A la découverte des navires de la Compagnie Océane

Je suis conscient d’aborder un sujet qui ne fait hélas pas toujours l’unanimité chez les insulaires du Morbihan mais, il me tenait à cœur de vous parler de la Compagnie Océane : « les bateaux des voitures » comme l’appelle affectueusement le fiston !!! Pour la petite anecdote, lorsqu’il les a appelé ainsi pour la première fois, il n’avait que 3 ans mais depuis, on a conservé cette appellation enfantine mais ô combien attachante au sein de la famille…

 

« Les bateaux des voitures », en termes plus opportuns, ce sont les navires de la Compagnie Océane, trait d’union entre Quiberon, Belle-Ile-en-Mer, Houat et  Hoëdic , mais aussi entre Lorient et Groix.

Pour la petite histoire, la Compagnie Océane a vu le jour le 1ier janvier 2008, prenant la suite de la SMN (Société Morbihannaise de Navigation) qui assurait la liaison Quiberon/Le Palais depuis 1950, Lorient/Groix depuis 1973 et enfin Quiberon/Houat/Hoëdic depuis 1980.

Elle est détenue à parts égales par la Transdev (ex. Veolia Transport) et la Caisse des dépôts et consignations. Quant aux navires qu’elle arme, ils ont la particularité d’appartenir au Conseil Général du Morbihan, ce qui explique qu’avant la date fatidique, on retrouve les unités les plus anciennes  sous les couleurs de la SMN…

 

Maintenant, si du côté de Lorient, les rotations de la Compagnie Océane restent plutôt discrètes, car noyées dans le trafic commercial du 17ième port de France, à Quiberon, elles rythment littéralement le fil de la journée, du petit matin jusqu’à la nuit tombée, 7 jours sur 7 et, sauf par très, très forte tempête, 365 jours par an !!!

Ainsi, de 5H45 jusqu’à 22H45 en été, de 7H45 jusqu’à 19H45 en hiver, « les Bateaux des voitures » vont et viennent toutes les heures au son de la corne de brume. Il faut les voir virer brusquement de bord pour ne pas venir s'échouer sur la Grande Plage, et, surfant les vagues par vent de travers arrière, glisser dans la passe de Port-Maria. Et c’est un véritable spectacle que de les voir accoster à la gare maritime de Port-Maria !!! En témoigne les nombreux curieux, de 7 à 77 ans, qui depuis la jetée, viennent contempler les manœuvres de ces colosses d’acier et le balai des voitures qui sortent de leurs flancs.

C’est tout un microcosme qui se croise ainsi dans les effluves de fuel, d’huile de moteur, de pneumatique et d’iode, les grincements métalliques, le tintement des amarres et les cris rauques de nos amis les goélands. Il y a là, bien entendu, des îliens, qui viennent sur le continent pour affaire. Des continentaux qui font précisément l’inverse. Des travailleurs qui prennent le bateau comme d’autres utilisent le métro ou le train. Des étudiants qui débarquent la larme à l’œil le lundi matin, passent leur semaine en internat, et rembarquent en joie le vendredi soir. On y croise aussi quotidiennement le laitier, de nombreux surfeurs avec leurs planches sous le bras, et parfois, les motards de la gendarmerie nationale venus faire quelques contrôles sur les routes Belliloises. Mais surtout des hordes de touristes en goguette qui amènent dans leurs bagages une forme d’insouciance et de bonhomie qui se diffuse tout autour comme un parfum de vacances…

Bref, annuellement, il faut savoir que la Compagnie Océane transporte 1.600.000 passagers ce qui en fait le second trafic maritime de passagers en France après celui reliant la Corse.

 

Ces fameux bateaux, parlons-en : ce sont des ferries, des transbordeurs, des rouliers ou encore des Ro-Ro (de l’anglais Roll-on, Roll-off : en Français, roule dedans, roule dehors, pour qualifier du fret qui accède au navire par ses propres moyens via des rampes d’accès… des automobiles quoi !!!). Ceux de la Compagnie Océane ne sont pas les plus imposants qui soient, loin de là ! Ils comptent même parmi les plus modestes de leur catégorie. Néanmoins, comme ils n’ont pas de concurrents dans les parages, ils font malgré tout leur petit effet…   

 

_ Navire amiral de la compagnie, avec sa silhouette haut-perchée, nous avons d’abord le Vindilis. Fruit des Constructions Mécanique de Normandie, à Cherbourg, et rentré neuf dans la flotte en 1998, il arbore fièrement le premier patronyme de Belle-Ile. C’est ainsi que l’a baptisé le célèbre astronome et géographe Grec Ptolémée.

Il peut transporter à son bord 399 passagers et 39 voitures, dont 12 sur un car deck hydraulique.

Alors qu’il évoluait encore sous le pavillon de la SNM (…), le 30 avril 2007, avec le chalutier Gwen Ruz, il fut l’un des premiers à se dérouter pour venir secourir le Gourinis –  navire catamaran de la SNM assurant la traversée vers Houat et Hoëdic –  faisant naufrage à quelques encablures du phare de la Teignouse. Tandis que le Gourinis a sombré corps et âme, le valeureux Vindilis qui a permis de sauver ses 29 passagers et membres d’équipage en détresse, est toujours fidèle au poste.

_ Avec leurs silhouettes trapues viennent ensuite les navires jumeaux Bangor et Ile de Groix construits par les chantiers Alstom Leroux Naval de Lanester.

Le Bangor a été lancé en 2006 et immédiatement affecté à la SNM sur la ligne Quiberon/Le Palais. Son patronyme est celui d’une des quatre communes, la plus méridionale, composant Belle-Île. Il peut transporter jusqu’à 450 passager, 32 voitures, dont 12 sur un car deck hydraulique, ou 3 poids-lourds et 15 voitures. Au choix !

L’Ile de Groix fut mis en service en 2008. Donc si vous me suivez bien, contrairement à son frangin, il n’a jamais navigué sous les couleurs de la SNM. Et comme son nom l’indique, il dessert… depuis Lorient !!!

 

_ Nous avons ensuite le vénérable Saint-Tudy. Lancé en 1985  par les Chantiers et ateliers de la Perrière, il fut immédiatement affecté à la ligne Lorient/Port-Tudy. Son patronyme lui vient d’un grand moine Breton ayant vécu au 5ième ou au 6ième siècle.  

Sa capacité est de 440 passagers et 21 véhicules.

Malgré son âge avancé – c’est désormais le vétéran de la flotte – il est paradoxalement l’unique navire à affronter les éléments pour desservir l’île de Groix en hiver. Tout simplement parce que grâce à ses larges ouvertures permettant une bonne ventilation du garage, il est le seul habilité à transporter des camions-citernes…

 

_ Le tout récent Breizh Nevez I qui, à terme, remplacera vraisemblablement le Saint-Tudy. Construit aux Chantiers Naval Piriou de Lorient, il peut embarquer 300 passagers et 18 véhicules de tourisme. Ce navire aux lignes anguleuses, un rien pataudes malgré tout, a effectué ses premières traversées commerciales en avril 2018. Il arbore par ailleurs la nouvelle livrée Breizh Go qui habillera dorénavant tous les navires de la flotte. Quant à son nom très controversé par les insulaires qui n’ont pas été consulté pour l’occasion et déplorent qu’il n’a strictement aucun lien avec leur île, il signifie simplement « nouveau Breton » !

 

_ Mais la Compagnie Océane ne mets pas en œuvre que des rouliers sur ses lignes. Elle possède également des vedettes à passagers comme le Melvan, à l’allure de guerrier des mers, qui assure toutes l’année l

a liaison Quiberon/Houat/Hoëdic.

Tirant son nom de baptême de l’ancien patronyme de l’île aux Chevaux, terre située à 2 kilomètres au sud de Houat et 5 à l’ouest d’Hoëdic, il a été mis en service en février 2010 par le chantier Glehen de Douarnenez.

Il peut transporter 234 passagers et ponctuellement, 2 à 3 voitures.

 

_ Enfin, le Kerdonis est une vedette rapide, elle aussi construite en 2010, cette fois-ci par le chantier Gamelin à La Rochelle. Portant le nom de la pointe rocheuse la plus orientale de Belle-Ile, il alterne les traversées entre Quiberon/Le Palais et Quiberon/Sauzon. Il transporte uniquement des passagers, au nombre de 295 et, éventuellement, leurs bicyclettes.

 

_ Des navires voguant désormais sous d’autres cieux ont vaillamment servis dans la Compagnie Océane. Je pense à l’Acadie qui a longtemps été placé en réserve à Port-Haliguen. A priori, il patienterait dorénavant du côté de Lorient pour pallier à une quelconque avarie de ses congénères Groisillons. Il y a aussi le Draventeg, un bien curieux catamaran – comme son nom à la consonance viking – dont les superstructures préfiguraient celles du Melvan. En tout état de cause, il attend un heureux acquéreur depuis 2016 dans le port de pêche de Lorient-Kéroman ; ou encore l’Enez Edig, aujourd’hui rebaptisé Oiseau du Cap et qui bourlingue du côté d’Erquy pour le compte d’Armor Navigation…

 

Quoi qu’il en soit, si un jour vous passez par Quiberon, n’hésitez-pas à venir voir « les bateaux des voitures » et ayez une pensée émue pour moi et mon fiston qui en est complètement fan !!!

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