Les maisonnettes entre les rochers

 Page 1

Dans ce sujet, je vous propose de découvrir deux maisons blotties au milieu des rochers, où plutôt deux maisonnettes…

 

La première est certainement l’une des bâtisses les plus célèbres et des plus photographiées de Bretagne. En 2004, elle a notamment servi de décor au film de Jean-Pierre Jeunet, « un long dimanche de fiançailles », puisqu’il s’agissait ni plus ni moins de la demeure de Mathilde (Audrey Tautou), l’héroïne de l’histoire. Située dans le département des Côtes d’Armor, sur la commune de Plougrescant,  en plein cœur de la Côte des Ajoncs, elle s’appelle Castel-Meur, le « grand château » en Breton… sauf que ironiquement (certainement un trait d’humour de son bâtisseur…), elle est toute petite…

Construite en 1861, à une époque où les permis n’existaient pas et ou chacun pouvait laisser libre cours à son imagination, elle est littéralement enchâssée entre deux énormes blocs de granit. Outre l’originalité que ces rochers à l’aspect tourmenté lui confèrent, ils la protègent également de la fureur des éléments car la mer n’est qu’à quelques mètres seulement de ses arrières… et l’hiver, les parages sont plutôt hostiles, tant et si bien qu’en mars 2008 la maisonnette faillit être balayée par des vagues gigantesques !!!

Concernant les deux étangs qui précèdent la propriété et finissent de lui donner un petit air d’insularité, il semblerait qu’ils soient aussi l’œuvre de son vaillant bâtisseur. Il se dit qu’il les aurait lui-même creusé dans la lande. Bon, j’imagine que le terrain devait être passablement marécageux, néanmoins le résultat est là…

Et notre homme habita les lieux jusqu’à sa mort. Ses héritiers, quant à eux un peu moins aventureux, l’occuperont uniquement aux beaux jours. Au fil des décennies, Castel-Meur semblera même abandonné, tant et ci bien que la municipalité s’emparera de son image pour dynamiser le tourisme local. Entreprise qui a plutôt bien fonctionné puisque les cartes postales à son effigie ont fait le tour du monde, au grand damne de la propriétaire, la petite fille du premier maître des lieux ! En effet, de retour de son expatriation aux Etats-Unis, elle ira jusqu’à trouver des touristes Japonais en train de se faire photographier sur le toit de la maisonnette. Sans compter les galets que les visiteurs ramenaient en souvenir et qui avait pour effet d’accélérer l’érosion du site, ce fût la goutte d’eau qui fit déborder le vase…

Suite à une décision de justice, toute représentation commerciale de Castel-Meur est désormais interdite, tout comme son accès d’ailleurs. Et il semblerait que la dame veille au grain ! Dans le coin elle est réputée pour sa sévérité et plusieurs amis photographes à leurs heures m’ont confié avoir été froidement dissuadés d’approcher. Une voiture est même régulièrement   stationnée pile-poile devant la maisonnette pour gâcher le tableau… dommage !!! En même temps le ras-le-bol de la propriétaire est compréhensible…

 

Il faut également savoir que Castel-Meur voisine avec un gouffre, celui de Plougrescant, qui se trouve 250 m plus à l’ouest. Il s’agit en fait d’une profonde faille issue d’un éboulement rocheux ; rocher du même tonneau que ceux qui enserrent la petite habitation. Les jours de tempêtes, le vent et les déferlantes s’y engouffrent avec force et fracas, générant des hurlements lugubres, des grondements et des gerbes d’écumes magistrales. C’est sûrement ce qui lui vaut son surnom de gouffre de la Baie de l’Enfer !!!

 

La seconde maisonnette est un peu moins connue mais tout aussi extraordinaire. Elle se trouve cette fois-ci dans le Finistère nord, sur la commune de Kerlouan, au hameau de Meneham, petit bijou de la Côte des Légendes. Il s’agit en fait d’un petit corps de garde au toit de pierre, ouvert sur la mer et niché au milieu d’imposants rochers de granit par delà les dunes. Tantôt attribuée à Vauban, tantôt au duc d’Aiguillon, elle a vraisemblablement été bâtie au 17ième siècle, dans le cadre d’un système de défense côtière qui consistait en un maillage de postes de guets. En tout état de cause, cette modeste construction a d’abord abrité des militaires, puis des douaniers, de 1817 à 1835. Vendue à un particulier, elle a ensuite servie de refuge à des paysans, des pêcheurs ou des goémoniers. Mais la postérité a voulu que ce soit les douaniers  qui lui ont laissé son nom…

En arrière de l’édifice, un peu plus abrité dans les terres, se trouve un ensemble de bâtiments typiques, essentiellement des longères aux toits d'ardoise et de chaume, baptisé « la caserne ». En 1950, l’endroit abritait encore 50 habitants qui se réunissaient régulièrement au café « la chaumière » pour jouer aux boules, organiser des Fest-Noz ou des tantad (des feux de joie en fait…), la dernière locataire des lieux étant décédée en 1990.

Classé aux Monument Historiques en 1975, au même titre que le site, le corps de garde accueil aujourd’hui un espace muséographique dédié à la mémoire des habitants du hameau.

- 1 2 -

 Copyright © 2017-2019 – Arthur Le Roy / Le Cœur en Bretagne