visionnez la célèbre petite tour de granit rose perchée au milieu des rochers aux formes fantastiques ; un phare devenu l’icône des lieux et vraisemblablement l’un des plus photographiés de France…

Pour la petite anecdote, si son nom usuel lui vient de la commune voisine de Ploumanac’h, son nom officiel, Men Ruz ou encore Mean Ruz, signifie « pierre rouge » en Breton… logique n’est-ce pas ?

Le premier phare fut érigé en ces lieux entre 1858 et 1860. Il s’agissait à l’origine d’une modeste maison-phare bâtie en granit gris de l’Île Grande et coiffée d’un toit composé de plaques de zinc qui vibraient énormément lors des tempêtes. Les fuites étaient nombreuses et le logement assez spartiate puisqu’il ne contenait que deux chambres destinées à accueillir le gardien et sa famille. Un peu plus tard y fut ajouté un appentis destiné à abriter la cuisine.

 

Avec une hauteur de 12 m à sa base, la tour supportant la lanterne s’élevait 21 m au dessus des flots. A son sommet était installée une lampe à huile à mèche unique, un modèle plutôt rudimentaire semblable à celui qu’utilisaient nos grands-parents. Son rôle était de signaler le port et l’entrée de la rade de Perros-Guirec.

Si pour ses locataires l’endroit est des plus inconfortables, il n’empêche qu’avec son arche jetée entre les rochers roses, sa vue imprenable sur la côte de granit, le château de Costaérès, l’île Renote et l’archipel des Sept-Îles, à la belle saison, il enchante les estivants venus en train jusqu’à Lannion.

Le 4 aout 1944, comme nombre de ses semblables au moment de la libération, la maison-phare de Men Ruz fut dynamitée par les Allemands. Il faut savoir que les Côtes d’Armor (alors appelées Côtes du Nord) fut le département littoral le plus touché par ces destructions dans la mesure où la plupart de ses feux furent sabotés par l’occupant…

 

Le phare actuel fut reconstruit en 1948. Fini la maisonnette insalubre ! En lieu et place fut élevée une simple tour pyramidale, haute de 15 m, et maçonnée en pierres apparentes de granit rose, façon donjon crénelé. C’est celle-ci que l’on retrouve sur la plupart des cartes postales et des dépliants touristiques du secteur.

Electrifié en 1980, sa portée actuelle est de 12 milles, soit 22 kilomètres.

L’intérieur, quant à lui, est orné de mosaïques signées par l’artiste Rennais Isidore Odorico. L’ensemble est extrêmement pittoresque et d’autant plus prisé du public…

A noté qu’en vis à vis du phare se trouve un petit bâtiment que les touristes ont tendance à prendre pour une chapelle. Il est vrai que de loin, sa façade ouvragée porte à confusion, sauf qu’à bien y regarder elle est ornée de gargouilles mais aussi de diablotins !!! Cette construction n’a en fait aucune vocation religieuse : il s’agit d’une simple remise à bateaux. Désolé de briser ainsi le mythe…

 

En ce qui me concerne, et même si j’ai hélas égaré toute les photos que j’en avais fait, j’en conserve un excellent souvenir. Je revois encore sa silhouette rose se détachant sous un soleil éclatant, la réverbération de la chaleur sur les rochers, face à la mer turquoise, le murmure du clapot en fond sonore et ce petit parfum iodé qui vous chatouille les narines. Chemin faisant le long du sentier des douaniers, je me souviens également que nous avions assisté au départ de la vedette de la S.N.S.M de Ploumanac’h dont l’abri se trouve à quelques centaines de mètres.

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