A la découverte des chalutiers du Guilvinec

Tout le monde aime les chalutiers, moi le premier !!! Il faut dire qu’avec leurs silhouettes ventrues et leurs couleurs chatoyantes, ils rappellent les bateaux de notre enfance, ceux avec lesquels on barbotaient dans le bain. Et puis il y a cette notion de labeur, cet aspect nourricier qui leur est indissociable : celui des gens de mer qui, quotidiennement, prennent tous les risques pour gagner leur vie et ramener poissons et crustacés sur nos étals. Et oui, que serait la mayonnaise sans les divines langoustines ? Le vendredi sans son éternel filet de cabillaud, la sauce Armoricaine sans sa lotte, la croute sans son pavé de bar, Noël sans son délicieux homard ou encore un repas de fête sans ses délicates Saint-Jacques ???

 

Hélas, mille fois hélas, de nombreux ports Bretons ont été désertés par les chalutiers, comme par exemple Douarnenez et Camaret où j’étais particulièrement resté sur ma faim.  Aussi, si vous voulez en voir à coup sûr, je ne saurais trop vous conseiller d’aller à Saint-Malo, Saint-Brieuc, Erquy, Quiberon, La Turballe, Le Croisic mais surtout à Concarneau, Lorient et Le Guilvinec

Le Guilvinec, en Cornouaille, est en l’occurrence le premier port de pêche artisanale de France avec 92 chalutiers embarquant 362 marins (chiffres 2016). Certes ce n’est pas le plus beau, loin de là, en revanche c’est l’un des plus pittoresques. Entre ses maisonnettes de pêcheurs serrées les unes contre les autres, sa vaste criée, son aire de carénage, ses élévateurs à bateaux, ses coques chamarrées, ses grincements d’amarres et ses claquements de haubans, ses nuées de mouettes et de goélands, ses filets qui sèchent le long des quais, ses effluves de marée et ses vapeurs de gasoil : tout y est !!! Et si l’on sait prendre son temps, si l’on prend la peine de s’y attarder, d’y flâner, on découvre que les lieux recèlent un charme fou…

 

Alors, au Guilvinec, on distingue deux types de chalutiers : il y a les côtiers et les hauturiers.

Les côtiers, à l’image du An Gwenodenn, de l’Avel an Heol où encore du Mab Fanch, sont les plus petits. Ils mesurent entre   6 et 17 mètres et embarquent de 1 à 3 hommes d’équipage. Ils partent en mer pour la journée, dés 3/4H00 du matin en été, 6H00 en hiver (ce qui permet aux marins de faire la grasse matinée, les heureux veinards… hum ! Hum !!!), pour revenir sur les coups de 16/17H00. Et sauf si la semaine a été particulièrement mauvaise, ils ne sortent pas le weekend. Leurs zones de pêche se situent à 30/40 kilomètres maximum des côtes, d’où leur nom ! Ils ramènent ce qu’on appelle la pêche fraîche que l’on retrouve généralement dés le lendemain sur l’étal des poissonniers.

Les hauturiers, comme le Locléade, le Bara Zur ou le Brocéliande, mesurent entre 18 m et 24 m. Ils embarquent un équipage de 5 à 7 hommes pour des campagnes de 15 jours maximum. Bien entendu, si la pêche est bonne et que les cales se remplissent rapidement, ils rentrent beaucoup plus tôt : ils ne vont pas faire des ronds dans l’eau en attendant d’avoir brûlé tout leur mazout… Leurs terrains de chasse se trouvent dans le golfe de Gascogne, en mer Celtique et en mer d’Irlande. Ils débarquent ce qu’on appelle la pêche fraîche glacée (forcément, pendant 15 jours il faut bien conserver le poisson…), aussi une partie de leur cargaison est-elle destinée à élaborer les plats préparés.

Au Guilvinec, les hauturiers appartiennent généralement à des armements. Il y a, entre autre, l’armement Bigouden –  disposant actuellement de 11 navires – avec ses coques bleu ciel, ses superstructures blanches, ses casquettes orange et ses noms commençant invariablement par « Bara » (pain en Breton…). Dans leur livrée rouge/orangée, blanche et bleu marine, Il y a également la Scapêche, en fait les bateaux appartenant à Intermarché – qui, il faut le souligner, est en France la seule enseigne de grandes surfaces disposant de sa propre flotte de pêche… – qui sont au nombre de 5.

En ce qui concerne les côtiers, la plupart appartiennent à des artisans qui choisissent librement la couleur de leur outil de travail. Pendant longtemps ceux du Guilvinec furent sans fioriture, souvent bleu et blanc, à l’instar de l’océan, tout simplement. Et comme à cette époque pas si lointaine, rien ne se perdait,  le restant de peinture servait à rafraichir les maisonnettes des pêcheurs ce qui a longtemps expliqué les façades blanches et les volets bleus…

Aujourd’hui les temps ont quelque peu changé et les bateaux comme les habitations font preuve de beaucoup plus de fantaisie, surtout les bateaux d’ailleurs !!! On en trouve désormais de toutes les couleurs, même les plus flashies, avec des hermines, des triskells, certains même orné de tête de squale…

 

Pour s’en rendre compte, il suffit de grimper sur la terrasse panoramique de la criée où, à défaut, de vous connecter à la webcam installée sur le toit du bâtiment, vers 16/17H00, pour assister au retour de pêche des fameux côtiers. Dans un véritable festival de couleurs et une ambiance quasi électrique, il faut voir cette meute d’étraves écumantes rentrer au port à toute vitesse…

Si les chalutiers se précipitent ainsi, ce n’est pas tant pour satisfaire les touristes – n’oublions pas que nous sommes en Bretagne et que ce que nous, étrangers, considérons comme du folklore reste une affaire des plus sérieuses – mais plutôt pour tirer leur numéro de vente dans les premiers, les achats de langoustines (oui, j’ai oublié de vous préciser que la spécialité du Guilvinec était la langoustine, la fameuse « demoiselle » du Guilvinec…) se faisant généralement sur les premiers bateaux ce qui permet d’en tirer le meilleur prix.

 

Bref, si vous n’aviez qu’une journée à passer en Bretagne et que vous voulez absolument voir des chalutiers, c’est indéniablement au Guilvinec qu’il faut venir !!!

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