Visite du Sagittaire à Concarneau

La Bretagne regorge de surprises, encore faut-il être parfois à l’affût pour saisir l’opportunité au vol. C’est précisément ce qui nous est arrivé l’an dernier, lors de notre séjour à Concarneau.

En effet, c’est en laissant traîner l’oreille que j’ai appris que dans le cadre du festival des Filets Bleus, le Sagittaire faisait escale dans l’arrière-port et que pour l’occasion, il était exceptionnellement possible de le visiter. Sachant que c’était pour une durée très limitée et sur des créneaux horaires plutôt restrictifs, il nous a donc fallu chambouler notre programme à la dernière minute… surtout lorsqu’on sait qu’en Bretagne, l’adage « avant l’heure c’est pas l’heure, après l’heure c’est trop tard ! » est parfaitement de rigueur !

C’est donc sous un soleil de plomb, par 32° (si si je vous assure, la veille une visiteuse avait même fait un malaise à bord et pour le coup, l’équipage était aux petits soins en distribuant des bouteilles de Sainte-Alix à qui en voulait…) que nous avons rejoint le quai Est. Au pied de la passerelle d’embarquement nous attendait notre guide : le quartier-maître de 1ière classe Chénier.

 

Mais qu’est ce que le Sagittaire au juste ?

Alors le Sagittaire est un petit bâtiment de la Marine Nationale, plus précisément un CMT pour Chasseur de Mines Tripartite (c'est-à-dire qu’il est le fruit de la coopération entre trois nations que sont les Pays-Bas, la Belgique et bien entendu la France). Son numéro de coque est M650, son port d’attache est Brest et sa ville marraine n’est autre que… Concarneau !!! Etonnant non ?

Long de 51,50 m et large de 8,90 m au maître-bau (c'est-à-dire à son endroit le plus large, à son embonpoint si vous préférez…), il embarque 50 membres équipages dont 6 plongeurs-démineurs.

Il faut également préciser que le Sagittaire n’est pas un navire de guerre mais un navire militaire ; la subtilité réside dans le fait qu’il n’est pas conçu pour porter le feu mais plus pacifiquement, pour chasser les mines qui représentent encore aujourd’hui un danger considérable pour la navigation. Et bien que ses deux mitrailleuses de 12,7 mm soient affectueusement (…) surnommées « machines à découdre » et que son canon de 20 mm soit capable de faire des trous de la taille d’une balle de golf dans la coque de n’importe quel navire de commerce, son armement est exclusivement destiné à sa défense rapprochée.

 

Le quartier-maître de 1ière classe Chénier à donc longuement insisté sur la mission essentielle de son bâtiment : les mines…

Il faut savoir que la Marine Nationale compte actuellement dans ses rangs 11 CMT (3 en Méditerranée et 8 en Atlantique dont notre sujet…) et d’après notre guide, si on voulait retirer toutes les mines qui se trouvent dans nos eaux territoriales depuis la 2ème Guerre Mondiale, essentiellement sur la façade Atlantique-Manche-Mer du Nord, il faudrait une centaine d’années, en travaillant nuit et jour, pour  que cette flottille en vienne à bout… incroyable non ?

Il nous à toutefois rassuré en nous indiquant que les plus dangereuses, à savoir les mines dérivantes et celles à orins (vous savez, les espèces de hérissons qu’on voit dans les films…) ont pour la plupart toutes été détruites. Il reste majoritairement des mines de fond que les chalutiers remontent hélas régulièrement dans leurs filets…

 

Pour combattre les mines, le Sagittaire est équipé d’une coque amagnétique (forcément…), c'est-à-dire en composite verre/résine polyester. En contrepartie, il est extrêmement vulnérable à tous type de munitions, y compris les plus légères.

Son rôle est de ratisser une zone prédéfinie, à vitesse très réduite afin de détecter, à l’aide de son sonar, le moindre objet suspect sous la surface de l’eau. C’est un véritable travail de fourmi qui se fait quasiment de manière artisanale puisqu’à chaque objet détecté, les plongeurs où les poissons autopropulsés, en fait de petits sous-marins filoguidés (si celui-ci est situé au-delà des 60 m de profondeur…), sont mis à l’eau pour aller l’identifier. S’il s’agit d’une mine, en fonction de sa dangerosité, soit elle est détruite immédiatement, soit elle est signalée et neutralisée ultérieurement. La neutralisation, quant à elle, consiste simplement à déposer une charge explosive sur la mine et de s’éloigner le plus loin et le plus vite possible, c’est pourquoi les CMT sont dotés de motorisations plutôt véloces.

 

Après avoir parcouru les deux ponts principaux de long en large, notre visite s’est achevée par un passage par la passerelle, centre névralgique du navire, où le bosco nous a reçu pour conclure la visite.

Ce personnage au verbe haut nous a expliqué que le Sagittaire effectuait des campagnes de 15 jours en mer, en fait ce que lui permet son autonomie en vivres et en carburant. Ceci-dit, en cas de crise majeure, et donc en étant ravitailler régulièrement, il peut voguer jusqu’à deux mois. C’est ce qu’il a fait récemment en rejoignant le Golfe Persique où en participant à des opérations en mer Baltique pour dénicher quelques mines malencontreusement « égarées » (hum ! hum !!!) par les Russes…

En dehors de ces missions de coopération internationale, les CMT sont également chargés d’ouvrir la route aux navires de guerre, notamment au porte-avion Charles de Gaulle et aux sous-marins de l’île Longue, dans le goulet de Brest ou dans les passages étroits et incontournables dans lesquels le danger des mines peut ressurgir à tout instant…

Plus glauque mais ô combien indispensable, de par leurs équipements, les CMT sont également mis à contribution dans la recherche d’épaves et la récupération de corps lors de naufrages où de catastrophes aériennes. Notre homme ne s’est pas attardé sur le sujet mais à en juger par son regard soudainement obscurci derrière ses lunettes de soleil, il l’avait déjà fait…

 

En tout cas, cette visite totalement impromptue fût pour nous mémorable, tant par son originalité que par la décontraction de nos hôtes, le tout sous un ciel d’un bleu éclatant vierge de tout nuage.

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