Balade autour des alignements de Carnac

Les alignements de Carnac n’étant qu’à 15 grosses minutes de Quiberon, c’est par une belle matinée de fin août que nous avons décidé d’aller y faire un tour…

Alors disons qu’à la base, je m’attendais à un lieu très mystique avec un décor lunaire au milieu duquel se dressaient plein de menhirs, un peu comme ceux que transporte notre ami Obélix à longueur de journée…

Au lieu de ça, j’ai découvert un cadre plutôt champêtre et bucolique, cerné de toute part par la forêt et la pinède où résonnait le chant des oiseaux ; une espèce de boulevard végétal ou les petits moutons d’Ouessant pâturaient paisiblement aux pieds des pierres levées, des petites, des plus grandes, certaines élancées d’autres plus où moins difformes, mais rien de comparable à ce que j’avais pu observer dans les BD de Goscinny et d’Uderzo.

Non, d’emblée la seule chose que je pouvais affirmer, c’est qu’effectivement, pour être alignées : elles l’étaient !!! Comme une armée au garde-à-vous, où un domino géant qui s’étendait loin, au-delà de ce que peut porter le regard car il faut savoir que les alignements de Carnac s’étirent paresseusement sur 4 kilomètres, qui plus est, sur un terrain relativement vallonné et ondoyant.

Bref, pour résumé la situation, j’étais un peu dans la posture de Gustave Flaubert qui, passant par là lors de son Tro Breizh, en 1847, s’interrogea devant son compère Maxime du Camp :  « il y a des gens qui ont passé leur vie à chercher à quoi elles servaient (les pierres…) et n’admirez-vous pas d’ailleurs cette éternelle préoccupation du bipède sans plumes de vouloir trouver à chaque chose une utilité quelconque ? ».

 

Pour se rendre réellement compte de la dimension historique et géographique des lieux, il faut se rendre à la maison des mégalithes. Et lorsqu’on en ressort, effectivement, on ne voit plus tout à fait les choses du même œil…

Car, là, dehors, devant vos yeux ébahis, se dresse la plus grande concentration de mégalithes au monde, rien que ça !!! D’après l’Encyclopædia Universalis, il y en aurait 2934 répartis en trois groupes successifs.

_ Le plus occidentale, celui du Ménec, compterait 1170 menhirs, dont les plus grands spécimens culminent à 4 mètres de hauteur, le tout organisés sur 11 rangs.

_ Viennent ensuite les alignements de Kermario qui contiendraient 982 pierres levées parmi les plus imposantes du site, le tout ordonné sur 10 files.

_ Enfin, la partie orientale est occupée par les alignements de Kerlescan et du Petit Ménec qui totaliseraient 579 menhirs organisés en 13 rangées.

Bon, je vous l’accorde, si on fait l’addition de tout ce petit monde, le compte n’y est pas. Quelque soit les sources, même les plus sérieuses, c’est un problème récurrent : les chiffres ne sont jamais les mêmes !!! En ce qui me concerne, je vous avouerais que je n’ai pas eu le temps de tous les dénombrer alors, pour être raccord, on dira que certains sont disséminés dans les sous-bois alentours…

 

L’autre dilemme de Carnac, et non le moindre, c’est qu’on ne sait pas vraiment à quoi servaient toutes ces pierres levées. Certains prétendent qu’elles s’inscrivaient dans le cadre d’un rite funéraire, à savoir que chaque menhir représenterait l’âme d’un défunt. D’autres leur attribuent un rôle astronomique en affirmant qu’elles permettaient à nos ancêtres de calculer la position des astres. Quelques-uns assurent qu’il s’agit d’un calendrier à vocation agricole, qui au gré des équinoxes et des solstices, permettait de fixer les saisons, et de fil en aiguille, les différents cycles agraires. Les plus lucides, quant à eux, lorsqu’ils n’évoquent pas un repaire de korrigans ou Saint-Cornely qui aurait pétrifié une armée Romaine lancée à ses trousses (pourquoi pas ?), certifient qu’il s’agirait d’une piste d’atterrissage à l’attention des vaisseaux extra-terrestres…

Même l’occupant Allemand s’est intéressé aux alignements dés l’automne 1940. Ses éminences grises y voyaient là les traces d’une civilisation aryenne venue du Nord par la mer. A ce titre des fouilles furent entreprises et un relevé topographique du site fut réalisé par la Luftwaffe.

Mouais ! Sacré capharnaüm hein ? Lorsqu’on entend tout ça, on ne peut que se remémorer les bonnes paroles de l’ami Flaubert…

 

Ce dont on est (à peu près…) sûr c’est que le site de Carnac accueille plus où moins 3000 mégalithes orientés est-ouest, sur une longueur de plus où moins 4 kilomètres. On estime qu’ils ont été érigés au Néolithique, entre -5000 et -2000 avant J-C. Et on sait qu’ils sont savamment ordonnés en alignements (…) dans lesquels les menhirs, tous taillés dans le granit du pays, sont classés par ordre croissant, donc du plus petit au plus grand.

Les archéologues pensent que tel qu’ils se présentent aujourd’hui, mais avec les moyens rudimentaires de l’époque, l’édification des alignements a dû nécessiter 1 million de journées de travail effectuées par une communauté extrêmement disciplinée. Les dernières découvertes en date, leur on même permis de déterminer que le site a pu compter jusqu’à 10.000 pierres alignées sur une distance de 8 kilomètres !!! Certaines seraient encore couchées, voir même enfouies, dans la lande environnante tandis qu’au fil des âges, d’autres auraient allègrement servi à l’empierrement des routes et à la construction  de l’habitat local. La matière première étant là, à portée de main, autant se servir !!!...

Les carriers s’en donnaient encore à cœur joie au début du 20ième siècle, lorsque Zacharie Le Rouzic, enfant du pays et disciple de James Miln, célèbre archéologue Ecossais, entreprit des fouilles ainsi qu’un gros travail de défrichement visant à restaurer le site et à redresser certains menhirs. C’est grâce à l’abnégation de cet autodidacte que les alignements sont devenus le monument classé (respectivement en 1889, 1900 et 1923…) que l’on connait aujourd’hui…

 

Bref, quelque soit le motif de leur présence, il faut bien admettre que les alignements de Carnac forment une impressionnante cohorte de mégalithes et que le mystère qui les entoure participe grandement au charme des lieux. Car au-delà de la première impression, si l’on sait prendre son temps, celui d’observer, d’écouter et même de sentir, il émane de l’endroit une force tellurique, une espèce de parfum d’humus indéniablement emprunt de magnétisme, qui en fait un incontournable de Bretagne.

 Copyright © 2017-2019 – Arthur Le Roy / Le Cœur en Bretagne