Le tombeau de Merlin et la fontaine de Jouvence

Aujourd’hui, nous retournons en forêt de Brocéliande, sur les traces de Merlin l’enchanteur, afin de nous recueillir sur sa sépulture et faire une petite boucle qu’empruntait vraisemblablement le vieil ermite…

 

Déjà, pour celles et ceux qui auraient raté une étape, il est peut-être bon de rappeler qui est Merlin ? Pour faire simple, il s’agit d’un personnage issu de la mythologie celte, mage de son état, qui serait né de l’union incestueux entre une brave paysanne et un démon. Rien que ça !!! Doué des pouvoirs de divination, de métamorphose, de communication avec les animaux et la nature, et bien entendu d’enchantement, c’est lui qui grâce à ses sortilèges, permet la naissance d’Arthur Pendragon et scelle son destin royal en le soumettant à l’épreuve d’Excalibur, l’épée plantée dans le roc. C’est également lui qui le convainc de fonder l’ordre de la Table Ronde et l’entraine vers la quête du Graal. Bref, durant toute sa vie, il sera le plus fidèle conseiller du roi Arthur.

Parallèlement à ça, Merlin est très proche de la nature et régulièrement, il se retire en forêt de Brocéliande afin de méditer et se ressourcer. C’est lors d’une de ces nombreuses retraites qu’il rencontre, aux abords d’un lac, la fée Viviane dont il tombera éperdument amoureux. Après lui avoir inculqué ses tours de magie, c’est elle qui, par jalousie, utilisera ses enseignements pour l’emprisonner jusqu’à la fin des temps…   

Et c’est au début du 19ème siècle qu’un certain Jean Côme Damien Poignand, juge à Monfort-sur-Meu, affirme dans une publication parue en 1820, « Antiquités Historiques et Monumentales » pour ne pas la citer, que l’enchanteur aurait été enterré en forêt de Brocéliande au 5ème siècle, dans un lieu nommé les Landelles, situé à proximité de Saint-Malon-sur-Mel. Et c’est seulement en 1846 que la presse relaiera l’information, via la revue « Le Magasin Pittoresque » dans laquelle est représentée la fameuse sépulture sous l’intitulée « cromlec’h connu sous le nom de Tombeau de Merlin ».

Mais le dessin est purement fantaisiste et c’est l’écrivain Félix Bellami qui, à force d’obstination, et sur indication des anciens du pays, retrouvera, en 1889, le mégalithe que le juge Poignand décrivait comme la tombe du mage.

A l’époque, il s’agit  d’une allée couverte composée de six blocs de schiste. Mais cette découverte suscita bien des intérêts et très vite, des gens peu scrupuleux, qui a la recherche d’un trésor, qui à la recherche d’une dépouille pourquoi pas, saccagèrent les lieux. Si bien que lorsque Bellami revient en 1892, l’endroit est totalement méconnaissable : le sol est retourné et les dalles de schiste brisées à grands coups de masse.

Aujourd’hui, c’est très simple, il ne reste de ce monument que deux dalles fichées dans la terre et adossées à un vénérable houx. Il n’en demeure pas moins que, portée par des générations de curieux, d’initiés du cycle Arthurien et parfois même de druides, la poésie et la magie opèrent réellement en ces lieux. On se plait à y imaginer l’enchanteur errer de-ci, de-là, et s’adonner librement à ses facéties. La tradition veut même qu’on laisse une petite offrande – un brin d’herbe, une fleur, un petit caillou, une pomme de pin, un grigri personnel ou un dessin d’enfant… – sur les dalles de schiste  pour voir exhausser son vœu le plus cher…

En tout cas, le culte du vieux bonhomme y est bien vivace !!!

 

A partir du Tombeau de Merlin, on peut entreprendre une petite balade entre chemins creux, champs bucolique et forêt luxuriante, baptisée « la boucle de l’enchanteur ». Cahin-caha, parmi les chênes rouvre, les chênes pédonculés, les hêtres, les charmes, les bouleaux, les pins, sylvestres où maritimes, et bien entendu les fougères, le chemin pentu et tortueux nous conduit jusqu’à l’étang de la Marette. Il s’agit d’un site extrêmement paisible, dont les eaux cuivrées sont bordées de vertes prairies où il fait bon se poser…

Le retour est un peu périlleux car ça grimpe énormément mais entre forêt profonde, clairières accueillantes et échappées belles sur les troupeaux qui paissent parmi les bottes de foin, la promenade n’est à aucun instant monotone ! Pour la conclure en beauté, il y a même une ancienne carrière où l’on peut dresser son cairn, et là encore, faire un vœu en apposant la dernière pierre à l’édifice.

 

Et face à ce sanctuaire insolite, on trouve, je vous le donne dans le mille, la fameuse fontaine de Jouvence !

Il s’agit d’une résurgence que les locaux ont sommairement aménagée au fil des siècles. Parfaitement intégrée à son environnement, elle n’est pas spécialement impressionnante mais encore une fois, il y a là une aura incroyable. A ses abords, on ressent beaucoup d’espoir, de joie d’allégresse, et même de dévotion, certainement celles de toutes ces générations qui sont venues chercher ses bienfaits, et pourquoi pas, la jeunesse éternelle qu’on lui prête ?!!!

Sachez qu’à la base il y a une raison à cela : jadis, il était de coutume qu’au solstice d’été, les druides se réunissaient autour des fontaines afin d’y « baptiser » – le terme est impropre car il s’agit alors de rites païens, mais l’idée est là… – les nouveaux nés. La cérémonie se déroulait de nuit. Les enfants étaient alors lavés à grande eau puis inscrits sur le marith, une sorte de registre d’état civil…

Quant à ceux qui étaient venus au monde après le 21 juin (…), ils n’étaient présentés et enregistrés que l’année suivante, ce qui mathématiquement, leur faisait gagner quelques mois, voir parfois une année, sur leur date officielle de naissance. C’est ainsi que naquit le mythe des fontaines de Jouvence !

Et s’il a perdurée précisément ici, c’est encore grâce à notre chantre Félix Bellami, qui visitant les parages avait alors constaté : « c’est là que les autochtones du village de La Landelle viennent prendre l’eau dont ils ont besoin. Parmi les personnes que j’y ai vues, la plus vieille ne semblait pas avoir plus de 35 ans ; toutes étaient bien portantes, fraîches et vermeilles comme dans la plus belle jeunesse. C’est évidemment l’effet de l’eau de leur fontaine de Jouvence !... ».

Ce qui est également surprenant, c’est que nous avons expliqué cette légende à notre fiston qui est atteint d’eczéma depuis sa plus tendre enfance. Lors de notre visite, il était justement en pleine crise : malgré les crèmes et toutes les précautions qui vont bien, il  trainait de « superbes » plaques sur les mollets, derrière les genoux et aux poignets depuis le printemps. Par curiosité, nous l’avons convaincu de passer de l’eau « miraculeuse » de la fontaine sur ses plaques et croyez-moi où non mais au bout de 24H00, elles s’étaient considérablement résorbées et au bout de 48H00, elles n’étaient plus qu’un mauvais souvenir !

Alors effet placébo, heureux hasard où réelles vertus, ce satané eczéma ne s’est pas réinstallé avant le printemps suivant !!!

A méditer donc… et une bien belle balade en tout cas !!!

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